«La petite anecdote de…»: Hanorah, et les vertus thérapeutiques de la musique | Bible urbaine

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«La petite anecdote de…»: Hanorah, et les vertus thérapeutiques de la musique

«La petite anecdote de…»: Hanorah, et les vertus thérapeutiques de la musique

Une voix magnifiquement soul qui reflète une vie intérieure complexe

Publié le 8 mars 2021 par Vincent Gauthier

Crédit photo : Nadia Davoli

Chaque semaine, Bible urbaine demande à des artistes de tous horizons de raconter une anecdote ludique, touchante ou simplement évocatrice sur un thème inspiré par son œuvre. Cette fois, c’est au tour d'Hanorah de se prêter au jeu! Après avoir chanté dans plusieurs bars et clubs à travers la métropole au début de sa carrière, la jeune femme a marqué le Québec avec sa voix bouleversante lors de son passage à La Voix en 2017. Depuis, elle a sorti un excellent EP et continue d'écrire et de créer. Ici, elle nous raconte une anecdote émouvante au sujet de la création de sa chanson «New Orleans» et nous dévoile à quel point la musique a toujours été un puissant exutoire, à savoir un véritable pilier qui lui permet d'être résiliente et de garder espoir.

«New Orleans was a throwaway song»

«New Orleans» a été pour moi une chanson créée spontanément. Je l’ai écrite en vingt minutes, dans le sous-sol chez ma mère en 2017, sur un piano électrique qu’elle m’avait offert à Noël à l’âge de 9 ans, peu de temps après la séparation de mes parents.

À l’époque, je jouais souvent avec mon nouveau band dans des petits bars et des clubs, savourant un peu trop le fait de «chanter-crier» des chansons évoquant les traumas sur des petites scènes de la ville.

Chaque fois que je chantais, je sentais comme un courant électrique autour de moi, comme si tout était possible; comme si j’avais trouvé une échappatoire dans l’univers, par le simple fait de transformer des souvenirs déchirants en nouvelles expériences et d’écrire absolument tout ce que je ressentais pour les changer en chansons vivantes.

C’était comme si j’effaçais tous les mauvais souvenirs grâce à de nouvelles choses: la joie que je ressentais en abandonnant ma peur et en prenant des risques; les amitiés qui se créaient avec les membres du groupe; la solidarité et l’esprit de communauté avec les nouveaux fans, souvent de jeunes femmes qui étaient venues me voir après notre show pour partager leurs propres expériences d’agression sexuelle.

À travers tout ce processus, je guérissais, même si je me cassais la voix tous les soirs.

Tout cela me semblait si magique, comme si ma «vilaine honnêteté» faisait finalement la différence. Même s’il n’y avait pas beaucoup de monde et que les shows étaient encore bruts de décoffrage (c’est-à-dire: préparés et mis en place à la dernière minute en raison de mon inexpérience et de mon indécision), ce que nous faisions ensemble, sur scène, me semblait réellement important. Je voyais vraiment la vie en rose, tout en étant déjà nostalgique à propos d’une période de ma vie que j’étais toujours en train de vivre.

J’étais tellement reconnaissante que quelqu’un, comme moi, qui ne connaissait aucun musicien et qui avait le cœur rempli de colère et de douleur d’une vie passée, puisse simplement se présenter sur scène et apprendre au fur et à mesure; se planter royalement et faire plein de faux pas, tout en chantant de toutes ses forces et en trouvant du plaisir tout au long du processus.

C’était un vrai soulagement après des années de souffrance.

Pour moi, ma chanson «New Orleans» résume ce sentiment. C’est une lettre d’amour adressée aux gens qui étaient présents lors de mes premiers pas en tant qu’artiste, et en particulier à ceux qui sont restés, comme Paul De Rita, Christian Henegan-Comeau, Olivier Cousineau et Monse Muro.

C’est une ode à l’enfant qui se terre au fond de moi et qui souffre encore parfois, un rappel pour me souvenir que j’ai toujours le pouvoir de choisir mon avenir et la manière dont je me comporte avec le monde qui m’entoure.

J’avais initialement rejeté cette chanson que je trouvais trop dépouillée – je ne l’avais jamais fait écouter à personne parce qu’elle n’était pas assez puissante et représentative de ce que je voulais être à l’époque. Mais Claudie Jalbert (NDLR: de Dare To Care Records) a entendu quelque chose que je n’avais pas saisi en elle et a insisté pour que nous la mettions sur le EP. Je suis contente qu’elle l’ait fait.

L’enregistrement en lui-même est authentique et brut. Je me souviens à quel point je me suis sentie nue en faisant cette prise en studio, tard dans la nuit, à la fin d’un sprint de deux jours pour enregistrer For the Good Guys and the Bad Guys en 2018.

Je ne suis pas, bien sûr, une guitariste professionnelle encore aujourd’hui, mais j’étais encore moins compétente à l’époque. Sur l’enregistrement, je peux m’entendre penser aux notes. Je peux ressentir l’angoisse du deadline et la peur que je ressentais vis-à-vis de la réception de ces chansons. Les deux années suivantes ont bien sûr été folles, d’une manière à la fois incroyable et épuisante.

Aujourd’hui, j’ai un peu plus d’expérience et je passe à un nouveau chapitre de ma vie avec de nouvelles personnes et de nouveaux objectifs. Je me connais mieux que jamais, et je connais mieux mon art aussi.

En réécoutant la chanson, cette incertitude me paraît maintenant tellement précieuse.

Vous pouvez écouter le EP d’Hanorah sur Spotify ci-dessous. Et pour lire d’autres petites anecdotes,  rendez-vous ici.

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