«La fille de Coin-du-Banc» de Marie-Ève Trudel Vibert – Bible urbaine

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«La fille de Coin-du-Banc» de Marie-Ève Trudel Vibert

«La fille de Coin-du-Banc» de Marie-Ève Trudel Vibert

Traverser les tempêtes familiales

Publié le 5 novembre 2020 par Jessica Samario

Crédit photo : Tous droits réservés @ Les Éditions 3 sista

Récemment, j’ai entamé une nouvelle tradition, soit celle d’acheter un livre local lors de chacun de mes voyages afin d’encourager les artistes du coin et de mieux m’approprier leur réalité. C’est également un souvenir qui a beaucoup plus de valeur et de signification à mes yeux. Cette année, comme beaucoup d’entre nous, j’ai visité les splendides villages de la Gaspésie, mettant la main sur le roman de Marie-Ève Trudel Vibert.

En compagnie de ses deux sœurs, Marie-Ève Trudel Vibert a fondé Les Éditions 3 Sista en 2013 dans l’objectif de promouvoir la littérature gaspésienne. Elle y a d’ailleurs publié son premier roman «La fille de Coin-du-Banc», ayant remporté le prix d’excellence de l’Alliance québécoise des éditeurs indépendants.

Depuis, elle est éditrice à temps plein pour faire briller d’autres étoiles.

Un voyage par la pensée

Dans ce roman, j’ai trouvé charmantes les nombreuses références typiques à la Gaspésie, expliquées en bas de page pour les lecteurs qui ne viennent pas de la région. On y retrouve même le cri des corneilles qui réveille le matin (détail dont j’ai été témoin lors de mon voyage).

La fille de Coin-du-Banc raconte les intempéries vécues par une jeune mère, prénommée Marine. Cette femme tente tant bien que mal d’élever ses enfants, de soutenir son conjoint et de s’entendre avec sa mère, réprimant ainsi ses rêves de vivre autre chose. On suit Marine de l’accouchement de ses jumelles jusqu’au jour où celles-ci auront vingt ans, passant par plusieurs tragédies familiales au cœur d’un village gaspésien, là où tout semble pourtant si beau. C’est à travers les matchs de hockey, les verres de vin et les discussions autour de l’ami imaginaire de sa petite Jeanne, qu’on perçoit ses fantasmes de liberté lorsqu’elle en a plein les bras.

Son lien dysfonctionnel avec sa propre mère n’aide en rien sa cause, ajoutant une couche de plus à ses préoccupations:

«Entre toi et moi, l’amour n’a pas de cœur. C’est un bouilli de lard salé qui a trop cuit. Le chou est en décomposition. La viande, dure. Le maïs, souillé. L’amour nous bouche les artères. Tu connais de moi ce qui vient de toi. Élémentaire, ma chère Madeleine!» Ponctuées d’absences et de non-dits, ses relations se montrent toutes aussi décousues en dépit de l’amour qu’elle éprouve pour sa famille et sa meilleure amie.

Le poids des mots

Ce récit d’une grande beauté littéraire renvoie des images percutantes, les mots étant si bien choisis pour faire ressentir l’inquiétude, la douleur, la colère ainsi que la libération de Marine, comme dans l’extrait suivant: «Hubert stagne à la phase du déni depuis quatre ans. Verrouillé à double tour dans sa hantise, il se déplume».

Cette réalité crue ne se démode pas, beaucoup de mères de toutes les époques pourraient s’y reconnaître à un moment ou à un autre.

L’histoire de Marine se boucle de façon très inattendue, voire troublante, au point où on a envie de reprendre la lecture du début sous un angle différent.

Qui donc est cette mystérieuse fille de Coin-du-Banc? À vous de le découvrir!

Marie-Ève Trudel Vibert, La fille de Coin-du-Banc, Les Éditions 3 Sista, 2014, 176 pages, 24,10 $.

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