«Septembre» avec Evelyne de la Chenelière au Centre national des Arts d'Ottawa – Bible urbaine

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«Septembre» avec Evelyne de la Chenelière au Centre national des Arts d’Ottawa

«Septembre» avec Evelyne de la Chenelière au Centre national des Arts d’Ottawa

Les méandres de l’imagination

Publié le 17 octobre 2015 par Lauriane André

Crédit photo : Marlène Gélineau-Paquette

Sur l’immense mur formant le fond de scène sont accrochés des centaines de post-it jaunes. Alors que le directeur du théâtre nous souhaite un bon spectacle, la comédienne se faufile parmi les feuilles et s’y immobilise. Son manteau d’automne est parsemé des mêmes feuilles jaunes, la fondant dans le décor. Le froissement des post-it sous le poids de la comédienne rompt le silence lourd de la salle et annonce la poésie naissante. Et la charge poétique du texte qui s’en vient est si grande qu’il aurait toute sa place sans jeux.

Dans Septembre, Evelyne de la Chenelière livre un monologue aux teintes variées, nous invitant dans l’imaginaire d’une mère qui observe la cour d’école de sa fille s’animer pendant la récréation.

12 septembre: sa fille est malade, elle doit la récupérer à l’école. On sent déjà le poids de la mère dépassée. Elle pointe sans fioritures, des attitudes enfantines, des injustices, des jeux de pouvoir et des rêves naïfs. Elle réveille chez le spectateur des souvenirs lointains, qui nous font sourire en coin «Oh!, cute», mais qui nous rappellent que, oui oui, ça faisait mal à l’époque. Et peut-être encore un peu aujourd’hui. Fenêtre ouverte sur nos patterns, son récit est percutant de simplicité.

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C’est naïf et touchant. Et puis, tranquillement pas vite, le tournant (assez prévisible) s’opère. Son témoignage d’observatrice à travers le grillage de la cour d’école devient inconfortable. Les spectateurs toussent, se trémoussent, éternuent et ce n’est pas seulement parce que c’est le temps de la grippe.

Le spot de lumière nous vient dans la face, son imaginaire virevolte et son récit devient plus cru. De la surveillante névrosée au monsieur qui rode proche de l’école, d’une autre mère folle à lier au p’tit gars qui refait ses lacets en attendant que la récréation finisse… défilent nos peurs d’adultes et celles que l’on projette sur nos enfants.

Et surgit la folie humaine.

Davantage convaincu par la poésie malicieuse des débuts, le registre lugubre nous perd un peu. Les peurs représentées ne sont pas rationnelles et c’est bien voulu. On tente de se raccrocher au jeu de la comédienne, qui lui, est époustouflant jusqu’à la toute dernière seconde.

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