«Dans la peau de...» Lamara Papitashvili, autrice qui aborde l'expérience de vie à travers le voyage – Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Lamara Papitashvili, autrice qui aborde l’expérience de vie à travers le voyage

«Dans la peau de…» Lamara Papitashvili, autrice qui aborde l’expérience de vie à travers le voyage

Prendre des risques pour vivre une vie meilleure

Publié le 1 octobre 2021 par Mathilde Recly

Crédit photo : Calvin Thomas

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Aujourd'hui, on s'est glissé dans la peau de Lamara Papitashvili, dont le roman «Adieu, Staline!» paraîtra le 5 octobre prochain aux Éditions David. Découvrez une femme qui a puisé son inspiration à travers ses multiples bagages culturels pour imaginer les destinées de Témour et Ilia, deux êtres à la recherche d'une vie meilleure.

Lamara, nous sommes contents de faire ta connaissance! Peux-tu nous dire d’où t’est venue la piqûre pour la littérature?

«Quand j’étais étudiante, le titre saugrenu de La nausée de Jean-Paul Sartre m’a interpellée dans une librairie. J’ai compris que les livres ouvraient des portes sur le monde et qu’il m’était indispensable de les franchir. Puis, le roman de Muriel Barbery, L’élégance du hérisson, avec une petite fille qui se croit philosophe, m’a donné le goût de l’écriture.»

On a appris que tu es née en Syrie d’une famille aux origines géorgienne, ukrainienne et russe. Toi qui vis aujourd’hui à Toronto, comment ces racines multiculturelles influencent-elles ton identité et ta vie au quotidien?

«Si vous m’aviez posé la question trois ans auparavant, je crois que j’aurais répondu autrement… Mais aujourd’hui, je vis le présent avec des éléments du passé que j’ai choisi consciemment de garder avec moi (mœurs, traditions, croyances, expériences, attitudes…), et d’autres que j’ai refusé d’adopter. Ils proviennent tous des multiples endroits où j’ai vécu et des cultures dont j’ai hérité, qui enrichissent ma façon d’être et de penser le monde (dans cet éventail, j’inclus l’Espagne, l’Allemagne, la France et le Canada).»

«Si vous me reposez la même question dans un an, peut-être que ma réponse aura changé… Là est la beauté de la nature humaine, toujours changeante, toujours évolutive…»

Ton livre Adieu, Staline! paraîtra aux Éditions David le 5 octobre prochain. Tu y racontes l’histoire de deux jeunes Géorgiens proches de la vingtaine qui décident de partir vers l’Amérique, se lançant alors dans un périple qui sera parsemé d’embûches. D’où te sont venues l’inspiration et l’envie de parler de ce sujet pour ce roman?

«Tout a commencé avec deux cassettes audio retrouvées dans le sous-sol de notre maison. En écoutant leur contenu, j’ai reconnu la voix de mon grand-père qui répondait aux questions d’une journaliste. Sauf que je ne parlais pas le géorgien, alors j’ai dû attendre six longs mois avant que ses réponses ne soient traduites! Dans ces enregistrements, mon grand-père racontait une partie de sa fuite de l’Union soviétique (à pieds!) en 1932. Cela m’a donné l’inspiration très claire de deux personnages, Témour et Ilia, deux hommes opposés mais meilleurs amis qui espèrent qu’en fuyant leur pays, ils se débarrasseront de leurs démons intérieurs…»

«Les risques que prennent certaines personnes pour atteindre une vie meilleure est un sujet qui me fascine. Ces risques sont souvent tenus pour acquis par des peuples nés dans des pays privilégiés de liberté d’expression, de stabilités politique et économique. Leur liberté est acquise dès la naissance, et ils ne partagent pas les mêmes inquiétudes que d’autres peuples qui vivent dans la terreur à longueur de journée, ne sachant pas si une bombe leur tombera sur la tête ce jour-là, s’ils auront un repas pour les jours à venir, ni s’ils seront envoyés, impuissants, en prison pour un crime qu’ils n’ont pas commis.»

«Pour certaines personnes sur cette planète, il peut être question de vie ou de mort, ne serait-ce qu’en sortant de chez soi, en traversant la rue, en parlant à la mauvaise personne, ou en décidant de fuir un pays qui ne permet pas de quitter son territoire… Et lorsque ces gens prennent le risque de tout quitter et de laisser leur passé derrière eux pour une vie meilleure, je trouve que c’est une preuve de grand courage.»

«Cela correspond au récit de milliers de nouveaux arrivants au Canada! Ce sont des histoires réelles que des personnes en chair et en os ont vécues et vivent toujours sur cette Terre, et qui méritent d’être partagées. »

Adieu-Staline_Lamara-Papitashvili_couverture

Il existe un contraste bien marqué entre tes deux personnages, puisque le narrateur, Témour, est un lycéen introverti passionné de piano à la vie tourmentée, tandis que l’autre, Ilia, est un tombeur de filles et une tête brûlée. As-tu volontairement mis en opposition leurs traits de caractère pour mettre en lumière le fait que chaque personne peut vivre différemment une même situation, un même défi dans sa vie? Parle-nous d’eux brièvement!

«Je crois que souvent, le sort d’une personne dépend du regard qu’elle porte sur la vie. En me posant la question suivante: si on s’éloignait physiquement d’un milieu malsain dont nous sommes issus, est-ce que notre vie irait pour le mieux? J’ai clairement vu Témour, cancre, souffre-douleur de sa classe, timide et passif dans sa vie surtout à cause d’un père dénigrant, d’une faute qui le hante et des coups durs que la vie lui a assénés.»

«Je savais qu’il devait y avoir un deuxième personnage très important, un meilleur ami qui donnerait à Témour cette force pour croire en lui. Et d’un coup, le personnage d’Ilia m’est venu, rêveur, dynamique, sûr de lui, le “moteur” du grand projet d’Amérique, qui lui non plus n’était pas exempt de brèches l’empêchant d’atteindre son plein potentiel, malgré la distance avec son milieu natal. D’ailleurs, qui d’entre nous pourrait prétendre être entièrement débarrassé de certaines chaînes qui les empêchent d’atteindre un bonheur supérieur?»

Et alors, toi qui écris et animes des ateliers d’écriture dans des écoles, peux-tu nous dire ce qui t’occupera cet automne et pour les prochains mois à venir?

«Cet automne s’annonce bien chargé! D’abord, je termine un roman familial avec une coloration orientaliste et un réalisme magique! Ensuite, je vais travailler sur un projet de bande dessinée de science-fiction avec une dessinatrice géorgienne, en plus d’animer quelques ateliers de création littéraire. Enfin, je vais poursuivre mes études à l’Université de Toronto en littérature comparée!»

Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le labibleurbaine.com/nos-series/dans-la-peau-de.

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions David.

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