«La petite anecdote de...» Marie Claudel et ses mille et une demeures – Bible urbaine

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«La petite anecdote de…» Marie Claudel et ses mille et une demeures

«La petite anecdote de…» Marie Claudel et ses mille et une demeures

«J'aime tellement ça dormir à plein de places différentes.»

Publié le 6 décembre 2021 par Claire Groulx-Robert

Crédit photo : Julien Lavoie

Chaque semaine, Bible urbaine demande à des artistes de tous horizons de raconter une anecdote ludique, touchante ou simplement évocatrice sur un thème inspiré par son œuvre. Cette fois, c'est au tour de l'auteure-compositrice-interprète Marie Claudel de se prêter au jeu! La chanteuse et talentueuse guitariste nous fait part du plaisir qu'elle éprouve à dormir ailleurs et aussi de l'attachement qu'elle a envers divers lieux, qu'il s'agisse de son premier appart ou de Natashquan, le village natal de Gilles Vigneault où elle a notamment écrit plusieurs textes de son nouvel album «Version longue».

Les demeures

Je ne sais pas de qui je tiens ça, mais depuis que je suis jeune, j’adore dormir dans des endroits différents. Pourtant, mes parents ont toujours été assez organisés, et les expéditions n’ont jamais été décidées sur un coup de tête.

Ils nous ont traînées en camping dès nos premiers jours, ma sœur et moi, jusqu’au 5e secondaire.

Depuis que j’ai l’âge de conduire et de faire des escapades, je pars souvent sur des coups de tête. Toute seule en auto, je loue des chalets, des maisons et j’y vais seule. Ça me fait triper.

J’ai eu mon premier appart à vingt ans et, avec les années qui passent, je me rends compte que je reste hyper attachée aux demeures que j’ai habitées.

Je me souviens de chaque bruit et de chaque son que j’entendais dans ces différents logements.

L’épopée des appartements

Mon premier logis était situé sur l’Avenue du Parc à Granby. J’étudiais alors à l’École nationale de la chanson. Je me souviens de la rue tout juste en arrière de l’école et du dépanneur Crush en avant de chez nous…

Quand j’y retourne, la poitrine me fait mal. J’y ai rencontré mon premier chum, mon premier amour… c’est encore douloureux. Et je fais souvent le détour pour passer devant.

Mon deuxième appart était sur la rue Casgrain au coin de Bellechasse. Il s’en est passé des pans de ma vie dans ce logement!

J’y suis déménagée seule. C’est là que j’ai développé mon agoraphobie.

Je ne connaissais pas la ville, mais je me débrouillais quand même. Je prenais mon vélo et je partais voir des shows au Divan Orange, à la Vitrola, à la Casa Del Popolo. J’y ai également composé mon EP Charmant Fiel.

C’est encore douloureux quand j’y retourne. Mais je fais souvent le détour pour passer devant.

Mon troisième appart se trouvait sur la rue de Normanville au coin de Saint-Zotique.

Un rez-de-chaussée immense avec une cave et une chambre noire que j’avais aménagée en studio.

Mais c’était minuscule et il y avait des champignons dans les murs. Ça m’a rendue malade. Au bout de trois mois, j’ai dit à ma coloc que je partais.

Ce fut bref mais intense.

Des fois, je repasse devant, mais ça ne me fait rien.

Mon quatrième logement était cette fois sur Saint-Zotique au coin de la 1re avenue.

Deux ans et demi à vivre avec deux autres colocs. C’est l’appart le plus bizarre que j’ai eu. Quand je l’ai visité, je n’arrivais pas à me voir habiter dedans.

Mais je l’ai habité et… ce ne fut pas ma plus belle expérience!

Un bloc de party, avec ceux d’en haut qui faisaient la fête tous les soirs, et le proprio, en bas, qui regardait des documentaires animaliers dans son cinéma maison à partir de minuit. Ceux d’en haut chantaient et sautaient, et des fois j’avais l’impression que le plafond allait céder sous leur poids.

Ce fut l’appart des nouveaux commencements.

J’habitais là quand je me suis mise à accompagner plein d’artistes. J’y dormais peu, car j’étais toujours en tournée. Mais je n’avais jamais hâte d’y revenir.

La vibe était mauvaise et les planchers étaient dégueux.

Des fois je repasse devant, mais ça ne me fait rien.

Je reste maintenant dans la même demeure depuis deux ans et demi sur le boulevard Saint-Michel.
J’y ai passé la pandémie seule. J’y ai vécu des moments difficiles.

Les murs s’en sont imprégnés un peu, mais j’ai changé les meubles de place et c’est déjà moins pire!

Je l’aime pareil.

Passion chalets

J’ai aussi loué des chalets, à Saint-Côme, à Saint-Étienne-de-Bolton, à Saint-Irénée, à Mansonville, à Saint-Siméon… et j’en passe!

Depuis quatre ans, j’ai découvert Natashquan. Je suis en amour avec ce coin de pays. J’y retourne chaque année et c’est sacré pour moi. C’est mon échappatoire.

Avec tous ces déménagements et ces expéditions, je n’arrive pas à savoir dans quelle ville je vais habiter plus tard.

C’est excitant et ça m’intrigue.

Je ne sais pas si je vais être capable d’avoir seulement une demeure dans ma vie, parce que j’aime tellement ça dormir à plein de places différentes.

J’habite les demeures et les demeures m’habitent.

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Vous pouvez écouter dès maintenant l’album Version longue de Marie Claudel sur toutes les plateformes de streaming. Arriverez-vous à détecter ses inspirations natashquanaises? Pour lire d’autres petites anecdotes, c’est par ici.

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