«Hot Comb», un roman graphique d'Ebony Flowers – Bible urbaine

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«Hot Comb», un roman graphique d’Ebony Flowers

«Hot Comb», un roman graphique d’Ebony Flowers

Je peux toucher tes cheveux ?

Publié le 31 juillet 2019 par Lucie Laumonier

Crédit photo : Ebony Flowers - Drawn & Quarterly

Hot Comb est un recueil de nouvelles, des «coming of age stories» ayant pour fil rouge les rapports complexes qu’entretiennent les femmes noires à leur chevelure et que les sociétés occidentales nourrissent envers les cheveux de ces femmes. À travers les coiffures afro, les tresses et les permanentes, Ebony Flowers discute de questions raciales, célèbre les liens familiaux et la résilience des femmes noires.

Hot Comb est le premier roman graphique de l’autrice et dessinatrice américaine Ebony Flowers. L’ouvrage autobiographique est paru en juin chez Drawn & Quarterly, une maison d’édition anglophone basée à Montréal. L’ouvrage est seulement disponible en anglais.

Campées principalement à Baltimore, les nouvelles sont chacune introduites par une publicité satyrique et humoristique pour des produits capillaires, cristallisant les idées reçues, les aspirations et les injonctions sur les cheveux des personnes noires — des femmes en particulier.

La première nouvelle, qui donne son titre à l’ouvrage, met en scène l’autrice, alors adolescente, qui obtient de sa mère l’autorisation de se faire défriser les cheveux, après des demandes répétées, pour ressembler aux autres filles de son âge et ne plus faire rire d’elle (c’est finalement peine perdue). Cette première «perm», relatée avec humour dans les vapeurs d’ammoniaque, marque la perte de l’innocence qui caractérisait l’enfance de Flowers.

Une autre nouvelle est centrée sur Lena, la sœur de l’autrice. Lena jouait dans une équipe de balle molle avec de jeunes filles blanches, pendant son secondaire. Ces dernières développent une fixation sur les cheveux de leur seule coéquipière noire, ne cessant de les toucher, d’en commenter la texture et la coiffure. Cette obsession retranche la sœur de Flowers dans une anxiété de plus en plus profonde; elle commence à s’arracher les cheveux un à un sans parvenir à s’arrêter.

Plusieurs histoires mettent en scène des scènes intimes de démêlage, coiffage et tressage. Adultes, les femmes se livrent et se confient pendant ces séances de mise en beauté; l’intimité physique invite à la confidence. Les fillettes s’agitent et gigotent sous les doigts de leur mère et finissent brûlées par le peigne chauffé («hot comb») servant à les coiffer. Ailleurs, pendant que les femmes se tressent, les petites essaient des perruques et jouent à faire les grandes.

Le style graphique de Hot Comb est expressif et dynamique, et se prête à merveille au ton humoristique du texte. Les pages, dessinées en noir et blanc à la ligne claire, sont généralement découpées en petites cases occupant l’ensemble de l’espace. Les dialogues sont concis et vifs; ils débordent parfois des cases.  Flowers ne se prête au jeu de la narration que dans les nouvelles qui relatent des souvenirs d’enfance, comme l’histoire de sa sœur Lena ou de son défrisage.

Flowers livre ses récits avec humour et sans jugement, traitant avec adresse des tensions familiales, raciales et économiques qui sous-tendent les nouvelles. Au-delà du style autobiographique du récit et de l’humour que contiennent ses pages, Hot Comb propose une critique habile des normes culturelles et une réflexion aboutie sur la place de la chevelure dans la construction identitaire et la réappropriation de soi des femmes noires américaines.

Hot Comb est une belle réussite pour un premier roman graphique, qui plaira aux lecteurs et lectrices intéressés par les histoires de famille, les questions sociales et raciales et les normes de beauté (sans oublier les produits capillaires!).

Ebony Flowers, Hot Comb, éditions Drawn & Quarterly, juin 2019, 184 pages, $24.95 CAD

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