«Dans la peau de...» Roxanne Arsenault, alias Donzelle – Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Roxanne Arsenault, alias Donzelle

«Dans la peau de…» Roxanne Arsenault, alias Donzelle

Une artiste multi-facettes

Publié le 2 mars 2018 par Isabelle Lareau

Crédit photo : Mathieu Proulx

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé Roxanne Arsenault, mieux connu sous son nom d'artiste Donzelle.

1. Ton esthétisme est kitsch et moderne à la fois. Pourquoi avoir adopté ce style?

«J’ai toujours adoré les décors excessifs, excentriques. J’ai des souvenirs d’être très jeune et de visiter des restaurants pop-polynésiens (tiki). Je crois que cette fascination pour les environnements immersifs, je la porte depuis.»

«Le kitsch (tel qu’on le perçoit) s’oppose à la standardisation et aux intérieurs souvent génériques d’aujourd’hui. Ces esthétiques transportent, font voyager, divertissent. Ça m’intéresse au point tel que ça été mon sujet de maîtrise et d’un début de doctorat.»

«Ceci dit, je ne suis aucunement nostalgique du passé. Je suis heureuse de vivre aujourd’hui, avec les valeurs, la technologie, la musique, les opportunités de maintenant. J’aime quand les mélanges moins probables s’opèrent. Je ne suis pas une puriste d’aucune manière. Ainsi, quand Donzelle «adopte» des éléments esthétiques kitsch, c’est pas tant calculé; c’est naturel.»

2. La chanson «Génie» est très planante, et le clip, très léché. Peux-tu nous parler de l’inspiration derrière la pièce (et la vidéo)?

«Toutes mes pièces partent d’un moment vécu que j’amplifie par la suite. Quand j’ai reçu le beat de Cerne (Bronswick), j’ai eu le goût de parler d’un été post-break-up difficile. Dans la pièce, je parle de se remettre sur pieds et de panser son ego qui en a pris un coup en renouant avec son côté frivole et en s’assumant pleinement.»

«C’est une pièce super moody qui était parfaite à sortir en hiver, mais que j’imaginais aussi facilement écouter l’été au crépuscule dans une voiture, le volume fort, les fenêtres baissées.»

«Pour la vidéo, nous n’étions pas intéressés à faire un truc littéral. J’ai été approchée tout d’abord par l’artiste Nicolas Fleming, qui avait le sentiment que ma musique pourrait marcher avec ses installations architecturales. Nous avons donc décidé de filmer dans son exposition à la Maison des arts de Laval. Puisque c’était planant comme pièce, j’ai pensé à l’artiste vidéaste Nelly-Ève Rajotte, qui se spécialise dans les vidéos atmosphériques.»

«Pour les costumes, nous avons travaillé avec mon amie au style impeccable Raïa Haïdar, qui a, entre autres, proposé les magnifiques bijoux d’Ariel de Pinto pour le premier tableau. À cette équipe se sont ajoutés les maquillages de Chloé Lefebvre, qui a dû être très créative le jour même, mais qui a réussi à faire quelque chose dont nous sommes très fières, au final. Bref, l’inspiration, comme dans tous mes projets, est venue de la collaboration et à travers l’échange d’idées.»

3. Tes textes sont très éclatés et assumés. Explique-nous pourquoi tu as opté pour ce style d’écriture.

«Un peu comme je le disais dans la dernière question, toutes mes pièces et mes vidéos sont issus de collaborations. Souvent, je travaille avec un beat maker qui me propose une maquette de base, et ça devient l’inspiration pour le texte.»

«Je suis intéressée par la diversité des styles musicaux et ça se sent à travers l’album. Pour ce qui est des textes assumés, je ne peux vraiment pas faire autrement, car je suis assez réputée dans ma «vraie vie» pour ne pas avoir la langue dans ma poche.»

«En plus, considérant la scène musicale actuelle et le gros manque de positions fortes, assumées et empowering occupées par des femmes (la discussion sur pourquoi c’est ainsi, ferait l’objet de tout un autre article), ça devient impératif de le faire. Ça arrive souvent après des shows que des femmes viennent me remercier de faire ce projet et n’en reviennent pas. Ça me rappelle que c’est important à chaque fois et que ça va peut-être donner le goût à d’autres de le faire aussi.»

4. Le concept derrière ton nouvel album (10 chansons, 10 clips) est plutôt ambitieux. Que peux-tu nous dire à propos de la ligne directrice (ou l’absence d’une ligne directrice) de ce nouvel opus?

«Hahaha… ambitieux ou reckless? Parfois, je me pose la question… hahaha. En fait, j’ai été marquée à l’adolescence par les albums vidéos Goo et Dirty de Sonic Youth (que j’ai encore en VHS!) et j’ai toujours voulu faire quelque chose du genre. Donzelle a tellement de potentiel visuel (et j’ai une petite tendance hyperactive… hmhmm…), alors c’était naturel pour nous de se lancer là-dedans.»

«Quand je dis nous, je fais référence aux extraordinaires danseuses avec qui je travaille. Sans elles, le projet ne serait pas possible. Elles nourrissent le projet autant conceptuellement qu’esthétiquement. En plus, quand Limonade de Beyoncé est sorti, c’est tellement devenu une genre de joke, qu’il fallait qu’on fasse notre version québécoise. On allait intituler Pepito (comme la sangria de dépanneur).»

«En gros, ça parle pas mal de sisterhood, de gang, de la communauté qui m’a accompagnée dans les dix dernières années. Ça évoque un large range d’émotions, de désir, de maternité, de force. Cet album essaie de décloisonner les stéréotypes féminins et de montrer qu’on peut être tout à la fois.»

5. Une chose que Donzelle ne ferait jamais, contrairement à Roxanne Arsenault?

«Ayoye, rien, je pense. C’est plutôt le contraire, il y a des choses que Roxanne ne ferait pas. Donzelle est encore plus fierce. Elle repousse ses limites, affronte ses complexes, dit haut et fort ce qu’on n’ose pas dire tout bas.»

Pour consulter nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le labibleurbaine.com/Dans+la+peau+de…

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