«L’entrevue éclair avec…» Lucie Lachapelle, documentariste et écrivaine fascinée par les parcours atypiques | Bible urbaine

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«L’entrevue éclair avec…» Lucie Lachapelle, documentariste et écrivaine fascinée par les parcours atypiques

«L’entrevue éclair avec…» Lucie Lachapelle, documentariste et écrivaine fascinée par les parcours atypiques

Un travail nourri par ses observations et ses rencontres

Publié le 1 avril 2021 par Vincent Gauthier

Crédit photo : Jean Kazemirchuk

Dans le cadre de «L’entrevue éclair avec…», Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur sa personne, sur son parcours professionnel, ses inspirations, et bien sûr l’œuvre qu’il révèle au grand public. Aujourd’hui, nous avons jasé avec la polyvalente Lucie Lachapelle, une grande passionnée du septième art, qui a récemment dévoilé son quatrième roman, Va me chercher Baby Doll, aux Éditions XYZ.

Lucie, en plus d’être réalisatrice, tu es écrivaine, animatrice d’ateliers et consultante en scénarisation fiction et documentaire. On est curieux de savoir: d’où t’est venue la piqûre pour l’écriture, qu’il s’agisse de romans ou de réalisations filmiques?

«Je suis très curieuse et je m’intéresse au monde dans lequel je vis. J’ai toujours été comme ça. J’ai fait des études en communication cinéma et je suis d’abord devenue recherchiste pour les documentaristes de l’ONF, et ce, avant de signer ma première réalisation en 1994. J’ai donc eu la chance de me renseigner sur de nombreux sujets sociaux et de rencontrer beaucoup de monde.»

«Après avoir travaillé une dizaine d’années comme recherchiste et quinze ans en tant que réalisatrice de documentaires, j’ai voulu tourner mon regard vers l’intérieur et écrire les histoires que je portais en moi. J’avais tourné la caméra vers les autres et j’allais maintenant changer mon point de vue. La scénarisation m’apparaissait le chemin logique à emprunter. J’ai tenté le coup. Mais le cinéma de fiction est très onéreux à produire.»

«Devant l’évidence que mon premier récit ne verrait pas le jour au grand écran, j’ai décidé de tenter l’écriture littéraire. Mon premier roman, Rivière Mékiskan, a été publié en 2010. C’est alors devenu une passion.»

Sur ton site, on a pu voir que les thèmes qui t’intéressent pour tes créations sont «les Premières Nations, les Inuits, les relations interculturelles, le multiculturalisme, l’histoire, le territoire, les femmes et les destins…» Qu’est-ce qui t’a menée à développer un intérêt particulier pour ces différents peuples et sujets sociohistoriques?

«Je suis originaire de Montréal. J’avais dix-huit ans la première fois que je suis allée au Nunavik. J’étais alors employée pour accompagner une équipe de dentistes en tournée dans les différentes communautés inuites. Cet été-là a orienté le cours de ma vie. Je me suis très tôt intéressée aux Inuits et aux Premiers peuples. Je suis retournée dans le Nord après mes études et y ai vécu une autre année comme enseignante.»

«Ensuite, je me suis installée en Abitibi où j’ai rencontré un Cri qui est devenu le père de mes enfants. Ces réalités font donc partie de mon histoire personnelle depuis longtemps. Puis, nous sommes venus nous installer à Montréal, où nous avons vécu dans le quartier multiculturel Côte-des-Neiges.»

«J’ouvrais grand les yeux et je trimballais sur moi un carnet de notes dont je me suis servi pour réaliser mon documentaire Village mosaïque, et par la suite pour écrire mon roman Les étrangères. Encore une fois, ce sont mes observations et les rencontres que j’ai faites qui ont nourri mon travail de documentariste et d’écrivaine.»

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Ce 17 mars, ton livre Va me chercher Baby Doll est paru aux Éditions XYZ. On se retrouve vite plongé dans un roadtrip initié par Cartouche, une femme en marge de la société et au parcours atypique, qui décide de partir sur les traces de Baby Doll, la fille d’une certaine Manouche… une amie qu’elle a rencontrée en prison et qui lui lance un appel à l’aide. D’où t’est venue l’inspiration pour ce roman, en fait?

«Lorsque je vivais en Abitibi, j’ai vu, un soir, un ivrogne en train d’agresser une jeune Anishnabée dans une ruelle derrière le bar d’un hôtel. Cela m’a indignée et mise en colère. Mais j’étais impuissante. Le gars a fini par la laisser tranquille, mais le mal était fait.»

«Plusieurs années plus tard, alors que cette scène me hantait toujours, je me suis demandé qui aurait pu secourir cette jeune femme. C’est comme ça que j’ai imaginé le personnage de Cartouche. J’ai réfléchi à sa personnalité, à son éducation, à son parcours. J’ai imaginé le milieu où elle aurait grandi, les parents qu’elle aurait eus. C’est comme cela qu’elle est née. Et je l’ai lancée sur la route à la recherche de cette jeune femme en fuite.»

«Chemin faisant, elle replonge dans ses souvenirs, remonte le fil du temps, se pose des questions sur son geste. Elle essaie de refaire surface, de renaître. Et cette jeune femme sur sa route va l’aider dans sa quête. J’ai voulu que la musique et la nature soient des refuges pour elle, un peu comme ça l’est pour moi.»

Selon toi, qu’est-ce qui distingue le plus Va me chercher Baby Doll de tes trois premiers ouvrages, c’est-à-dire Rivière Mékiskan (2010), Histoires nordiques (2013) et Les étrangères (2018)? Les différences peuvent se trouver autant dans les thématiques abordées, que dans les caractères des personnages ou encore dans le ton et le style d’écriture adoptés!

«J’ai décidé d’écrire ce roman au “Je”. Je voulais que le lecteur ne sente aucune distance, qu’il entre totalement dans la peau du personnage. C’est un défi que je me suis donné. Et cela change beaucoup de choses. J’ai trouvé cela très impliquant, confrontant même. Car j’aborde la violence au féminin et c’est quelque chose qui m’est étranger, du moins consciemment.»

«J’ai fait des recherches sur les femmes incarcérées pour meurtre, leurs parcours, leur psychologie. Je me suis aussi documentée sur la vie en prison. Je suis allée visiter le pénitencier de Kingston pour m’imprégner de l’atmosphère, etc. Cela m’a obligé à aller en profondeur, à me questionner, à laisser des choses monter à la surface de la conscience. Ce choix d’écrire à la première personne laisse moins de place pour développer les autres personnages. Car tout doit passer par le regard du personnage principal.»

«Dans mes trois premiers livres, mes héroïnes sont toutes âgées dans la vingtaine. Cette fois, mon personnage principal a gagné en maturité. Cartouche a en effet 37 ans. Je ne sais pas encore quels seront les défis pour mon prochain roman. Je suis en train d’écrire des récits sur ma propre rencontre avec les Premiers peuples et les Inuits.»

On jase, là! Si tout était possible, y compris remonter le temps, avec quel personnage historique rêverais-tu d’aller boire un café, et de quoi parleriez-vous ensemble?

«Je choisis trois écrivains: Gabrielle Roy, Pablo Neruda, Doris Lessing.»

«J’aimerais m’entretenir avec Gabrielle Roy des enfants de sa vie, c’est-à-dire de ses élèves et échanger avec elle sur sa rencontre avec les Inuits et les Premiers peuples. Elle aussi s’est intéressée à eux et a écrit de magnifiques romans.»

«J’aimerais entendre parler Pablo Neruda de son processus créatif, de l’Île-Noire, où il a séjourné et écrit de ses plus beaux poèmes, et je discuterais avec lui de l’importance de la conscience sociale et politique pour l’écrivain, de la nécessité d’être à la fois dans le monde et à l’écart du monde.»

«Avec Doris Lessing, je parlerais du grand âge et de l’écriture. J’espère écrire encore longtemps.»

Pour lire nos précédents articles «L’entrevue éclair avec» et faire le plein de découvertes, consultez le labibleurbaine.com/nos-series/lentrevue-eclair-avec.

*Cet article a été produit en collaboration avec Les Éditions XYZ.

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