«En vogue avec…» Tristan Réhel, un jeune désigner montréalais en pleine ascension | Bible urbaine

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«En vogue avec…» Tristan Réhel, un jeune désigner montréalais en pleine ascension

«En vogue avec…» Tristan Réhel, un jeune désigner montréalais en pleine ascension

Une approche extravagante ancrée dans la théâtralité et l'expérimentation

Publié le 10 mars 2021 par Vincent Gauthier

Crédit photo : Ariane Labrèche

Dans le cadre de cette série, Bible urbaine s’entretient avec une personne qui évolue dans le milieu de la mode ou de la beauté à Montréal ou aux alentours, afin de lui poser 6 questions sur sa marque ou sur son métier. Créateurs de mode ou d’accessoires, designers de produits de beauté ou de parfums locaux, tatoueurs ou maquilleurs professionnels: tous se prêtent au jeu de vous faire découvrir les multiples facettes de leurs univers créatifs. Cette semaine, nous avons discuté avec Tristan Réhel, un designer montréalais qui privilégie une palette visuelle émotive, fluide et éclatée pour créer un monde unique et à son image!

Tristan, tu étudies depuis plusieurs années en gestion, en conception de vêtements et en stylisme à Montréal. Quand as-tu eu le déclic pour la mode, la création et la couture? On est curieux!

«Je dirais que mon déclic pour la mode remonte au souvenir le plus lointain que j’ai de mon enfance. J’ai grandi avec l’extravagance et la théâtralité en écoutant des films queer et des comédies musicales dès l’âge de 3-4 ans. D’ailleurs, Priscilla, reine du désert était mon film fétiche.»

«Je crois sincèrement que cette passion pour la mode et les paillettes a toujours été en moi. Je confectionnais des vêtements pour mes poupées Bratz en papier d’aluminium ou en feuilles cueillies à l’extérieur pour ensuite les faire défiler devant ma famille. Ainsi, ma passion pour la mode ne m’a jamais quitté depuis; elle a juste continué à grandir exponentiellement.»

«D’ailleurs, j’ai conservé mes calepins à dessins de quand j’étais enfant, où il y avait des silhouettes tracées que je pouvais habiller de mes idées. Même à cet âge-là, c’était assez coloré et extravagant, je dirais.»

Tu sembles privilégier  une palette visuelle qui oscille entre exagération et théâtralité, où l’émotion et la fluidité semblent occuper une place de choix dans ton approche créative. Parle-nous de tes inspirations! Où trouves-tu tes idées, et comment passes-tu de tes premières esquisses à la finalisation d’un projet?

«Mon travail est souvent très personnel dans ses concepts. J’aime mixer psychologie, sensibilité et caricature, avec un soupçon de faits vécus, afin de faire ressortir un tout qui est éclaté et texturé.»

«En général, je m’inspire de tellement de sujets que je dois les noter dès que je le peux si je ne veux pas les perdre. Ça peut passer de l’art contemporain à la nature, en passant par mes émotions à ma dernière soirée arrosée. Mon cerveau roule 24 h sur 7. Je suis constamment à la recherche de nouvelles idées. Par exemple, ma dernière collection est inspirée des hommes de ma famille qui pleurent en public sans gêne et de mon questionnement, à savoir si cette sensibilité pouvait être héréditaire.»

«Ça peut sembler cliché, mais j’ai toujours cherché, en tant qu’artiste, à voir comment je pourrais être unique. J’ai compris que le meilleur moyen d’y parvenir, c’est de tirer mes inspirations de mes émotions, de mon expérience et de mes souvenirs.»

 «Mon processus créatif varie continuellement, mais je dirais que le point central est l’expérimentation. Chaque étape modifie la prochaine. Parfois, j’esquisse en premier, parfois j’expérimente avec de nouveaux matériaux, parfois je me lance directement sans trop réfléchir. J’ai un processus instinctif, je dirais.»

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Collection «Cas no. 01», en collaboration avec Myriam Lalande. Photo: Yannis Davy. Mannequins: Aisha Ade et Yvenie Clement

Tu agis présentement à titre de créateur et responsable du volet mode pour l’agence Juste du Feu, une compagnie d’idéation et de production de contenus visuels. Parle-nous de la mission et des valeurs de cette entreprise, et aussi de la façon dont tu as commencé à collaborer avec eux!

«Découvrir l’agence Juste du Feu fut la meilleure chose qui me soit arrivée en 2020! Du moins, l’une des meilleures choses, parce que cette année-là était remplie de surprises. Mariepier et Jasmine m’ont découvert sur Instagram suite à la publication des finissants de l’École supérieure de mode de Montréal d’où je viens tout juste de graduer.»

«Mon premier projet collaboratif avec l’agence c’était pour les photos de presse de l’artiste Laurence-Anne, qui avait, pour l’occasion, un look nuageux avec des gants de velours et des faux ongles. Depuis, j’ai collaboré sur quelques projets tout autant stimulants et créatifs.»

«Trouver ce type de collaboration en pleine pandémie et tout juste en sortant de l’université est en dehors de toute espérance, c’est une chance absolue qui permet d’être créatif et sans limites. Avec mon esthétique plutôt déjantée, je ne me voyais pas travailler dans un bureau, et avec l’équipe de Juste du Feu, il y a vraiment un sentiment de confiance; c’est hyper stimulant.»

«C’est une agence qui résonne tellement avec qui je suis, et ce, à travers leurs valeurs ouvertes et inclusives, leur esthétique tellement colorée et texturée; mais je dirais également dans leur énergie à tous.»

Tu baignes dans le milieu de la mode depuis déjà presque cinq ans et tu as travaillé pour plusieurs designers et artistes dans le milieu. Selon toi, quels sont les principaux enjeux et les défis pour un artiste comme toi, spécialement dans le milieu de la mode au Québec?

«Ça serait mentir que d’affirmer que le milieu de la mode est facile. Je dirais que le principal enjeu auquel je fais face personnellement serait de trouver un juste équilibre entre créativité, excentricité et prêt-à-porter. Ce qui me stimule le plus, c’est de travailler sans limites et de créer tout ce qui me passe par la tête, mais je sais bien que, pour vivre de ce que je fais, je vais devoir trouver cet équilibre.»

«Un défi que je vis également, sans que ce soit nécessairement en lien avec le Québec, serait le doute et la comparaison. On vit à une époque où nous sommes constamment en train de regarder ce que font les autres sur les réseaux sociaux, et il se crée ainsi une forme de pression de performer et de créer. Je dirais que c’est à la fois positif et négatif, car ça donne un boost de détermination et une certaine motivation.»

«L’envers de la médaille, dans ce cas, est qu’on se compare à des créateurs qui n’ont pas nécessairement le même budget et les mêmes connexions que nous. C’est un défi à long terme que plusieurs artistes doivent apprendre à surmonter.»

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Photo de presse pour le EP Accident de Laurence-Anne. Photo: Xavier Cyr. Coiffure: Nathan Archambault. Concept, DA et production: Juste du Feu

Tu sembles avoir véritablement la mode et le design dans le sang! Qu’est-ce qui te rend le plus heureux dans ton métier de créateur, et de quels accomplissements es-tu le plus fier à ce jour?

«C’est évident que tout le processus me rend tellement heureux, surtout le développement des nouvelles idées à la conception, mais ce qui me rend le plus heureux, c’est de voir le résultat final.»

«Que ce soit sur un runway, ou tout simplement de voir les photographies publiées, c’est exactement à ce moment que je suis le plus heureux, car je regarde tout le travail et toute l’énergie qui se trouve dans chaque pièce. C’est comme si le tout se concrétise réellement, parce qu’on va se le dire, personne ne crée dans le but de rien montrer à personne.»

«Les moments où j’ai été le plus fier ont eu lieu cette année en fait. Le premier est encore top secret et, malheureusement, je ne peux pas trop en parler encore, mais disons que quelqu’un d’important a pris connaissance de mon travail, et dans mes plus grands rêves, je n’aurais pas pu imaginer que cela m’arrive. Surtout en sortant de l’université.»

«Également, dans mon top moment de fierté se trouve les deux looks conçus pour le vidéoclip «Indigo» de la chanteuse Laurence-Anne sous la production de l’agence Juste du Feu. C’est la toute première fois que mon travail se retrouvait dans une vidéo, qui est absolument géniale d’ailleurs, et j’ai eu les yeux remplis d’eau juste en voyant un aperçu de la vidéo. Vous pouvez imaginer quand j’ai vu le résultat final! C’était dans ma liste de rêves à réaliser et, maintenant, je peux barrer cela de ma liste avec un sentiment de fierté énorme!»

Pour terminer, si tu pouvais collaborer avec un styliste, un designer ou un artiste provenant de n’importe quel milieu, qui choisirais-tu, et pourquoi? On jase là!

 «Honnêtement, j’ai tellement de noms qui me viennent à l’esprit présentement. Je vais tenter d’en choisir qu’un par catégorie! Premièrement, j’adorerais collaborer avec l’artiste contemporain David Altmejd, pour ses textures, ses couleurs, ses idées! Dans ma tête, c’est un génie.

«Ensuite, sans que ce soit nécessairement une collaboration, j’aimerais avoir l’opportunité d’habiller la chanteuse Björk. Elle était d’ailleurs la muse derrière ma collection Losing Control.

«C’est clair que, dans un monde utopique, j’adorerais pouvoir collaborer avec mes brands préférés, dont Comme des Garçons, Schiaparelli ou Maison Margiela. Leurs identités visuelles sont tellement fortes et inspirantes.»

Pour découvrir nos précédentes chroniques «En vogue avec…», visitez le labibleurbaine.com/En+vogue+avec…

Les créations de Tristan Réhel en images

Par Tous droits réservés

  • «En vogue avec…» Tristan Réhel, un jeune désigner montréalais en pleine ascension
    Mannequin: Nils Collin. Photo: Berirouche Feddal
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    Collection «Cas no. 01», en collaboration avec Myriam Lalande. Photo: Yannis Davy. Mannequin: Yvenie Clement.
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    Projet en collaboration avec l’agence Juste du Feu. Photo: Tous droits réservés @ Juste du Feu. Mannequin: Mallory Lowe Mpoka.
  • «En vogue avec…» Tristan Réhel, un jeune désigner montréalais en pleine ascension
    La robe «Cry Me a River» de ma collection de fin de BAC, dans la série «The First Woman». Photo: Yannis Davy. Mannequins: Evangeli Anteros et Atlas Hapy.
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    La robe «Cry Me a River» de ma collection de fin de BAC, dans la série «The first woman». Photo: Yannis Davy. Mannequins: Evangeli Anteros et Atlas Hapy
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    Sculpture «Héréditaire», présentée lors de ma première exposition de groupe nommée «Inconfort» à la galerie Marc Gosselin, en mars 2020.
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    Pièce pour le vidéoclip «Indigo» de la chanteuse Laurence-Anne. Réalisation et montage: Matthew Rankin. Coiffure: Brithani Phatal. DA: Juste du Feu.
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    Pièce pour le vidéoclip «Indigo» de la chanteuse Laurence-Anne. Réalisation et montage: Matthew Rankin. Coiffure: Brithani Phatal. DA: Juste du Feu.
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    Pièce pour le vidéoclip «Indigo» de la chanteuse Laurence-Anne. Réalisation et montage: Matthew Rankin. Coiffure: Brithani Phatal. DA: Juste du Feu.
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    Pièce pour le vidéoclip «Indigo» de la chanteuse Laurence-Anne. Réalisation et montage: Matthew Rankin. Coiffure: Brithani Phatal. DA: Juste du Feu.
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    «Je te jure que je ne suis pas», projet collaboratif avec l’artiste Berirouche Feddal. Photo: Berirouche Feddal. Mannequin: Gabrielle Caux.
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    Collection «Losing Control». Photo: Tristan Réhel. Mannequin: Yvenie Clement
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    Collection «Losing Control». Photo: Tristan Réhel. Mannequin: Yvenie Clement
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    Gant de velours de la collection «Fragile, please handle with care». Mannequin et photo: Tristan Réhel.
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    Masque de la collection «Fragile, please handle with care». Mannequin et photo: Tristan Réhel.

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