«L'entrevue éclair avec...» Natalie-Ann Roy et Geneviève Morand, codirectrices de «Libérer la culotte» | Bible urbaine

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«L’entrevue éclair avec…» Natalie-Ann Roy et Geneviève Morand, codirectrices de «Libérer la culotte»

«L’entrevue éclair avec…» Natalie-Ann Roy et Geneviève Morand, codirectrices de «Libérer la culotte»

Parce que la culotte libre peut être polyamoureuse, kinky, infidèle, asexuelle ou abstinente!

Publié le 7 mai 2021 par Éric Dumais

Crédit photo : Chloé Charbonnier

Dans le cadre de «L’entrevue éclair avec…», Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur sa personne, sur son parcours professionnel, ses inspirations, et bien sûr l’œuvre qu’il révèle au grand public. Aujourd’hui, nous avons jasé avec les sympathiques Natalie-Ann Roy et Geneviève Morand, codirectrices de Libérer la culotte, un collectif paru aux Éditions du Remue-ménage et au sein duquel 30 femmes catalysent leurs expériences en lien avec la sexualité.

Geneviève, Natalie-Ann, c’est vraiment un plaisir d’avoir la chance de vous parler enfin! Pouvez-vous brièvement vous présenter, chacune à votre tour, et avec vos propres couleurs? On aimerait ça en savoir plus sur vos parcours respectifs et surtout sur le «feu intérieur» qui vous maintient en vie toutes les deux!

N-A R. : «Salut! Je m’appelle Natalie-Ann, je suis designer graphique, illustratrice, autrice, un peu musicienne, féministe, maman, amoureuse aussi, et je cherche à faire partie de projets qui nourrissent l’empowerment des femmes.»
 
G.M. : «Allô! Moi je m’appelle Geneviève, je redresse des organismes communautaires, je coache dans une ligue de soccer pour enfants que j’ai co-fondée, je bois beaucoup trop de lattés et j’aime faire l’amour le matin.»
 

En 2018, nous avions été ravis de découvrir Libérer la colère, un collectif dont vous êtes les co-directrices et au sein duquel 30 femmes catalysent leurs expériences en lien avec cette émotion. Comment vos lectrices et lecteurs ont-ils accueilli votre livre? Parlez-nous un peu des commentaires et des échos que vous avez reçus suite à sa publication!

G.M. : «Pour Libérer la colère, on a été portées par un feu intérieur qui refuse de s’éteindre depuis. Ce n’est pas parce qu’on a “libéré” notre colère dans un livre qu’elle est maintenant éteinte, bien au contraire. Et l’actualité se charge d’ailleurs de mettre de belles grandes bûches dans ce bois sans cesse. Nous avions été émues de recevoir des textes qui validaient notre colère et nous en présentaient d’autres formes, qui tissaient une courtepointe de vécus, un feu ardent trop longtemps étouffé, pas assez valorisé. Nous voulions crier et le crions encore: “Nos colères sont VALIDES!”»
 
N-A R. : «Ce livre ne cesse de nous surprendre. Sa portée m’émeut. Il nous arrive encore d’avoir des commentaires de lecteurs et lectrices trois ans plus tard qui nous font un grand bien, qui nous rappellent que nous avons créé un projet rassembleur qui met en lumière différentes formes d’oppression, de sentis, de vécus. Petite anecdote: une connaissance nous a écrit, plus tôt cet hiver, pour nous dire qu’elle faisait lire notre livre dans le cadre d’un cours au collégial et que la réponse des étudiantes était très positive et engagée, même si l’enseignante sentait que la jeunesse aurait aimé que les “choses changent enfin”.»
 
 

Le 13 avril, vous avez dévoilé votre deuxième ouvrage, Libérer la culotte (Éditions Remue-ménage), où cette fois vous vous attaquez à «une bête redoutable», la luxure, ou plus exactement le sexe. Dans ce livre, plus de 30 autrices, dont Fanny Britt, Catherine Dorion, France Castel et Caroline Allard, prennent la parole afin de clamer haut et fort le fait qu’elles ne sont pas que des féministes frustrées, mais qu’elles sont également… mal baisées. Parlez-nous des thèmes abordés et du fil conducteur de cet ouvrage, on est curieux d’en savoir plus!  

N-A R. : «Nous avons divisé le livre en deux grandes sections: Correspondances jouissives et Collaborations luxuriantes, et en six sous-sections: Performer, Survivre, S’appartenir, Déconstruire, Jouer et Jouir
 
G.M. : «D’abord, on utilise le terme “auteurices”, car il y a également des personnes non binaires qui signent des textes et que ce terme est plus inclusif. Ensuite, comme pour la colère, on a reçu pour la culotte des témoignages magnifiques. La “culotte libre” peut être polyamoureuse, kinky et infidèle, mais aussi asexuelle ou abstinente. On y parle de réinventer nos fantasmes, décoloniser l’imaginaire, déconstruire les boîtes, notamment sur l’hétéronormativité et la monogamie, guérir des violences aussi. Sortir de nos idées préconçues et stéréotypes intériorisés également.»
 
«Ici, je pense au texte de Mélodie Nelson sur le travail du sexe, ou à l’entretien de France Castel, qui nous dit que sa libération c’est d’en avoir fini avec le sexe. On s’est rendu.e.s compte qu’on traîne beaucoup de traumas dans le lit. Que plusieurs d’entre nous fakent pour préserver l’ego de leur partenaire. Que plusieurs s’astreignent au devoir conjugal. Que plusieurs croulent sous la charge mentale ou ont une sexualité triste. On s’est demandé: “C’est quoi le chemin de la sexualité joyeuse?” Et malheureusement, on fait le constat qu’on n’est pas rendu.e.s pantoute, même si dans le livre il y a plusieurs parcours de libération vraiment inspirants. Après l’égalité salariale, il est temps d’aller manifester pour l’égalité orgasmique!»
 

Avec Libérer la culotte, donc, vous réclamez une nouvelle révolution sexuelle, c’est-à-dire une réinvention de nos rapports intimes, ainsi qu’un droit à la jouissance complète de nos vies. Dans les années 1970, on osait déjà parler de «libération sexuelle»… Qu’en est-il de nos rapports en 2021, d’après vous, et du chemin qu’il y a à parcourir pour réellement l’atteindre, cette fameuse libération?

N-A R. : «Une fois la lecture des 30 “auteurices”, on se rend compte qu’il y beaucoup d’enjeux collectifs qui ne sont pas adressés dans une conversation intime et collective par rapport à nos relations qu’on voudrait égalitaires. Il y a du travail à faire pour proposer de nouveaux modèles, de nouveaux points de repère, des relations authentiques et bienveillantes.»
 
G.M. : «Ma grand-mère s’obligeait à avoir de la sexualité parce que c’était “son devoir”, qu’elle disait… La révolution sexuelle a passé, et moi aussi, je m’obligeais à avoir de la sexualité avec mon partenaire de l’époque, père de mes enfants, dans la croyance que c’est ça qu’il faut faire pour être un couple “normal” et avoir une famille “normale”. Hey lala. Après ma séparation, j’ai entrepris la quête de mon plaisir sexuel et j’ai commencé à découvrir des modèles qui n’étaient pas présents dans mon imaginaire, jamais représentés dans les médias ni dans mon entourage, et dont on ne m’avait jamais parlé.»
 
«Catherine Dorion parle d’une lassitude devant ses propres fantasmes et de la nécessité d’abolir le théâtre, de mettre fin au scénario écrit d’avance, d’accueillir les malaises. Caroline Allard nous parle de la douleur qu’elle a endurée. En fait, on aurait pu écrire un livre complet sur la douleur! Dire non à la douleur, ce serait déjà ça. Alors que Maude Painchaud Major parle de sa honte d’en vouloir toujours trop, et Catherine Voyer-Léger nous parle de son cheminement pour assumer l’abstinence. Ce sont des invitations à sortir des dichotomies.»
 
«Quand on voit toutes les histoires individuelles mises bout à bout, on se rend compte que c’est une oeuvre politique. Au lancement d’ailleurs, Caroline Dawson a émis le souhait qu’on sorte du poids individuel de libérer notre sexualité, d’arracher à nos relations des petits bouts d’égalité, pour plutôt en faire un combat social. C’est cette discussion collective qu’on veut susciter.»
 

Bien sûr, on l’a vite compris, vous souhaitez en fait offrir à vos lectrices et lecteurs une relecture libre et féministe des sept péchés capitaux, une idée qu’on trouve vraiment géniale et originale à la Bible urbaine! Peut-on avoir un petit avant-goût de ce que vous allez nous préparer avec votre prochain livre, si ce n’est pas trop indiscret? 

N-A R. : «Hahaha! C’est drôle parce que Geneviève et moi, nous nous partageons déjà des captures d’écran, des citations, des segments d’émissions de radio écoutées, des références de livres à lire… Le tout autour de la paresse et d’avarice. Mais quel sera le prochain? On ne le sait pas encore!»
 
G.M. : «On va faire le même processus qu’avec les deux autres collectifs: inviter des “auteurices” à une première rencontre d’idéation, partager notre vécu, rire et brailler et manger des chips, et on verra ce qui émerge, ce qui a le plus besoin de se faire entendre. Au lancement de Libérer la culotte, on a commencé à en parler, on a entendu la gourmandise aussi… Ce sont “ielles” qui nous inspirent, qui nous amènent ailleurs, des plumes formidables et courageuses, on verra bien où ça nous mènera! Pour l’instant on souhaite aux lecteur.ices de vivre une sexualité joyeuse et d’exulter, à leur façon.»
 

Pour lire nos précédents articles «L’entrevue éclair avec» et faire le plein de découvertes, consultez le labibleurbaine.com/nos-series/lentrevue-eclair-avec.

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions du remue-ménage.

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