«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de «Freak*on*ica» de Girls Against Boys – Bible urbaine

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«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de «Freak*on*ica» de Girls Against Boys

«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de «Freak*on*ica» de Girls Against Boys

Un album boudé, à tort

Publié le 26 avril 2018 par Isabelle Lareau

Crédit photo : Geffen

Le groupe se distingue des autres formations en raison de son côté dense. Cela s’explique, en partie, par le fait qu’il y a deux bassistes. Mais il y a aussi le jeu de guitare grave et crasseux, la présence d’échantillonnages aux sonorités industrielles, le synthétiseur haletant, la voix trafiquée du chanteur... En fait, il n’y a que la batterie qui reste classique.

Girls Against Boys a vu le jour en 1988 à Washington. Fondé par le bassiste et claviériste Eli Janney ainsi que Brendan Canty, batteur de Fugazi. Ce dernier quitta la formation après seulement deux ans, car Fugazi exigeait toute son attention. Janney décida donc de poursuivre l’aventure et demanda à trois ex-membres de Soulside de se joindre à lui: le chanteur et guitariste Scott McCloud, le bassiste Johnny Temple et le batteur Alexis Fleisig. Peu après, le groupe emménagea à New York.

En 1992, le quatuor lança un premier effort studio intitulé Tropic of Scorpio, qui fut très prisé autant par les journalistes que par les mélomanes friands de musique alternative.

Les albums se succèdent rapidement; le quatuor lança Venus Luxure No. 1 Baby (1993), Cruise Yourself (1994) et House of GVSB (1996). Il continue de charmer son public mais sans pour autant vendre plus d’albums. Et pourtant, en 1998, lorsque les admirateurs trouvent Freak*on*ica dans les bacs des disquaires, la réaction est décevante.

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Un changement de direction boudé

Essentiellement, trois facteurs ont influencé cet accueil plutôt froid. GVSB avait laissé l’étiquette Touch and Go, qui les épaulait depuis leur deuxième opus, et signa un contrat de trois disques avec le géant Geffen. Plusieurs accusèrent les musiciens d’être des «vendus»… De plus, le changement de son, c’est-à-dire l’ajout de rythmes et de textures électroniques, a fortement déplu aux admirateurs de la première heure.

Bien que Freak*on*ica est le disque de la formation qui s’est le mieux vendu, c’est également celui que les critiques ont le plus détesté, affirmant que le groupe était devenu une mauvaise imitation de lui-même…

Un malheur ne vient jamais seul… La bannière Geffen cessa d’exister, le groupe était frustré et ne savait plus, légalement parlant, comment procéder pour sortir un nouvel opus. De son propre aveu, McCloud admet que GVSB avait perdu son lustre «de nouveau groupe indie» et avait l’impression que la formation, après dix ans d’existence, ne savait plus comment se renouveler. Cette colère, attisée par la conviction de ne plus appartenir au courant actuel de l’époque, mina leur moral. Girls Against Boys mirent un terme à l’aventure l’année suivante, après une dernière parution: You Can’t Fight What You Can’t See (2002).

Mais, comme c’est souvent le cas dans l’histoire de la musique, la formation s’est réunie à l’occasion pour quelques concerts, constant que la chimie et l’envie d’écrire de nouvelles chansons étaient toujours présentes. En 2013, le groupe a fait paraître Ghost List.

Une preuve d’audace

Pourtant, je suis persuadée que Freak*on*ica est un excellent album et qu’il mérite des critiques élogieuses. À mon humble avis, il s’agit du meilleur de la formation. Celui-ci se démarque de leur discographie, certes, mais aussi de leurs contemporains, car il offre un astucieux mélange de rock sale et de synthétiseur industriel qui demeure ancré dans le vrai rock.

J’aime beaucoup leur côté expérimental à la Jon Spencer Blues Explosion, la guitare saturée à la Sonic Youth ainsi que la façon de chanter de McCloud, qui se situe à mi-chemin entre le chant et le parler. Il utilise un ton provocateur où transpire une certaine tension sexuelle très masculine et contrôlée. Mais, ce dont je raffole, ce sont les deux basses. Quelle idée géniale!

Et que de pièces succulentes! «Park Avenue» est une chanson parfaite, solide et entraînante; elle sonne comme une tonne de briques, tout comme «Pleasurized». «Psycho Futures» offre une atmosphère inquiétante, triste et apathique tandis que «Roxy» est langoureuse à souhait. Je suis, par ailleurs, très heureuse d’entendre du scratching sur «Black Hole»!

Sur leurs albums précédents, ils ont un son plus brut que j’associerais à des racines plus punk, voire post-punk, et moins raffinées. Très bon, mais pas très original… Et la réalisation et le choix des échantillons de Freak*on*ica sont beaucoup plus sophistiqués que ce que le groupe a fait auparavant. Cette offrande est sombre et mystérieuse, et l’apport de la musique électro et de ses textures enrichit le son de façon phénoménale. C’est l’album le plus dense, le plus étoffé et le plus lourd, surtout au niveau de la rythmique.

Malheureusement, les mélomanes sont restés accrochés à Tropic of Scorpio (1989), appréciant chaque album subséquent qui était une continuation de ce premier opus. Lorsque le quatuor a osé, le public n’était pas prêt à les suivre. Je crois que les admirateurs voulaient que leur groupe indie préféré demeure un secret pour les initiés seulement.

Surveillez la prochaine chronique «Les albums sacrés» le 3 mai 2018. Consultez toutes nos chroniques précédentes au labibleurbaine.com/Les+albums+sacrés.

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