«Dans la peau de…» Thomas Mainguy, poète qui interroge la conscience humaine – Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Thomas Mainguy, poète qui interroge la conscience humaine

«Dans la peau de…» Thomas Mainguy, poète qui interroge la conscience humaine

Écrire pour le plaisir de naviguer entre deux mondes

Publié le 3 décembre 2021 par Mathilde Recly

Crédit photo : Simon Couturier

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Aujourd'hui, on s'est glissé dans la peau du poète Thomas Mainguy, dont le recueil intitulé «L’œil dormant» est récemment paru aux Éditions du Noroît. Il nous parle aujourd'hui de sa création et de son rapport à l'écriture: découvrez comment le chat et son sommeil, notamment, ont inspiré le titre de son nouveau livre!

Thomas, c’est un plaisir d’échanger avec vous aujourd’hui! Vous qui, en plus d’être auteur, enseignez la littérature au collégial et codirigez la collection «Contre-jour» aux éditions Nota bene, voudriez-vous nous dire d’où vous est venue la piqûre pour les livres?

«Je suis devenu un lecteur pendant mes études collégiales. Mes cours de littérature m’ont alors fait connaître le plaisir de lire en profondeur, c’est-à-dire en explorant les différentes couches de sens d’une œuvre. Enseigner la littérature est une façon pour moi de rester en contact avec ce plaisir et de le partager à mon tour avec d’autres.»

En 2018, vous avez publié une étude portant sur l’ironie dans la poésie québécoise, Absolument conscience, où vous vous attardez spécifiquement sur les poèmes de Jean-Aubert Loranger, Hector de Saint-Denys Garneau, Roland Giguère et Jacques Brault. Qu’est-ce qui vous a donné envie de creuser plus en profondeur cet aspect caractéristique de la création poétique de chez nous?

«J’ai d’abord eu envie de parler de ces quatre poètes, sans savoir au préalable quel aspect de leur travail en particulier j’allais aborder. À force de lire leurs œuvres, l’ironie m’est apparue comme un fil conducteur. Elle constitue un trait essentiel de leurs poétiques personnelles, qui ouvre en plus une perspective sur la poésie moins attendue.»

«L’ironie freine l’émotion, brise l’élan lyrique qu’on associe plus volontiers à la nature même de ce genre littéraire. Mais la poésie, en fait, est un formidable creuset. Elle accueille tout, car elle sait emprunter tous les chemins du cœur et de l’esprit.»

«Il m’a semblé que la beauté des œuvres de Loranger, Garneau, Giguère et Brault venait en bonne partie de ce qu’elles affichent un sourire critique devant les choses. Et il y a dans ce sourire – c’est la beauté dont je parle – autant de détachement que de tendresse.»

Couverture_L'oeil-dormant_Thomas-Mainguy_poète

Cette année, au mois d’octobre, votre recueil de poèmes intitulé L’œil dormant est paru aux Éditions du Noroît. Pourriez-vous nous parler de ce titre, de sa signification, ainsi que de votre processus créatif à travers ce recueil de poésie qui interroge notamment la conscience humaine?

«En disant “l’œil dormant”, je pense au chat qui, pendant qu’il dort, garde l’œil ouvert et ne cesse de surveiller ce qui se passe autour de lui. L’expression renvoie pour moi à une qualité d’attention aux mondes: celui du grand dehors où l’existence nous entraîne, et celui du grand dedans où le sommeil nous plonge.»

«Mes poèmes se font le plus souvent sous l’influence conjuguée de ces mondes. Ils traduisent leurs jeux continuels dans le but d’arriver à les comprendre et cherchent leur point de friction afin de sentir vibrer un peu le moi.»

Et alors, auriez-vous la gentillesse de nous présenter un extrait, celui de votre choix, car nous aimerions offrir la chance à nos lecteurs d’apprivoiser votre plume et d’avoir une plongée – même brève – dans votre univers? Si vous pouvez également nous parler de vos inspirations derrière ce texte, nous serions comblés! 

«Je vous propose de lire le poème “L’imprimeure”, tiré de la section intitulée “Album de gravures”.»

«Ses mains sont pensées

par le miroir des cuivres,

mains fermées sur la manivelle,

leur force appliquée.

Ses révolutions replacent

le temps sur son axe,

enregistrent dans l’encre

les noires radiations

venues des œuvres de la terre;

et le voici, l’oiseau

posé dans la trame d’un papier.»

«Ce poème célèbre un métier, celui d’imprimeur en taille-douce (gravure sur plaque de cuivre), ainsi que le savoir-faire qu’il convoque. Ma tante exerce ce métier: elle est ici mon modèle, d’où le féminin du titre.»

«Imprimer demande de la patience, de l’endurance (pour actionner la presse), beaucoup de minutie et de l’humilité, car l’imprimeur se met toujours au service de l’artiste qui fait appel à lui. Ce genre d’artisanat m’inspire et me rend, à mon tour, humble. J’y vois de la grandeur et j’essaie ici de l’exprimer.»

Y a-t-il une figure littéraire qui a joué un rôle clé et qui a influencé votre rapport à la poésie? Si oui, on aimerait beaucoup savoir qui est cette personne, et quel impact créatif elle a pu avoir sur votre parcours d’auteur!

«Les “figures littéraires” qui m’ont influencé — et continuent de le faire — sont bien entendu multiples. J’ai contracté plusieurs dettes à cet égard et j’aimerais pouvoir m’en acquitter avec la même efficacité que Gaston Miron dans son poème “En une seule phrase nombreuse”.»

«Or, je vais me contenter ici de rendre hommage à Jules Supervielle, dont j’ai inscrit quelques vers en exergue à L’œil dormant. L’important bestiaire que ce poète franco-uruguayen a développé donne à son œuvre un éclat fabuleux qui me plaît beaucoup et qui trouve un écho certain dans mon travail.»

«Mais au-delà de cette présence animalière, je suis admiratif du fait que la poésie semble être restée pour lui, durant toute sa vie, un jeu toujours nouveau. Il en découle, dans ses vers, une façon très belle de marier l’angoisse à la soif de vie.»

Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le labibleurbaine.com/nos-series/dans-la-peau-de.

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions du Noroît.

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