«Dans la peau de...» Valériane Labroche alias Valouch, concept artist, bédéiste et... maman! – Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Valériane Labroche alias Valouch, concept artist, bédéiste et… maman!

«Dans la peau de…» Valériane Labroche alias Valouch, concept artist, bédéiste et… maman!

Créer une bande dessinée sur la maternité pour outiller les futurs parents

Publié le 7 mai 2021 par Éric Dumais

Crédit photo : François Couture

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Aujourd’hui, nous avons jasé avec Valériane Labroche, surnommée aussi Valouch, une amoureuse de mangas et de jeux vidéo, qui s'est récemment découvert une nouvelle passion: la maternité. Elle vous livre son expérience avec Bébé-chou à travers sa bande dessinée La maternité en toute sérénité, publiée aux Éditions de l'Homme.

Valouch, l’Histoire avec un grand H nous a appris que c’est à l’âge de 13 ans que tu t’es découvert une passion pour le manga! Depuis, et comme en fait foi ta page Instagram, tu te plais à créer et à dessiner toute sorte de personnages tous plus colorés et fantaisistes les uns que les autres. Qu’est-ce qui t’attire principalement dans ces bandes dessinées japonaises?

«Je dirais que c’est le dynamisme général du manga comparé à la bande dessinée franco-belge! Ensuite, c’est définitivement la richesse des univers et des thématiques abordées. En fait, chaque personne peut trouver un manga qui lui correspond. En général, le grand public connaît ses classiques (les films de Miyazaki, par exemple) et les grands titres de mangas pour ados, comme One Piece. Mais si on creuse, on peut trouver d’autres choses: des mangas historiques, sociologiques, érotiques et des fois, tout en même temps…»

«Puis, il y a aussi le côté visuel qui est venu me chercher. Il y a de bons dessinateurs partout dans le monde, mais les auteurs qui m’ont le plus influencée sont des mangakas (Rumiko Takahashi, l’auteure de Ranma 1/2, le premier manga que j’ai lu, ou Masamune Shirow). Au niveau artistique, les créatifs japonais se permettent beaucoup de choses. À une époque, je me disais, en regardant les publicités venant de l’archipel, qu’ils n’avaient vraiment aucune limite. C’est très stimulant d’observer ce qui se produit là-bas dans tous les domaines!»

Justement, depuis que tu as complété ton concours d’entrée au campus Ubisoft en 2008, tu travailles aujourd’hui dans le domaine du jeu vidéo comme concept artist et directrice artistique. On est curieux, parle-nous brièvement de tes tâches au quotidien, et peut-être que tu pourrais nous parler de quelques jeux vidéo auxquels tu as participé? Lâche-toi lousse!

«En ce moment, je suis directrice artistique chez Kabam pour un chouette projet dont je ne peux malheureusement pas encore parler. J’ai une position un peu hybride, dans le sens où je fais de la gestion d’équipe, mais je produis aussi des visuels pour aider les artistes 3D.»

«Donc, je dirais que ma journée est divisée en deux: une moitié où j’encadre les autres artistes pour leur donner des retours sur leur travail, une autre moitié où je dessine, et bien sûr, des réunions par-ci par-là. J’ai commencé ma carrière chez Behaviour en tant que storyboard artist sur un jeu Indiana Jones. C’était évidemment un projet avec beaucoup de cinématiques qu’il fallait réaliser en rendant hommage aux films. C’était vraiment cool de commencer par une grosse licence comme ça!»

«Ensuite, j’ai travaillé sur des projets MySims (la version japonisante des Sims), où j’avais pleinement ma place au vu de mon style naturel. Chez Warner Brothers, j’ai travaillé sur Cartoon Universe, un jeu avec les héros des vieux dessins animés Warner, comme Bugs Bunny ou Daffy. C’était un jeu avec beaucoup d’humour et on avait beaucoup de liberté créative. On a eu vraiment du fun avec mon équipe sur ce projet-là.»

«J’ai aussi travaillé sur un jeu LEGO, puis sur pas mal de choses plus diversifiées quand je suis partie à mon compte entre mon passage chez Warner et aujourd’hui. J’ai travaillé pour la pub, la mode, des livres pour enfants…»

En parallèle, tu travailles aussi sur… la création de tes propres bandes dessinées! En effet, le 17 mars, les Éditions de l’Homme ont dévoilé La maternité en toute sérénité, une BD qui illustre bien – et c’est le cas de le dire! – ta nouvelle réalité de jeune maman qui découvre la parentalité aux côtés de conjoint Doudou et Bébé-Chou. Qu’est-ce qui t’a donné l’impulsion de te lancer dans ce projet, et à quelles interrogations de jeune maman as-tu tenté de répondre, en fait?

«La bande dessinée a toujours été là dans un coin de ma tête. J’avais mon propre fanzine avec des amies quand j’étais ado. J’ai eu quelques publications dans des magazines quand j’étais plus jeune. Ça a toujours été un rêve de faire au moins un album en tant que pro. C’est la raison pour laquelle je me suis mise à mon compte.»

«En parallèle de mes contrats, je me formais à la BD. Ça a été tout un apprentissage, car je croyais naïvement qu’être bonne en dessin ça suffisait. Et pas du tout! Il faut savoir écrire, mettre en scène, découper, cadrer… Bref, j’ai dû apprendre plein de nouvelles choses à travers plusieurs essais-erreurs (des projets non aboutis ou à moitié). Mais j’ai eu la chance de croiser de bons mentors, tels que Joël dos Reis Viegas ou encore Thierry Labrosse, pour m’aider dans ce cheminement (et puis plein d’autres comme Régis Loisel, Tristan Roulot, Patrick Hénaff).»

«Et puis, un jour, j’ai monté le projet La maternité en toute sérénité. J’ai été au Salon du livre de Montréal en 2019, un peu en suivant le sens du vent. Je pensais faire un passage éclair au stand des Éditions de l’Homme pour laisser mon dossier (et en espérant qu’il ne finisse pas aux poubelles!), mais le destin en a voulu autrement. Liette Mercier était là, elle m’a proposé d’aller boire un café tout de suite, et … voilà. Ça s’est réalisé!»

«Le livre est parti de plusieurs envies et besoins différents.»

«Comme je le disais, ça faisait vraiment longtemps que je voulais faire de la BD et que je travaillais dans cette direction. Après la naissance de mon fils et un post-partum vraiment rough, j’ai eu besoin de débriefer sur cette expérience avec moi-même, surtout pour mettre les choses à distance et guérir. Je me disais que ça ferait une trace de tous ces moments pour notre famille plus tard. Enfin, je me suis dit que ça pourrait peut-être aider d’autres parents, histoire de les outiller un peu mieux pour gérer l’arrivée d’un enfant.»

«Et pour l’instant, à ce niveau-là, les retours des lecteurs et lectrices sont très encourageants. J’ai l’impact (positif) que je souhaitais! Je voulais faire de la prévention autour du post-partum autant que je pouvais à travers notre expérience, partager les quelques astuces qui nous ont aidés avec notre Bébé-chou, déculpabiliser les parents, dédramatiser aussi… bref, plein de belles choses (je crois).»

Et comment pourrait-on décrire la «patte» de Valouch? En résumé, parle-nous du style global de ta bande dessinée – les bulles, les planches à dessin, le style de tes personnages, etc. En créant cette BD, avais-tu comme désir d’informer les jeunes ou futures mamans, de les faire sourire tout en les rassurant, ou toutes ces réponses?

«Définir mon style aujourd’hui? Huuum… (temps de réflexion!), je dirais que c’est un mélange de manga, de BD franco-belge et de ma pratique de concept artist, mais je ne sais pas si c’est la perception des lecteurs. Il y a un coté “pop” aussi avec des références aux memes des internets. Le tout assaisonné par ma folie douce (haha!), mais contre-balancé avec mon côté prof (j’enseigne par moments), il y a donc un côté “pédagogique” et informatif, je crois!, dans ma BD.»

«Et oui, je voulais informer tout en gardant beaucoup d’humour. Je voulais que les lecteurs aient une expérience de lecture globalement positive, même si le livre aborde des sujets un peu difficiles… Je voulais une BD feel good avec une conclusion qui donne de l’espoir.»

Et alors, avec tous les outils que tu as acquis au fil des premiers mois avec Bébé-Chou, comment as-tu trouvé ton expérience de la maternité, avec ses hauts et ses bas? Des regrets? On en doute! On aimerait ici t’entendre, car plusieurs hésitent à se lancer – c’est humain de douter, après tout! – dans ce projet qu’est celui de fonder une famille!

«Non, effectivement: zéro regret! Tous les jours, je regarde mon fils et je me dis que c’est la plus belle chose que j’ai faite de ma vie (oui, je sais, c’est cheesy… depuis que je suis maman, je suis cheesy à temps partiel, haha). Et plus les années passent, plus je prends conscience de la “magie” de la vie. Voir son enfant grandir, apprendre (bon, des fois, il y a des challenges, on ne va pas se mentir, mais… ça en vaut la peine).»

«Honnêtement, le post-partum a été rude, mais il y a eu beaucoup de positif là-dedans. Ça m’a permis de réorganiser ma vie, d’écouter mon instinct, que ce soit pour mon fils ou pour moi-même. Je suis beaucoup plus à l’écoute des messages que m’envoie mon corps, je fais plus attention à moi, justement, parce que j’ai été fragilisée. Je pense que, globalement, je prends de meilleures décisions pour ma vie (notre vie) qu’auparavant.»

«Après, comme je le dis dans le livre, je pense que la parentalité n’est pas pour tout le monde, et c’est tout à fait correct. C’est mieux d’en avoir conscience et de l’assumer plutôt que de faire un enfant pour les mauvaises raisons! Mais si vous avez l’envie et que vous vous posez des questions, eh bien, allez-y, on est jamais vraiment prêt à 100% de toute façon. Entre ce qu’on imagine et la réalité, il peut y avoir un gros décalage… Il faut surtout accepter l’idée que ça va être un gros chamboulement, que les premiers mois tout va se réorganiser, mais… avec du temps et de l’amour, ça finit par se replacer, et on retrouve un équilibre à 3 (ou 4 ou 5… )!»

Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le labibleurbaine.com/nos-series/dans-la-peau-de.

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions de l’Homme.

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