«Tribus» de Nina Raine, mise en scène par Frédéric Blanchette, au Théâtre La Licorne – Bible urbaine

Théâtre

«Tribus» de Nina Raine, mise en scène par Frédéric Blanchette, au Théâtre La Licorne

«Tribus» de Nina Raine, mise en scène par Frédéric Blanchette, au Théâtre La Licorne

Choisir son langage et sa prison

Publié le 28 octobre 2014 par Marie-Hélène Proulx

Crédit photo : Théâtre La Licorne et LAB87

Le metteur en scène Frédéric Blanchette a le vent dans les voiles en ce moment, avec deux pièces d'un réalisme coup de poing, révélant cette part plus intime de l'être, celle qui nous définit, mais qui, pourtant, dédaigne souvent les mots pour mieux faire crier les silences. Après Being at home with Claude, au cours des derniers mois, au Théâtre du Nouveau Monde, Blanchette affronte maintenant les rapports de forces familiaux implicites des Tribus, une pièce de l'auteure londonienne de Nina Raine, qui pourra être vue au Théâtre La Licorne, du 11 au 29 novembre.

Depuis sa première présentation au London’s Royal Court Theatre, en 2010, où Nina Raine est également directrice théâtrale depuis 2000, Tribus est devenu la pièce de l’auteure la plus jouée internationalement passant de Melbourne à New York, avant d’atterrir sur les planches du Canadian Stage, à Toronto et d’être traduite en langue de Molière par Jean-Simon Traversy, pour la troupe Lab87. Cette troupe, dont la vocation est de surmonter, de part et d’autre, les frontières linguistiques entre les œuvres francophones d’ici et celles de la culture anglo-saxonne, choisit justement de mettre en lumière les alliances et les abîmes qui se créent selon le langage que chacun choisit et par lequel il se définit.

Mais ce silence que la troupe nous promet ici d’aborder est, non pas le silence entre les deux solitudes francophones et anglophones, mais plutôt entre celle de Billy, jeune adulte sourd depuis sa naissance, et sa famille qui, pour lui éviter de s’emmurer dans la communauté sourdre, a choisi de l’éduquer sans lui inculquer la langue des signes.

Nina Raine expliquait que l’inspiration lui était venue à partir de la lecture d’un fait divers, racontant le désir de deux parents sourds de voir l’enfant qu’ils attendaient naître avec le même handicap. Elle s’est alors penchée sur les dynamiques familiales et les motivations qui peuvent mener à une aspiration, en apparence si incompréhensible.

Raine a ensuite choisi de passer par une histoire d’amour pour transmettre le fruit de ses observations, qui s’avère être ici la rencontre entre deux cultures, deux manières de vivre la surdité et la marginalité du silence. D’un côté, il y a Sylvia, qui n’est pas encore sourde, mais le devient, tout comme ses parents, et qui a appris, dès son jeune âge, la langue des signes. De l’autre, il y a Billy, condamné jusqu’ici aux limites de ce qu’il parvient à lire sur les lèvres, mais qui découvre, avec Sylvia, toutes les subtilités d’un autre langage.

Mais Nina Raine ne se penche ici pas tant sur l’émergence de ce nouveau langage que sur les tabous familiaux dont cette nouvelle liberté d’expression devient rapidement la proie. C’est donc à travers le très classique cadre de la scène de famille que le public pourra observer la dynamique atypique d’alliances et de résistances d’une cellule familiale contrainte à évoluer.

C’est un défi énorme pour le jeune acteur David Laurin de nous transmettre l’évolution de ce silence à travers deux langages différents: celui des signes et celui du corps d’un être qui se sent prisonnier de son rôle de sourd. Mais quelle belle gloire si l’émotion, malgré tout, parvient à se transmettre!

Vos commentaires

Revenir au début