«L'éveil du printemps» d'Olivier Arteau au Théâtre du Trident – Bible urbaine

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«L’éveil du printemps» d’Olivier Arteau au Théâtre du Trident

«L’éveil du printemps» d’Olivier Arteau au Théâtre du Trident

L’éveil libidinal de cinq garçons et filles dans la fleur de l’âge

Publié le 1 février 2023 par Guy-Philippe Côté

Crédit photo : Stéphane Bourgeois

En 1891, le dramaturge et poète allemand Frank Wedekind publie «L’Éveil du printemps: tragédie enfantine», où l'on découvre des adolescents en proie à l'éveil de leur sexualité. L’histoire traite de thèmes à portée pornographique qui étaient évidemment tabous à l'époque, dont le sadomasochisme, l’homosexualité et l’avortement. Le radicalisme de ce texte a fait en sorte que sa première mise en scène non censurée au Québec a seulement été présentée en 1989. De nos jours, le flambeau a été passé à Olivier Arteau du Théâtre Kata. Ce dernier s'est «attaqué» à cette œuvre présentée au Trident, théâtre où il occupe le poste de directeur artistique, avec toute la verve qui l’habite.

Les complications de la vie d’ados

L’éveil du printemps porte sur l’éveil libidinal de cinq garçons et filles dans la fleur de l’âge.

Wendla, jouée par Sarah Villeneuve-Desjardins, vient d’avoir 14 ans. Pour son anniversaire, elle reçoit une robe d’une laideur légendaire. Ce cadeau, offert par sa mère, doit cacher toute sa peau pour éviter les «morsures d’ours». Or, Wendla jure qu’elle ne laissera jamais les ours dicter ce qu’elle peut porter ou non!

De son côté, Otto, interprété par Gabriel Lemire, a de la difficulté à exprimer ses «nouvelles» émotions. Il faut dire que le système patriarcal lui laisse peu de moyens afin de se développer de manière saine. Il finit donc par se forger une identité imprégnée d’une masculinité toxique, laquelle est alimentée par le capitalisme.

Pour sa part, Melchior, campé par Claude Breton-Potvin, est jeune et libre. Elle exprime son enthousiasme à travers l’idée d’explorer son corps et ses voluptés érotiques à qui veut bien l’entendre. C’est d’ailleurs son amie Martha, incarnée par Carla Mezquita Honhon, qui l’aide à partir à la découverte de plaisirs insoupçonnés.

On retrouve également Moritz, joué par Gabriel Favreau, qui est incapable d’obtenir de bonnes notes à l’école. En plus, il ne sait pas ce qu’il veut faire de sa vie. Alors que ses amis découvrent tous leur sexualité, lui il ne ressent aucune attirance pour les plaisirs charnels. De plus, son père le menace de l’envoyer dans un pensionnat s’il n’augmente pas sa moyenne…

Au bord du précipice, Moritz décide donc de se lancer tête première dans le monde du théâtre.

Photo: Stéphane Bourgeois

Pas facile de réécrire des classiques…

Avant toute chose, je tiens à rappeler que cet Éveil du printemps est en fait une réécriture de David Paquet. Une telle réappropriation de ce texte du XIXe siècle a ainsi permis l’actualisation de son propos. Une façon pour l’auteur de rendre «[l’]humour insouciant» du récit plus évident pour les spectateurs d’aujourd’hui.

Les gags fonctionnaient avec le public présent en tout cas.

Et c’est grâce aux rires et exclamations des spectateurs que j’ai réalisé que cette version du spectacle se voulait drôle. Mais personnellement, j’ai eu plus l’impression de regarder un épisode d’une émission à VRAK, mais avec une verve plus acérée.

À propos du système judiciaire des animaux

L’arc narratif de Wendla a subi un grand changement dans la réécriture de David Paquet. Dans l’histoire originale, cette dernière ignore la manière dont les enfants naissent. Elle tombe enceinte à la suite d’un viol orchestré par Melchior et meurt à la suite d’un avortement réalisé en secret.

Dans la version de David Paquet, on assiste à un procès au tribunal des animaux.

Un juge, joué par Marc-Antoine Marceau, examine la plainte de Wendla, qui déclare qu’un ours vient tout juste de l’attaquer. Or, la mise en scène implique que la morsure a été effectuée par un exhibitionniste qui lui a montré son corps.

Ce choix narratif m’a donné l’impression qu’un coup de gomme à effacer a été passé sur une partie du caractère radical de la pièce.

De plus, cet interrogatoire de Wendla m’a mené vers une réflexion. Globalement, le cocon théâtral de Québec compose la majorité du public du Trident. Mais revenons un instant au procès de Wendla. Celui-ci évoque sans aucun doute la gestion des victimes d’agressions sexuelles dans le système de justice.

Qui veut-on convaincre, en fait? Sans nécessairement généraliser, il me semble que les artistes sont à tout le moins sensibilisés sur ces enjeux. Ceux-ci sont déjà convaincus, en somme.

Photo: Stéphane Bourgeois

Pourquoi aller tout de même voir cette pièce?

Du point de vue de la mise en scène, je n’ai pas beaucoup d’observations critiques à faire, à part que les décors ressortaient du lot. La scénographie présentait une pente en plein milieu de la scène. Derrière cette pente se trouvait une forêt constituée d’arbres faits en corde et de feuilles bricolées avec des bas de nylon.

Cette côte faisait notamment partie des différents moments de danse créés par Fabien Piché et Olivier Arteau. Et je dois dire que ces séquences étaient l’un des points forts de la pièce. Leurs caractères grotesques s’arrimaient bien avec le jeu grandiloquent des acteurs. Chapeau au couple Fabien Piché/Olivier Arteau pour ces chorégraphies!

Même si cette pièce comporte quelques défauts au niveau de sa dramaturgie, j’ai trouvé qu’elle vaut réellement la peine d’être vue, au moins pour sa mise en scène. Toutefois, mon impression reste que les créateurs sont passés à côté du public cible. En effet, le texte raconte l’éveil sexuel de cinq jeunes dans la fleur de l’âge. Ainsi, cette œuvre «crie» qu’elle veut être présentée devant des adolescents!

C’est mon avis, mais je crois qu’elle gagnerait à être présentée au Théâtre jeunesse Les Gros Becs!

«L'éveil du printemps» d'Olivier Arteau en images

Par Stéphane Bourgeois

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