«Riopelle: À la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones» au MBAM – Bible urbaine

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«Riopelle: À la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones» au MBAM

«Riopelle: À la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones» au MBAM

Même en terrain connu, le musée arrive à innover

Publié le 4 décembre 2020 par Olivier Du Ruisseau

Crédit photo : Gracieuseté Musée des beaux-arts de Montréal

Bonne nouvelle: le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) présente gratuitement sa plus récente exposition en ligne jusqu'au 11 janvier 2021. Cinquième exposition de l’histoire du musée à être consacrée au peintre québécois Jean-Paul Riopelle, cette dernière se distingue en ce qu'elle aborde l’œuvre de l'artiste en relation avec les territoires nordiques et les cultures autochtones de manière particulièrement sensible. Les œuvres présentées, à la fois celles de Riopelle et d'artistes autochtones, sont à couper le souffle. En attendant de pouvoir la découvrir en personne (on l'espère!), une visite virtuelle de l'exposition s’impose.

Un tournant pour l’histoire du musée

Avec cette nouvelle exposition, le MBAM pose un regard sensible et résolument contemporain sur l’ensemble de l’œuvre du peintre québécois. Pour la première fois, on découvre les raisons pour lesquelles les cultures autochtones de l’Amérique du Nord (surtout du Québec), ainsi que les voyages effectués par Riopelle, ont joué un rôle déterminant dans son rapport à la peinture.

L’expo Riopelle: À la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones est l’un des derniers grands lègues de Nathalie Bondil au musée, ainsi que la première exposition à être inaugurée par le nouveau directeur général du MBAM, Stéphane Aquin. Qui plus est, il s’agit de la première exposition de l’histoire de l’institution à être offerte entièrement en ligne.

L’apport de Bondil est en effet important dans cette exposition qui s’ouvre cependant en son absence. L’ex-directrice générale et conservatrice en chef du musée serait l’une des principales instigatrices du projet, avec Bernard Lamarre, entrepreneur, collectionneur et ancien président du conseil d’administration du MBAM. L’exposition serait le fruit d’une promesse de Bondil à Lamarre qui aurait été celle de réaliser une exposition avec le collectionneur Champlain Charest.

Charest était un grand ami de Jean-Paul Riopelle. La plupart des œuvres exposées ont d’ailleurs été prêtées par le collectionneur. Charest a aussi permis à Riopelle de créer certaines de ses oeuvres les plus marquantes. Il l’a accompagné dans plusieurs voyages de chasse et l’a souvent fait monter à bord de son avion, ce qui aurait aussi grandement inspiré l’artiste.

Photographie de Claude Duthuit (fils de Georges) montrant Jean-Paul Riopelle (2e à partir de la gauche) avec Champlain Charest (dernier à droite).

Découvrir la «culture ensauvagée de l’œil» de Riopelle

Les premières salles de l’exposition nous présentent les liens de l’artiste avec les surréalistes français tels qu’André Breton, ainsi qu’avec le collectionneur Georges Duthuit. Ce dernier a énormément influencé Riopelle. Il lui a prêté plusieurs œuvres d’art autochtones qu’on qualifiait autrefois de primitivistes, dont une série de masques.

Les surréalistes et les artistes européens modernes de l’époque ont beaucoup vanté la puissance esthétique et spirituelle des masques autochtones, qu’ils aient été Inuits, Haïdas ou Africains. Riopelle n’a pas échappé à cette tendance. Pourtant, alors qu’on a beaucoup critiqué l’appropriation culturelle de plusieurs artistes de son époque, il semblerait, du moins à la lumière d’une visite de l’exposition, que la démarche du peintre québécois à l’égard du nord et des cultures autochtones fut plus respectueuse et authentique.

Plusieurs des oeuvres exposées mettent de l’avant des titres autochtones, ou encore sont directement inspirées d’œuvres autochtones. Le grand triptyque Les masques (1964), typique de Riopelle qui a été influencé par les contrastes de couleur et l’empâtement, ou bien le tableau Au pil de son masque (1978) figurent parmi les plus impressionnants exemples de l’influence autochtone chez l’artiste.

Jean-Paul Riopelle, Les Masques, 1979. Collection du Musée national des beaux-arts du Québec.

«Un pan de l’œuvre foisonnante de Riopelle reflète une proximité, sinon une homologie avec l’attitude autochtone, la manière d’observer et d’interpréter in situ dans la nature. Bref, une culture ensauvagée de l’œil», a d’ailleurs écrit Guy Sioui Durant, sociologue huron-wendat dans son essai Riopelle parmi les Onkweonwe, paru dans le catalogue de l’exposition.

La contribution d’artistes autochtones contemporains à l’expo est aussi fort intéressante. Elle nous aide à comprendre comment certains codes, certaines esthétiques ou certains signes autochtones que Riopelle avait repris ont pu évoluer jusqu’à aujourd’hui. Le travail de Beau Dick, artiste et chef Kwakwaka’wakw, s’avère spécialement saisissant. 

Beau Dick, Weather Spirit, S.d.

Faire ressortir toute la puissance des formes de la nature

«Je ne tire pas de la Nature, je vais vers la Nature», a dit Riopelle en 1955. Cette idée du peintre est présente dans son approche aux cultures autochtones, mais aussi dans son traitement des formes de la nature et des paysages.

L’exposition du MBAM présente notamment une série de tableaux que l’artiste a réalisés et qui sont inspirés d’icebergs. Ces œuvres sont percutantes. Elles permettent aux visiteurs d’accéder à un côté méconnu de l’oeuvre de Riopelle; son penchant pour la figuration et une exploration des contrastes du noir et blanc.

Jean-Paul Riopelle, Pangnirtung (triptyque), 1977. Collection du Musée national des beaux-arts du Québec.

«Par les masses blanches qui dominent la composition, Riopelle rend compte de la forte impression qu’ont sur lui les icebergs échoués sur la grève et les glaces flottantes autour desquels il pratique la pêche à l’omble de l’Arctique», a écrit Andréanne Roy, co-commissaire de l’exposition et historienne de l’art.

Roy est d’ailleurs co-commissaire avec Jacques Des Rochers, conservateur de l’art québécois et canadien au MBAM, et avec Yseult Riopelle, fille de l’artiste et responsable de son catalogue raisonné.

Enfin, cette approche au territoire, présente dans toute l’exposition, est propre à l’image de Riopelle, qui se situe quelque part entre celle d’un chasseur canadien typique, d’un «trappeur supérieur», comme l’a appelé André Breton, et celle d’un grand artiste qui allie une puissante poésie et une sophistication technique inégalable. 

Une visite virtuelle qui en vaut la peine, même si on a hâte d’aller au musée!

C’est certain qu’une visite physique au musée est irremplaçable. C’est tout particulièrement vrai pour la peinture de Riopelle, car les photos en ligne et les modèles d’exposition en 3D ne rendent pas du tout justice à toute la puissance des couleurs et à la texture de la peinture, qui font la marque de l’artiste.

L’expérience virtuelle de l’exposition demeure toutefois très agréable. On est appelé à prendre le temps qu’on veut pour lire tout le contenu mis à notre disposition et à bien se renseigner sur les oeuvres. Certaines photos et vidéos présentes dans les salles d’expositions ont aussi été intégrées à la visite virtuelle, appuyant notre compréhension des oeuvres présentées.

La vidéo ci-dessous, qui présente Riopelle à l’émission Femme d’aujourd’hui de Radio-Canada, est d’ailleurs présentée dans le cadre de la visite virtuelle de l’exposition. Les histoires que le peintre y raconte, cigarette au bec, sur la terrasse d’un café parisien, sont tout simplement savoureuses.

L’exposition Riopelle: à la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones est, au final, très bien organisée,. Elle ouvre la voie à des interprétations inédites de l’oeuvre de l’un des plus grands peintres du Québec et contextualise très clairement certaines périodes charnières de sa carrière.

L’exposition est à voir en ligne ici, gratuitement jusqu’au 11 janvier, avec d’autres expositions virtuelles du MBAM. La forme qu’elle prendra après cette date dépendra des futures annonces du gouvernement quant aux mesures de distanciation sociale.

«Riopelle : à la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones» en Images

Par Gracieuseté du Musée des beaux-arts de Montréal

  • «Riopelle: À la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones» au MBAM
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