«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de «La Llorona» de Lhasa De Sela – Bible urbaine

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«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de «La Llorona» de Lhasa De Sela

«Les albums sacrés»: le 20e anniversaire de «La Llorona» de Lhasa De Sela

Entrée envoûtante

Publié le 30 mars 2017 par Mathieu St-Hilaire

Crédit photo : Audiogram

Lorsqu’elle fait paraître son tout premier album Le Llorona en 1997, Lhasa De Sela possède déjà le bagage d’une vie entière. Née à New York en 1972, le style de vie nomade de sa famille l’amène un peu partout aux États-Unis ainsi qu’au Mexique. Sur la route, elle fait des études à distance et s’imprègne de musiques. Dès un très jeune âge, elle chante dans des bars et des cafés. Il faut dire que la musique et les arts coulent dans le sang de sa famille, autant proche qu’éloignée. D’ailleurs, c’est en retrouvant ses sœurs à L’École nationale de cirque qu’elle s’installe pour de bon à Montréal, en 1991. Une rencontre avec l’excellent Yves Desrosiers arrive plus tard, et elle se lance en chanson.

Tout n’était pourtant pas gagné, car au milieu des années 1990, le Québec commence à peine à sortir des cadres, musicalement parlant. Des artistes majeurs comme Les Colocs et Jean Leloup offrent une proposition plus éclectique, mais la progression semble se faire à pas de tortue. En ce sens, l’année 1997 est charnière et amènera finalement le Québec à se moderniser: Dubmatique fera prononcer le mot «rap» à bien des Québécois pour la première fois, Bran Van 3000 arrivera avec un mélange de styles musicaux contemporains et, au final, Lhasa fera peut-être paraître le meilleur album de l’année au Québec, soit l’envoûtant et le mystérieux La Llorona.

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Déjà, le titre laisse planer une drôle d’aura. En effet, La Llorona  signifie «La Pleureuse» en espagnol et fait référence au fantôme d’une femme qui a perdu ses enfants et désire les retrouver dans la rivière. Évidemment, tout ça découle de la mythologie hispano-américaine, mais l’image est saisissante d’exactitude tellement elle représente à merveille l’univers musical de Lhasa. L’album, tout comme l’artiste elle-même, est difficile à catégoriser: folk latino-américain, chanson française, jazz, blues, musique gypsy européenne et moyen orientale font toutes parties des influences que l’on retrouve sur le disque (et il y en a plus).

À l’intérieur de la panoplie de styles, Lhasa nage de manière intense mais naturelle tel un poisson dans des eaux tantôt troubles, tantôt tranquilles.

La Llorona est seul album de la carrière de Lhasa à être entièrement composé de chansons livrées en espagnol. «De Cara a La Pared», première pièce, rappelle immédiatement Tom Waits, sauf que Lhasa y apporte sa chaleur bien à elle pendant que le rythme nous coule littéralement dans les oreilles. Le violon de Mara Tremblay, encore méconnue à l’époque, ajoute une touche ô combien exquise. «La Celestina» est plus rythmée et théâtrale, bien que le ton et l’interprétation laissent planer une certaine souffrance. «El Desierto», premier extrait qui avait été lancé pour l’album, montre un côté plus intense de Lhasa, cette dernière y allant d’une interprétation enflammée. «Por Eso Me Quedo» est quant à elle incroyablement poignante, son folk lumineux mettant de l’avant l’âme romantique derrière plusieurs pièces de La Llorona.

«Los Peces» poursuit dans l’influence mexicaine, Lasha alla puiser dans chaque influence ayant construit son identité artistique. «Floricanto» possède un charme irrésistible et démontre à quel point les chansons de la chanteuse possèdent un flair pour le dramatique, sans toutefois tomber dans le mélodramatique. L’apport d’Yves Desrosiers est non-négligeable, son expertise et sa sensibilité musicale amenant chaque chanson à un tout autre niveau. Le mariage entre son instrumentation et la voix de Lhasa frôlant la perfection. Tout coule merveilleusement bien et chaque pièce donne l’impression d’être un petit trésor bien enfouit que l’on découvre et dont la saveur nous reste en bouche. Desrosiers s’inscrit certes comme l’un des artistes les plus souvent négligés de sa génération, et ici il brille autant que Lhasa.

«Mi Vanidad» est une pièce chargée d’émotions qui nous rappelle à quel point Lhasa pouvait aisément naviguer d’émotion en émotion en un rien de temps. Les changements de dynamiques à travers la pièce reflètent merveilleusement bien la versatilité de la chanteuse. Comme finale, «El Arbor Del Olvido» nous laisse pantois, Lhasa décidant d’y aller d’une chanson plus introspective où les arrangements et sa voix se rejoignent dans une sombre pièce qui laisse l’auditeur faire place à son imagination.

Parce que non seulement ces chansons sont-elles musicalement exotiques et noires, mais elles portent aussi une énorme charge d’amour, de rêve et de désolation à travers leur existence. Ces chansons, on les ressent comme des moments importants.

La Llorona sera couronné de succès, Lhasa remportant des trophées à l’ADISQ et aux Juno la même année. Elle ira même rejoindre la tournée de Lilith Fair en 1998. Sa réputation comme grande artiste deviendra internationale et elle lancera deux autres albums, soit The Living Road en 2003 et Lhasa en 2009. Lhasa de Sela succombera au cancer du sein le 1er janvier 2010 au très jeune âge de 37 ans. La tristesse entourant sa mort prématurée demeure encore aujourd’hui immense, la chanteuse n’ayant probablement que frôlé son potentiel infini.

Les œuvres, par contre, continueront toujours de parler, et La Llorona aura toujours une place privilégiée dans le cœur de nombreux mélomanes.

Surveillez la prochaine chronique «Les albums sacrés» le 13 avril 2017. Consultez toutes nos chroniques précédentes au labibleurbaine.com/Les+albums+sacrés.

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