«Zoom sur un classique»: Thelma et Louise de Ridley Scott | Bible urbaine

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«Zoom sur un classique»: Thelma et Louise de Ridley Scott

«Zoom sur un classique»: Thelma et Louise de Ridley Scott

Un road movie épique encore brûlant d'actualité

Publié le 14 avril 2021 par Olivier Du Ruisseau

Crédit photo : Tous droits réservés

Il y a trente ans cette année, Thelma et Louise de Ridley Scott (Alien, Blade Runner, Gladiator) marquait profondément le cinéma américain. Son duo de protagonistes, incarné par Geena Davis et Susan Sarandon, est devenu culte, et son propos féministe a inspiré les générations qui ont suivi. Zoom sur un classique intemporel à la croisée des genres.

Un propos féministe férocement juste et nécessaire

Encore aujourd’hui, le film de Scott, écrit par la scénariste Callie Khouri, fait l’effet d’un vent de fraîcheur, en raison de la pertinence de son propos féministe certes ostentatoire, mais qui est juste et nécessaire.

Thelma et Louise est un classique. D’abord, parce que rien de tel n’avait été fait auparavant, et aussi parce qu’il a su ouvrir la voie à tout un mouvement, dans les années 1990, à un cinéma américain postmoderne qui a été férocement critique de sa société et teinté à la fois d’un humour grinçant et d’un cynisme assumé. On pense à American Beauty, Magnolia ou Virgin Suicides.

Ainsi, le film présente l’épique voyage de deux protagonistes, Thelma (Geena Davis) et Louise (Susan Sarandon), qui quittent leur ville de l’Arkansas pour un week-end de vacances improvisé. Leur escapade prend toutefois un virage tragique lorsque Louise tue de sang-froid un assaillant qui avait l’intention de violer Thelma, ce qui les entraînera dans une série d’événements aussi absurdes que violents jusqu’en Arizona.

Un duo féministe culte

La postérité du duo s’explique surtout par trois éléments: les performances impeccables des actrices, la complicité des deux personnages, et leur symbolique féministe forte.

Geena Davis et Susan Sarandon jouent deux femmes très différentes, mais qui se complètent parfaitement. Thelma est une femme soumise à son mari Darryl, l’archétype de l’Américain macho, à la fois grossier et obsédé par son travail. À travers le récit, elle s’émancipe, socialement et sexuellement, avec Louise comme meilleure amie et modèle.

Louise apparaît donc plus libre, mais (et on l’apprend plus loin dans le film) elle demeure marquée par des blessures irréparables, ayant été victime d’un viol dans une autre vie. Elle refuse d’ailleurs de raconter l’événement à Thelma. C’est probablement ce qui explique le fait qu’elle tue spontanément l’assaillant de son amie en la découvrant entre les mains de ce dernier, au milieu d’un lugubre stationnement de bar country.

Le road movie prend par la suite des airs de récit initiatique. En effet, les deux femmes se découvrent et se dépassent à travers leur voyage. Louise, qui se faisait très insouciante, devient alors sensible et conciliante, et Thelma, d’abord naïve et soumise, se fait de plus en plus tenace et désinvolte.

Depuis trente ans, les cinéphiles et féministes adorent ce duo, tellement drôle, fort et attachant. À elles seules, Thelma et Louise affrontent d’innombrables antagonistes machos et trouvent leurs propres moyens d’arriver à leurs fins.

Bouleverser les rôles des genres

Thelma et Louise s’inscrit comme une oeuvre incontournable du cinéma contemporain, notamment par sa manière de présenter des femmes fortes qui défient les rôles des genres traditionnels au cinéma. On y mêle aussi les genres (cinématographiques) justement. Le film renverse tous les codes pour appuyer son propos féministe.

Le récit oscille constamment entre le drame et la comédie. Le rythme rapide du montage et des mouvements de caméra, souvent ponctué de musique dramatique, fait d’ailleurs écho au schéma narratif dense et au ton changeant du film.

Plusieurs esthétiques sont aussi citées, voire parodiées dans Thelma et Louise. Des excès typiques des héro(ïne)s de road movies (alcoolisme, exubérance, désinvolture), en passant par les paysages westerns, ou encore les clichés de films policiers (scènes d’action spectaculaires, interrogatoires musclés), tous les styles y passent. L’oeuvre rend hommage à des genres emblématiques du cinéma américain et les déconstruit parallèlement.

L’autre bon coup de Ridley Scott avec ce film aura été de confier le rôle de JD, un jeune autostoppeur, à Brad Pitt. Thelma et Louise a fait connaître l’acteur devenu sex-symbol au grand public. Ainsi, son personnage, au ton séducteur presque exacerbé, marque un certain éveil sexuel pour Thelma, qui passe une nuit avec lui après l’avoir accueilli sur la route.

Plusieurs critiques affirment même que le rôle de Brad Pitt a révolutionné la représentation des personnages masculins en tant qu’objets de désir dans le cinéma américain. Son apparence (jeune et mince), sa sensibilité, et même sa superficialité, diffèrent des modèles de héros masculins traditionnels, comme Humphrey Bogart dans Casablanca par exemple.

Avec des dialogues comme ceux que l’on peut entendre dans l’extrait ci-haut, on remarque aussi à quel point Thelma et Louise se moque allègrement des discours pseudo-séducteurs des comédies romantiques. Le film subvertit, avec un sarcasme bien dosé, le grand pouvoir d’attraction qu’ont habituellement les hommes sur les femmes, habituellement naïves et accessibles, dans les genres cinématographiques qu’il reprend.

Il faut toutefois rappeler que le personnage de Brad Pitt, comme tous les autres hommes dans le film, trahit le duo d’héroïnes. Il s’avère malveillant et manipulateur. On a d’ailleurs souvent reproché cela à Thelma et Louise: tous les hommes y sont insupportables. Mais c’est justement pour cela que les deux femmes brillent.

Les personnages masculins ne sont toutefois pas moins crédibles pour autant. Plusieurs incarnent des archétypes (qu’on qualifierait aujourd’hui de «toxiques») bien ancrés dans le cinéma américain.

Une fin mémorable

La dernière scène de Thelma et Louise est spectaculaire. Après avoir fait les quatre cents coups (elles ont notamment tué et volé), les deux femmes, coincées et poursuivies par des dizaines de policiers, prennent la seule voie possible pour semer leurs poursuivants.

Derrière elles, les voitures de police. Devant, un ravin. Elles sautent (voir la photo de couverture). C’est même Thelma qui prend la décision. Puis, le film se termine abruptement, sans qu’on puisse voir le choc. Ici, la chute de Thelma et Louise est aussi (un peu…) celle des représentations sexistes clichées au cinéma et l’affranchissement de rôles autrefois marginalisés.

On est d’ailleurs à l’aube de ce qu’on qualifiera de troisième vague du féminisme et de différentes nouvelles vagues de cinémas queer et indépendants, qui marqueront les années 1990. La discrète mais tellement drôle, absurde et efficace apparition d’un cycliste noir qui se paie la tête d’un policier qu’il trouve au milieu du désert, ligoté par Thelma et Louise, vers la fin du film, rend aussi bien cet esprit.

Enfin, même si on imagine que les deux femmes meurent au bout de leur aventure, certaines ambiguïtés demeurent. Il y a d’abord celle, subtile, de leur relation, alors qu’on pourrait trouver un sous-texte lesbien à certaines scènes. Mais surtout, une sorte d’amertume plane autour de cette conclusion tragique, parce qu’on sait que ce n’est qu’en se donnant la mort que ces femmes arrivent à échapper à leur destin.

Quand même, leur chute mémorable conclut brillamment leur récit. Elle annonce aussi, on le sait aujourd’hui, l’arrivée nécessaire de meilleurs rôles pour les femmes au cinéma.

«Thelma et Louise» de Ridley Scott en images

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