«La petite anecdote de...» Fanny Bloom et sa rencontre fantastico-space avec Daniel Bélanger – Bible urbaine

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«La petite anecdote de…» Fanny Bloom et sa rencontre fantastico-space avec Daniel Bélanger

«La petite anecdote de…» Fanny Bloom et sa rencontre fantastico-space avec Daniel Bélanger

Ou comment rendre hommage à une oeuvre intouchable et immortelle

Publié le 15 novembre 2021 par Claire Groulx-Robert

Crédit photo : Samuel Pasquier

Chaque semaine, Bible urbaine demande à des artistes de tous horizons de raconter une anecdote ludique, touchante ou simplement évocatrice sur un thème inspiré par son œuvre. Cette fois, c’est au tour de l'auteure-compositrice-interprète Fanny Bloom de se prêter au jeu! L'artiste montréalaise nous a partagé la touchante histoire l'ayant menée à produire son mini-album «Rêve encore», sorti en 2021, et dans lequel elle reprend des chansons du mythique album «Rêver mieux» de Daniel Bélanger.

Un jour de décembre 2020, à mi-chemin durant mon congé de maternité — si c’est permis d’appeler ça un congé —, le réalisateur et chroniqueur Julien Morissette m’envoie un courriel qui allait pas mal changer l’autre moitié de cette «pause» où j’apprenais tranquillement à devenir parent (still in process, may never end). On (collectivement, le peuple québécois) allait fêter les 20 ans du mythique album Rêver mieux de Daniel Bélanger à l’automne 2021.

Julien voulait en faire le sujet de son prochain balado sur La Fabrique culturelle. Il me proposait d’être la voix qui porterait ce projet. Faire les entrevues, les narrations, l’habillage sonore et la musique qui l’accompagnerait. Un p’tit projet, tsé. Que j’ai bien sûr accepté avec un enthousiasme débordant! Il s’agit après tout de mon album queb favori, donc je n’ai pas réfléchi très longtemps.

Puis, j’ai été frappé d’un grand vertige.

Je n’ai jamais été de l’autre bord du micro, moi. Je ne sais pas comment on interviewe quelqu’un. Je ne sais pas par quel bout attraper cette bête-là. Je suis à des années-lumière de ma zone de confort, telle une participante d’OD qui cherche son buzz à travers une toute nouvelle aventure!

Je suis d’un coup catapulté dans des dossiers de recherches, des préentrevues, des discussions avec la recherchiste, des appels en panique au réalisateur. Et, comme j’ai l’angoisse facile, je deviens souvent très obsédée par un travail quand je n’en maîtrise pas les tenants et aboutissants. J’ai besoin de contrôle pour me sentir à l’aise. Je ne sais pas où j’ai pris ça, mais c’est ben ben tannant (en même temps, je sais que je ne suis pas une botcheuse, pis ça, c’est cool pareil). Toujours est-il que je finis souvent par faire de véritables obsessions sur ces projets satellites.

Alors, je me suis clenché beaucoup d’heures d’entrevues de Daniel Bélanger à travers les époques. J’ai fait des recherches sur chacune des personnes qu’on allait rencontrer. Si c’est un musicien, un chanteur, quelle est sa discographie? Qu’est-ce qui est sorti en quelle année, c’est quoi son style, pourquoi et comment iels sont en lien avec le protagoniste, c’est qui sa femme, le nom de son chien, la couleur de ses bobettes (almost)? Je voulais tout savoir pour mieux contrôler. 

Puis est venu le jour de la première entrevue. Ce matin-là, en sortant le chien, j’ai pleuré dans la ruelle. Je me haïssais ben raide.

«Pourquoi je me fais vivre ça? Je veux juste rester collé sur mon bébé adoré. Je veux être une mère au foyer, bon. Je veux faire du lavage, je veux faire des purées, je veux chanter des berceuses, pis c’est tout.» Mon amoureux m’a prise dans ses bras en silence. Ce n’est pas la première fois que ça arrive.

Souvent, au moment de sauter dans le vide, je ne trouve plus l’élan que j’avais et je me sens soudainement très fatiguée. Le saut me paraît alors inexplicable, injustifiable, suicidaire. Aujourd’hui, je le sais que ça fait partie du processus, comme une étape nécessaire. Reste que ça demeure toujours un moment que je déteste surmonter, le juste avant. Mais je l’ai fait.

Puis, une entrevue, puis une autre, puis encore, et encore une autre. Dix-huit au total. Et j’ai appris à aimer ça. À aimer ça beaucoup. Beaucoup. 

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Parallèlement à cette épopée surprenante comme nouvelle femme de radio, je réalisais aussi, avec mon amoureux, la musique pour les épisodes qui allait finalement devenir un mini-album. Je ne pouvais pas me faire à l’idée que tout ce travail-là n’allait pas pouvoir vivre en dehors des émissions.

J’étais trop fière de ce qu’on avait fait. Et ça m’emballait tellement qu’on a décidé d’en faire un petit objet ovni. Une parenthèse dans le parcours de ma propre création. Une parenthèse qui m’aura permis de m’épancher sur le processus créatif d’un de nos plus grands monuments de la chanson québécoise.

J’ai beaucoup appris de ça. De tout le monde que j’ai rencontré et qui se sont livrés avec beaucoup de gentillesse et de générosité, mais aussi, et surtout, de ma rencontre fantastico-space avec nulle autre que Daniel Bélanger.

Merci Daniel.

Ta plume et ta personne sont essentielles à notre écosystème magnifique mais fragile.

Vous pouvez écouter le mini-album de Fanny Bloom, Rêve encore, sur Spotify ci-dessous.  Et pour lire d’autres petites anecdotes, rendez-vous ici!

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