«L’entrevue éclair avec…» Sandrine Galand, autrice, féministe et passionnée de culture pop – Bible urbaine

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«L’entrevue éclair avec…» Sandrine Galand, autrice, féministe et passionnée de culture pop

«L’entrevue éclair avec…» Sandrine Galand, autrice, féministe et passionnée de culture pop

Un livre nourri par un phénomène collectif social incontournable

Publié le 21 septembre 2021 par Mathilde Recly

Crédit photo : Chloé Charbonnier

Dans le cadre de «L’entrevue éclair avec…», Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur sa personne, sur son parcours professionnel, ses inspirations, et bien sûr l’œuvre qu’il révèle au grand public. Aujourd’hui, on a jasé avec l'autrice Sandrine Galand, dont le livre Le féminisme pop vient de paraître aux Éditions du remue-ménage. Pour l'occasion, elle nous a parlé de ce qui l'a menée à décortiquer le rapport que le milieu de la musique pop entretient avec «un phénomène collectif social difficile à ignorer»!

Sandrine, c’est un plaisir de faire ta connaissance! Toi qui es titulaire d’un doctorat en études littéraires, professeure de littérature au collégial, chroniqueuse et autrice, on est curieux de savoir: d’où t’es venue la piqûre pour la littérature?

«D’aussi loin que je me souvienne, j’ai été une lectrice. Ça a commencé avec les énormes piles de bandes dessinées belges qui traînaient au sous-sol de mon bungalow d’enfance. Puis, je me souviens d’une collection de livres de la Comtesse de Ségur achetée dans une vente de garage et des samedis à la bibliothèque municipale où je m’aventurais en catimini dans la section pour adultes.»

«Mais il m’a fallu attendre le cégep, où j’étudiais en sciences pures, pour qu’une professeure de littérature me fasse comprendre que les lettres pouvaient aussi constituer un choix de carrière. Avant cela, on ne m’en avait parlé qu’en termes de passe-temps. Je suis entrée au cégep convaincue de faire une carrière en médecine; j’en suis ressortie inscrite au baccalauréat en études littéraires à l’UQAM. Je n’ai jamais regretté celle que j’ai laissée derrière.»

On a également découvert que tu es «passionnée de culture pop depuis toujours». Comment s’est révélé cet intérêt? On se demande s’il y a des artistes en particulier qui ont éveillé ta curiosité vis-à-vis de ce genre artistique!

«Il n’y avait pas chez moi de hiérarchie culturelle. La chanson française populaire côtoyait la bande dessinée et les grands films de répertoire. Mais il s’agissait encore des amours de mes parents, pas des miens.»

«Mon véritable coup de cœur pour la pop est né de la musique d’Elvis (mon premier coup de foudre anachronique) lorsqu’on m’a offert une cassette de ses meilleurs succès à Noël. Je passais des heures à écouter et à réécouter les albums des sensations pop de l’heure, puis à recopier leurs paroles sur les couvertures de mes cartables, dans mes agendas. Backstreet Boys, Spice Girls, Britney Spears, S Club 7, Jennifer Lopez, Janet Jackson… tout y passait.»

«En troisième secondaire, j’ai commencé à travailler pour des maraîchers à un kiosque d’un marché public. Tous les matins, mon patron allumait la petite radio transistor au-dessus du comptoir où j’assemblais les paniers de fraises ou de framboises, et ne l’éteignait qu’en quittant le soir. Durant cinq étés, j’ai été abonnée à 94,3 FM. Il ne m’en a pas fallu plus pour devenir un juke-box vivant des meilleures chansons de palmarès, toutes époques confondues.»

«Mais ce n’est qu’à l’UQAM que j’ai compris que la culture pop était digne d’être étudiée grâce à une chargée de cours qui se dédiait à nous transmettre sa fierté d’analyser des corpus comme les romans Harlequin et autres best-sellers. Elle a ouvert la voie à cette passion qui allait graduellement se marier à ma posture féministe

Le 21 septembre, ton livre Le féminisme pop est paru aux Éditions du remue-ménage. Dans cet essai, tu fais notamment référence à des stars telles que Lady Gaga ou Beyoncé, qui se font parfois reprocher d’utiliser leurs prises de position et leurs idées féministes pour servir leurs propres intérêts (à des fins lucratives ou de popularité, par exemple). Qu’est-ce qui t’a donné envie de creuser ce sujet, et sur quoi t’es-tu basée pour approfondir des questions en lien avec le féminisme dans la culture populaire contemporaine?

«En fait, ce livre s’est écrit avec le dehors. Ou, pour le dire plus justement, le dehors s’est inscrit entre ses pages, petit à petit, jusqu’à en faire intégralement partie. Né à la confluence de l’augmentation de mobilisations sociales féministes telles que #BeenRapedNeverReported, #YesAllWomen ou #MeToo relayées massivement par les réseaux sociaux, et du gain de popularité que connaît le terme “féminisme” dans les médias mainstreams, il s’est imposé de lui-même: il me devenait impossible de parler d’autre chose, de penser à autre chose, d’espérer autre chose.»

«Alors que le féminisme reprenait une certaine place dans le discours public, je me constituais à la fois comme chercheuse, comme citoyenne, comme femme. Comme féministe. Je cherchais à comprendre ce que cela entraînait d’être l’une et l’autre de ces catégories, l’une avec l’autre. Ainsi, avant de prendre la forme d’un sujet de livre, la résurgence du féminisme dans la culture populaire contemporaine m’est apparue comme un phénomène collectif social difficile à ignorer, mais surtout comme une manière d’être au monde à laquelle je ne voulais plus me dérober. J’avais l’impression que nous étions en train d’assister à un quelque chose de l’ordre d’un point de bascule.»

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Au fil des pages, tu tentes de «mieux repérer ce que ces stars pop représentent de subversif et d’inclusif, pour mieux comprendre ce qui se passe entre les gloires et les chutes.» Peux-tu nous donner quelques exemples concrets qui illustrent ces notions de subversion et d’inclusion auxquelles tu fais référence ici?

«Je crois que le meilleur exemple que je pourrais donner est la persona qu’incarne l’actrice, réalisatrice et scénariste Lena Dunham. Une grande part du livre s’est cimentée autour d’elle justement, parce qu’il m’est apparu clair qu’elle représente, à sa manière, tout ce que l’on reproche au féminisme pop: opportunisme, blancheur, impunité, égocentrisme, attitude ostentatoire.»

«Ainsi, à la manière de Dunham qui aura su, très rapidement dans sa carrière, se mettre à dos autant les féministes que les antiféministes, je me demande si la pertinence, sinon la force du féminisme pop ne se place pas précisément dans ses complications, dans les débats passionnels qu’il soulève sur les réseaux sociaux, dans les médias, autour d’une table entre ami·e·s, c’est-à-dire dans l’indécision qui persiste lorsque nous cherchons à déterminer quelles célébrités nuisent aux féminismes et quelles célébrités y contribuent authentiquement!»

«C’est un peu comme si cette contingence permanente en regard de qui constituerait le critère ultime pour identifier “une bonne féministe” était la substance, le travail même du féminisme pop.»

À court ou moyen terme, as-tu déjà d’autres projets créatifs en tête en lien avec l’écriture et/ou la culture pop et, si oui, quels sont-ils?

«Constamment. En faisant le choix de la littérature, au cégep, j’ai aussi choisi l’écriture. Il y a donc quelques textes en chantier pour des collectifs, en compagnie d’autres plumes redoutables; mais sinon, je retourne à mes premières obsessions d’écriture (qui ont d’ailleurs peu à voir avec la culture pop que j’aime surtout explorer à travers des médiums comme la radio): la mémoire familiale, l’enfance en banlieue, les amours adolescents.»

Pour lire nos précédents articles «L’entrevue éclair avec» et faire le plein de découvertes, consultez le labibleurbaine.com/nos-series/lentrevue-eclair-avec.

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions du remue-ménage.

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