ThéâtreCritiques de théâtre
Crédit photo : Jean-François Hamelin
Mise en scène par Sophie Clément, qui était de la distribution originale, l’œuvre de Boucher se révèle être encore pertinente après toutes ces années, et on se rend aussi compte, avec le recul, qu’elle était plutôt avant-gardiste pour son époque.
Avec un texte universel qui présente, pour paraphraser Jean Eustache, la maman et la putain, deux archétypes vieillots, sur qui veille une statue représentant la Vierge Marie, qui s’anime pour leur porter conseil et leur poser des questions, à la manière d’une analyste, la proposition est décidément éclatée.
La maman – une très convaincante Pascale Montreuil – déchante et ne trouve pas l’épanouissement promis en élevant son enfant au foyer, tandis que son Marcel de mari agit comme un mâle alpha primitif, fréquentant assidûment la taverne du coin et s’adonnant à la boxe à sens unique sur sa dulcinée une fois rentré à la maison, bien intoxiqué.
Madeleine, la prostituée, est incarnée par Bénédicte Décary qui, malgré des efforts très louables, ne parvient pas entièrement à nous convaincre de sa petite vertu. Peut-être parce que son personnage est sur le chemin de la rédemption et aspire déjà à une vie meilleure; c’est d’ailleurs son émancipation qui appellera le brutal pivot vers une finale judiciaire, qui fait involontairement écho à la saga légale au cœur de laquelle la pièce fut plongée entre 1978 et 1980.
Ode au féminisme de l’époque, cette très importante pièce du répertoire québécois se devait d’être montrée, mais on ne peut s’empêcher de se dire que, malgré le respect qu’on accorde à l’œuvre originale, il aurait été fort intéressant de l’adapter aux réalités de notre époque. Les inévitables chansons associées au théâtre engagé d’antan, par exemple, ont particulièrement mal vieilli et semblent ici principalement utilisées pour mettre en valeur la voix des interprètes.
Il est important de souligner le décor épuré et sanctifiant de Daniele Lévesque et la maîtrise absolue des deux musiciennes présentes sur scène, la contrebassiste Patricia Deslauriers et la pianiste Nadine Turbide. Elles deviennent peu à peu elles aussi des personnages, s’exprimant à travers leurs instruments, ajoutant à la prise de contrôle absolu que les deux personnages non divins de la pièce exercent progressivement sur leur vie et bonifiant l’expérience du spectateur, qui vit avec cette reprise un jalon culturel, quatre décennies après qu’il ait marqué le Québec.
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Par Jean-François Hamelin
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