«Dans la peau de…» Alexia Renard et Virginie Simoneau-Gilbert, autrices qui démystifient le véganisme – Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Alexia Renard et Virginie Simoneau-Gilbert, autrices qui démystifient le véganisme

«Dans la peau de…» Alexia Renard et Virginie Simoneau-Gilbert, autrices qui démystifient le véganisme

Mettre en lumière les contradictions de notre rapport aux animaux

Publié le 24 septembre 2021 par Mathilde Recly

Crédit photo : Aline Dubois (Alexia Renard) et Maxime Laporte (Virginie Simoneau-Gilbert)

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Aujourd’hui, on s'est glissé dans la peau de Alexia Renard et Virginie Simoneau-Gilbert, dont le livre «Que veulent les véganes? La cause animale, de Platon au mouvement antispéciste» vient de paraître aux éditions Fides. Découvrez-en plus sur ces deux autrices conscientisées qui ont à coeur la défense de la cause animale!

Alexia et Virginie, on est ravis de faire votre connaissance! Pouvez-vous chacune nous dire d’où vous est venue la piqûre pour l’écriture? 

A. «Comme beaucoup de gens, je crois que c’est la lecture qui est à la source de mon goût pour l’écriture. J’ai toujours aimé les mots et, très jeune, j’étais déjà une grande lectrice. J’adorais Victor Hugo, notamment. Assez naturellement, après mon secondaire, j’ai pris le chemin des études littéraires; je me suis plus particulièrement intéressée à la philosophie. Pour moi, le langage, que ce soit à travers l’écriture, la lecture ou la parole, permet d’ouvrir de nouveaux possibles au sein du réel et donc de penser différemment.»

V. «Je pense que l’amour de l’écriture s’est surtout développé au secondaire, alors que je lisais beaucoup par moi-même et que je découvrais les grands auteurs des littératures française et québécoise. On peut penser à Victor Hugo, Paul Verlaine, Émile Nelligan, Gaston Miron, Albert Camus, Simone de Beauvoir, qui sont parmi mes préféré.e.s encore aujourd’hui. Ce sont aussi plusieurs de ces auteurs et autrices qui m’ont introduite à la figure de “l’intellectuel engagé” et qui m’ont montré qu’un rapport plus politique à l’écriture était possible. C’est également à cette époque que je suis devenue végétarienne et que j’ai commencé à développer un intérêt pour les questions intellectuelles.»

Alexia, tu es doctorante en sciences politiques et ta thèse porte sur les jeunes antispécistes et véganes au Québec. Virginie, pour ta part, tu es doctorante en philosophie et ta thèse traite des comportements moraux chez les animaux non humains. À quel moment, dans vos cheminements respectifs, avez-vous commencé à vous intéresser à la cause animale?

A. «Pour ma part, ce fut un cheminement progressif, qui part d’un certain malaise ressenti en mangeant de la viande. Adolescente, je trouvais vraiment étrange ce goût pour les rôtis de veau et autres poulets grillés. Il y avait des chats chez moi que j’aimais profondément. Je ne comprenais pas bien pourquoi ils pouvaient vivre leur vie, confortablement lovés sur mes genoux, alors qu’on tuait et mangeait d’autres animaux. Quand j’ai commencé à me poser des questions de manière plus articulée, on me répondait souvent: “C’est comme ça”. Cette réponse ne me satisfaisait pas du tout!»

V. «J’ai commencé à m’intéresser à la cause animale très tôt dans ma vie. Je me souviens qu’à l’âge de neuf ans, mes parents et moi avions visité une ferme de bisons et que j’avais refusé de manger les burgers que mes parents avaient achetés à la petite boutique de la ferme. L’odeur de viande cuite m’avait alors donné la nausée. Quelque chose semblait ne pas tourner rond. J’avais peut-être été choquée à ce moment-là par le lien clair qui s’était établi dans mon esprit entre l’animal vivant et l’animal mort que l’on mange. Il faut dire aussi que j’ai grandi entourée d’animaux et que j’ai été sensibilisée très tôt à l’importance de respecter leurs intérêts et leurs préférences uniques.»

Le 20 septembre, votre livre Que veulent les véganes? La cause animale, de Platon au mouvement antispéciste est paru aux éditions Fides. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans ce projet d’écriture commun, où vous mettez notamment en exergue les contradictions en lien avec le rapport que l’humain entretient avec les animaux?

A. «Je connaissais les travaux de Virginie puisqu’elle a publié, en 2019, un livre sur l’histoire de la SPCA de Montréal qui m’avait beaucoup impressionnée. On gravitait aussi dans les mêmes cercles intellectuels et militants montréalais, et on avait eu l’occasion d’échanger nos idées par courriel ou en personne. Quand s’est présentée l’occasion d’écrire un livre sur la cause animale et le véganisme (grâce à Valéry Giroux et Carl Saucier-Bouffard, tous deux spécialistes d’éthique animale), c’est assez naturellement qu’on a décidé de porter le projet à deux. On avait envie de proposer une synthèse historique et philosophique du mouvement. Mais on souhaitait également montrer à quel point la cause animale est complexe et possède des racines intellectuelles anciennes.»

V. «Quand on nous a offert le projet d’écrire un livre ensemble, nous avons dit oui spontanément, comme le courant passait bien entre nous et que nous travaillions sur des aspects différents de la cause animale. Le but premier du livre était de mettre en lumière les contradictions inhérentes à notre rapport aux animaux, mais aussi de déconstruire certains clichés associés au véganisme, selon lesquels ce mode de vie serait assez frivole, comme une mode passagère. Le livre nous offrait une occasion de défendre la cause animale et de parler du véganisme dans l’espace public, ce qui m’a beaucoup plu et motivée.»

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Selon vous, pourquoi le contexte de crise écologique que nous connaissons actuellement intensifie l’urgence de multiplier les débats quant au traitement des animaux – autant du point de vue sociologique, philosophique, politique ou environnemental?

A. «Deux raisons justifient cette urgence. D’une part, les plus récents rapports scientifiques, et en particulier ceux du GIEC, mettent en évidence les conséquences environnementales de l’élevage, que ce soit en termes d’usage des terres ou d’émissions de gaz à effet de serre. Éliminer le plus de produits animaux possible de notre alimentation est donc une nécessité écologique. On n’a plus le choix. D’autre part, l’argument environnemental, s’il est important, ne doit pas nous faire oublier qu’il s’agit avant tout d’une question de progrès moral. L’histoire de l’humanité peut se lire – pour celles et ceux qui sont optimistes – comme un élargissement progressif du cercle de considérations morales et politiques. Je crois qu’on se doit, en tant que société, de travailler sans relâche à ce que ce cercle soit toujours plus inclusif, y compris pour les animaux. C’est donc l’avenir écologique et éthique de la planète qui est en jeu à travers la cause animale.»

V. «Les questionnements sur la manière dont nous traitons avec les animaux ne sont pas récents, mais la crise écologique nous sensibilise davantage aux effets néfastes de notre action sur les animaux et sur la nature plus globalement. Avant le XXsiècle, des philosophes comme Plutarque et Porphyre dans l’Antiquité ou Voltaire au XVIIIsiècle s’intéressaient surtout aux enjeux éthiques et diététiques liés à la consommation de viande. Aujourd’hui, la crise écologique ajoute une nouvelle dimension à ces préoccupations millénaires. Elle nous permet de poser la nécessité d’adopter un régime végétal non seulement pour des raisons morales ou liées à la santé, mais carrément pour la survie de la planète. Plus largement, la crise écologique nous invite à repenser notre rapport au monde naturel et à mettre de côté le rapport d’exploitation que nous avons toujours eu avec les animaux non humains.»

À plus ou moins long terme, avez-vous d’autres projets communs ou séparés en lien avec la défense de la cause animale? On est curieux de savoir si un autre ouvrage est en préparation, par exemple…

A. «J’adorerais avoir d’autres projets avec Virginie! Mais pour le moment, j’ai moi aussi une thèse à écrire, ce qui n’est pas une mince affaire!»

V. «Pour l’instant, je n’ai pas d’autres projets de publication, outre peut-être quelques textes et conférences ici et là. Au cours des trois prochaines années, je compte surtout me concentrer sur l’écriture de ma thèse. Cela dit, je serais très heureuse de collaborer à nouveau avec Alexia!»

Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le labibleurbaine.com/nos-series/dans-la-peau-de.

*Cet article a été produit en collaboration avec les éditions Fides.

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