«Dans la peau de…» Mélina Bernier, poétesse qui nous transporte dans une Florence mystique – Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Mélina Bernier, poétesse qui nous transporte dans une Florence mystique

«Dans la peau de…» Mélina Bernier, poétesse qui nous transporte dans une Florence mystique

Des vers amples et des poèmes étendus

Publié le 30 octobre 2020 par Mathilde Recly

Crédit photo : Sophie Campbell

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé la chercheuse et poétesse Mélina Bernier, dont le plus récent recueil Florence, jusqu'au bout du bleu est sorti le 25 août dernier aux Éditions du Noroît.

Mélina, tu as déjà publié plusieurs recueils de poésie et des essais, en plus d’avoir codirigé un ouvrage universitaire, La recherche communautaire VIH/sida: des savoirs engagés. Comment réussis-tu à passer du chapeau de chercheuse à celui d’écrivaine, et est-ce que l’un de ces intérêts nourrit l’autre et vice versa?

«J’ai toujours été dans un entre-deux, on dirait. Comme d’autres artistes, il m’est impossible de circonscrire mes activités à une seule. La passion nourrit à la fois la recherche et l’écriture de fiction.»

«Plus concrètement, pour passer de l’une à l’autre de ces activités, je leur consacre des espaces-temps. Si je ne faisais pas ça, je n’y arriverais tout simplement pas. Finalement, quoi que je fasse, l’artiste est toujours là; je suis sensible à tout ce qui m’entoure, le visible et l’invisible.»

Tu t’es notamment impliquée comme consultante auprès de différentes communautés engagées dans la lutte contre le sida (par exemple, auprès des femmes autochtones, des travailleuses du sexe, des hommes gais et des personnes d’origine africaine et caribéenne). Qu’est-ce qui t’a motivée à partager ton savoir et à aider ces populations plus vulnérables?

«L’implication dans les communautés mobilisées contre le sida s’est matérialisée alors que j’entamais ma maîtrise à l’École de travail social de l’UQAM. Sur le plan de la réflexion et de l’engagement, les questions du féminisme, des sexualités marginalisées et la recherche d’une justice sociale m’animaient et m’interpellent encore aujourd’hui.»

«En tant qu’artiste, la solitude, le calme et le silence sont nécessaires pour écrire, mais dans mon cas, la soif de connaître et de rencontrer a joué un rôle essentiel pour enfin parvenir à l’écriture.»

«Ces groupes plus vulnérables à l’épidémie du VIH me donnent un souffle, parce que leurs projets vont à l’encontre de l’individualisme. En leur offrant mes compétences, j’y contribue aussi. Enfin, ma propre marginalité y trouve un sens, elle se transforme en action.»

Ton recueil Florence, jusqu’au bout du bleu est paru le 25 août dernier aux Éditions du Noroît. Tu y invites le lecteur à prendre part à une déambulation à travers les rues de Florence, en Italie, lors d’une nuit bleu pétrole. Peux-tu nous dire d’où t’est venue l’envie de nous faire voyager au cœur de cette capitale toscane, et quelles ont été tes inspirations pour écrire ces poèmes?

«La substance des poèmes qui composent le recueil Florence, jusqu’au bout du bleu a été rédigée en l’espace de quelques semaines, en janvier, à mon retour d’Italie. Le contraste entre la lumière de la Toscane et celle de l’hiver québécois y joue pour quelque chose.»

«Comme le dit un poème, je n’ai jamais quitté Florence. Cette ville continue d’exister à travers l’écriture, mais maintenant que j’ai fait ce recueil, sensations et désir subsistent. À Florence, la quête d’absolu est palpable à tous les coins de rue. En même temps, la ruine capitaliste de la beauté y est visible, ne serait-ce que par ces nombreux kiosques qui jonchent les rues et qu’on retrouvera dans toutes les villes riches et touristiques du monde.»

«Florence, capitale de l’art et berceau de la société marchande européenne… Cela traverse le recueil. Puis, la Toscane abrite la philosophie amoureuse de Claire et François d’Assise, saints rebelles de l’Église qui me fascinent. C’est le côté mystique du recueil; le bleu infini.»

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Du point de vue du ton et de l’écriture, qu’est-ce qui différencie, selon toi, Florence, jusqu’au bout du bleu d’Amour debout, ton premier recueil publié aux Éditions La Peuplade, en 2012?

«Florence, jusqu’au bout du bleu et Amour debout sont différents, dans le ton et l’écriture, mais ces deux recueils ne répondent à aucune logique, aucun plan. Autrement dit, le livre prend forme en l’écrivant. Lorsque je commence à écrire, je n’ai aucune idée où je vais et cette liberté est vitale.»

«Petit à petit, les poèmes trouvent un rythme et une voix propres. On a déjà suggéré qu’Amour debout présentait des poèmes comme des œuvres d’art moderne, des tableaux sur la page, et je trouve l’analogie intéressante. Ce sont des images très denses qui éclatent à la figure. Florence, jusqu’au bout du bleu a été écrit avec la musique de François Couperin (1668-1733), les œuvres du couvent San Marco, à Florence, et l’odeur de la grotte, en contrebas du sanctuaire de la Verna, dans laquelle François d’Assise a reçu les stigmates du Christ.»

«Dans ce dernier recueil, les vers se révèlent amples, les poèmes, en prose, plus étendus; même si, comme pour Amour debout, Florence, jusqu’au bout du bleu recèle une impulsion première, non civilisée, qui s’appelle peut-être la douleur ou l’amour.»

Si tu avais carte blanche et que tout était possible – y compris te téléporter ou remonter le temps –, quel.le chercheur.euse et quel.le auteur.e inviterais-tu pour un souper animé à la maison, et de quoi parleriez-vous lors de cette soirée?

«Ah… Quelle belle proposition! Il me faudrait absolument avoir un entretien avec Marguerite Duras, à l’époque où elle écrivait son grand livre, Le Vice-Consul. J’essaierais de la sortir un moment de ses obsessions. Elle me serait salutaire, par son intransigeance et la foi têtue qu’elle mettait dans son travail.»

«On parlerait d’écriture, bien sûr, et de la forêt des possibles qui s’étend lorsqu’on abandonne la souffrance, qu’on recommence. Puis, nous pourrions inviter Muhammad Ali à se joindre à nous, de sorte à mettre le feu à cette soirée! Qu’en pensez-vous?»

Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le labibleurbaine.com/nos-series/dans-la-peau-de.

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions du Noroît.

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