ThéâtreCritiques de théâtre
Crédit photo : Suzanne O'Neill
Édouard Beauchemin, professeur émérite, souvent invité à partager ses grandes connaissances dans les médias, est en train de perdre la carte. Sa femme, exténuée, le confie à sa fille pour quelques jours, ou quelques semaines, le temps de se reposer un peu. Mais Isabelle, la fille d’Édouard, reporter trop occupée à aller rencontrer, à son grand désespoir, des sinistrés d’une inondation, confie son père à Patrick, son nouveau conjoint. Ce sera finalement Bérénice, la fille de Patrick, adolescente bien de son époque, téléphone à la main et gomme dans la bouche, qui réussira à redonner à Édouard un peu de joie. Parce que malgré son grand sens de l’humour et sa vive intelligence, Édouard sait qu’il est en train de tout oublier et c’est probablement le pire de toute cette histoire: le moment où la personne malade est encore juste assez mentalement présente pour se rendre compte qu’elle en perd des bouts.
Le personnage d’Édouard est brillamment soutenu par Guy Nadon, qui éclipse les autres comédiens par son talent et sa justesse. Belle révélation du côté d’Emmanuelle Lussier Martinez, qui interprète la jeune Bérénice. Baveuse à souhait, impertinente et parfois un peu trop franche, Bérénice amène Édouard à visiter des zones de son passé qu’il aurait peut-être parfois préféré oublier. Les deux personnages n’ont, au final, que quelques scènes ensemble, mais ce sont sans aucun doute les plus belles de la pièce, dont le ton alterne constamment entre humour et profonde réflexion, nous faisant littéralement passer du rire aux larmes. Quant à Claude Despins (Patrick) et Marie-Hélène Thibault (Isabelle), ils sont justes mais pas éclatants aux côtés de leurs comparses. Malheureusement, c’est Johanne-Marie Tremblay qui semble manquer le plus de naturel dans ses quelques scènes. En ce qui concerne la mise en scène, c’est Fernand Rainville, qui, après quelques détours par New York et le Cirque du Soleil, notamment, revient à La Licorne pour signer la mise en scène parfaite de Tu te souviendras de moi. Discrète, naturelle, on y pense même pas pendant le spectacle.
Tu te souviendras de moi est une autre des œuvres qui mentionne l’importance de vivre le moment présent, sujet à la mode depuis quelques années. «Le maudit moment présent», comme dirait Isabelle dans la pièce. Sauf qu’elle ne le fait pas de façon moralisatrice ou même philosophique. C’est Isabelle qui, frustée et peinée par la maladie de son père, craquera et dira qu’on a beau dire ce qu’on voudra, que c’est facile à dire qu’il faut vivre le moment présent, mais que c’est tellement difficile à faire. Pour toutes ces petites perles de vérité, Tu te souviendras de moi s’est méritée une longue ovation le soir de la première. Une ovation plus que méritée.
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de la rédaction