«La petite anecdote de…»: Éric LeBlanc et son deuxième coming out – Bible urbaine

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«La petite anecdote de…»: Éric LeBlanc et son deuxième coming out

«La petite anecdote de…»: Éric LeBlanc et son deuxième coming out

À nu dans le texte... mais sur la couverture?

Publié le 22 mars 2021 par Vincent Gauthier

Crédit photo : Atwood

Chaque semaine, Bible urbaine demande à des artistes de tous horizons de raconter une anecdote ludique, touchante ou simplement évocatrice sur un thème inspiré par son œuvre. Cette fois, c’est au tour d'Éric LeBlanc de se prêter au jeu! Auteur, photographe, artiste numérique et performeur, ce touche-à-tout est impliqué dans le milieu littéraire et artistique québécois depuis 2016, alors qu'il a été finaliste cette même année au Prix de la création, volet poésie, de Radio-Canada. Depuis, il a travaillé sur différents spectacles littéraires et expositions. Son tout premier livre, Le bleu des garçons, est paru récemment aux Éditions Hamac. Ici, il nous raconte une petite anecdote attendrissante sur la couverture de son œuvre, où il nous révèle les dessous de son deuxième… coming out!

On m’a souvent demandé si c’était moi sur la couverture du livre.

(On m’a aussi demandé si ces points sur le bas du matelas, ce sont des punaises de lit.
Erk. Ce sont des mousses. DES MOUSSES!)

La réponse est non.

Même si ça me ressemble (allô les poilu.e.s), je me suis gardé une gêne.

Déjà que je me mets en scène en masse dans le livre, que j’y décris mes séances de selfie (un exercice que je serais super curieux d’étudier chez des grand.e.s influenceur.euse.s: comment ça se passe entre deux prises, au moment où tu te rends compte que ta voisine te regarde par la fenêtre ou que ton jock te remonte dans’ crack juste quand ça fait click? Y’a pas grand-chose de plus intime et vulnérable qu’un entre-deux-photos)… Bref, déjà que je suis pas mal nu dans les textes, j’ai préféré demander à l’artiste espagnol Gonza Gallego de me prêter ses fesses (littéralement: c’est lui qui s’agenouille sur l’autre).

Mais en fait, si j’avais fait cette photo, j’y aurais ajouté quelque chose. Ou plutôt quelqu’un.

Parce que quand j’ai fini d’écrire Le bleu des garçons, j’ai fait un deuxième coming-out: je suis polyamoureux (la possibilité d’aimer de manière romantique – et/ou sexuelle, c’est selon– plus d’une personne).

Je m’en souviens, ma mère me ramasse chez mon ex avec qui je viens de rompre, on descend la côte Salaberry à Québec, je pleure et morve (une chance qu’elle a un petit paquet de Kleenex dans le coffre à gants), elle me demande pourquoi ça ne fonctionne plus, et je lui réponds, sans détour, comme ça: «J’ai besoin de donner mon amour à qui je veux, peu importe le nombre de “qui” ».

Mon ex voulait l’exclusivité. Je respecte ça. Mais je devais apprendre à me respecter aussi, ce que j’avais trop longtemps mis de côté.

Tout ça est arrivé pile-poil (pun intended) après mon point final. J’ai relu, tout relu, et c’était toujours en filigrane, la douleur de cette main libre qui espère accrocher une troisième personne. Et perpétuer la chaîne.

Faque, si j’avais pris la photo de ma couverture, j’y aurais rajouté une troisième paire de jambes.

Mais là encore, y’a pas grand-chose de plus intime et vulnérable qu’un entre-deux-photos. Alors, je préfère garder les cuisses de mes amoureux pour moi.

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Le bleu des garçons d’Éric LeBlanc est disponible dès maintenant dans toutes les bonnes librairies. Cliquez sur l’image ci-haut pour en savoir plus! Vous pouvez lire d’autres petites anecdotes juste ici.

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