LittératureRomans étrangers
«Jours de libération» de Mathieu Lindon
L’époque qui s’en va
Crédit photo : www.pol-editeur.com
Lecteur, soyez averti. Le petit dernier de Mathieu Lindon, journaliste littéraire au Libération, n’a rien d’un vrai roman. Aucune trame qui vous tient en alerte, pas de personnages surfaits, rien de faux, rien d’inventé, quoi. Avec Jours de Libération, ce n’est que du vrai, souvent du banal, surtout un portrait d’un monde qui s’effondre autour de son auteur.
Il y a d’abord cet élément déclencheur massue: les nouveaux actionnaires du journal effectuent une refonte complète de la structure interne. Crise dans la salle de rédaction, dans les différents départements, dans les histoires individuelles. Un non-roman feuilleton, où la question partir ou rester tourne et retourne sans cesse dans les pensées de Lindon, témoin, et de son entourage.
Le journal d’un journal, qui permet aux habitués du Libération d’y croiser les différentes plumes par l’entremise de ces prénoms uniques dont on devine les noms de famille. Difficile d’accrocher à ce genre d’écriture toutefois, volontairement de style journal intime ou cahier de notes personnelles. L’histoire racontée, parfois de manière décousue, c’est celle d’un changement draconien, celui qu’a connu le journaliste de carrière Mathieu Lindon à son journal adoré. Ce qui ajoute un poids de tristesse à la lecture, déjà surchargée du quotidien de tous et chacun.
Cette écriture porte parfois à confusion, comme si le genre «notes personnelles» avait pris le dessus sur la bonne structure des idées et des mots. Il s’en dégage néanmoins une forme d’humanité et de spontanéité qui se rappelle au contexte humble et troublant qui a été à l’essence du récit. Le drame inspire, que voulez-vous.
Loin d’être une lecture captivante, Jours de Libération demeure un compte-rendu particulier et fort de ses petites réflexions qui donne au public un accès privilégié à un univers dont on a tendance à oublier la crise permanente depuis quelques années déjà. Ceci n’est pas un roman, non. C’est une chanson longue et brisée en l’honneur de l’humilité qui accompagne les déportés du changement d’époque.
Collaborateur
Titulaire d'une maîtrise en communications, Marc-André profite de ses nouveaux temps libres pour agrandir sa bibliothèque personnelle à coup de classiques et de découvertes littéraires.
L'avis
de la rédaction
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