«J’appelle mes frères» de Jonas Hassen Khemiri dans une mise en scène de Luce Pelletier | Bible urbaine

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«J’appelle mes frères» de Jonas Hassen Khemiri dans une mise en scène de Luce Pelletier

«J’appelle mes frères» de Jonas Hassen Khemiri dans une mise en scène de Luce Pelletier

Cratères urbains

Publié le 10 avril 2018 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Caroline Laberge

Amor va vivre une journée qui ne sera pas de tout repos. Rentré tard d’une soirée en boîte, un peu «lendemain de veille», il reçoit dès le matin des appels alarmés et alarmants de ses amis et de sa famille – une voiture piégée aurait explosé au centre-ville, la veille, et son silence inquiète. On lui recommande d’éviter le secteur, mais il doit s’y rendre pour diverses raisons, au risque d’être intercepté et profilé, car le suspect recherché est bien entendu noir, comme lui.

Dans un climat d’urgence, ce drame urbain écrit par le Suédois Jonas Hassen Khemiri nous parle de famille, d’amitié, de terrorisme et de persécution. À travers les pérégrinations réelles et imaginées de son antihéros, magistralement incarné par Fayolle Jean Jr, on y aborde la question très délicate de la perception de soi, du sentiment d’injustice qui habite constamment les membres de certaines minorités, victimes de xénophobie, et du sentiment d’isolement, entre membres d’une même communauté, qui en résulte.

Anglesh Major, que nous avions particulièrement apprécié dans Titus au Théâtre Prospero – et qui est aussi, pour la petite histoire, un excellent DJ et producteur de musique trap – interprète son meilleur ami, qui est tout d’abord présenté comme un père à domicile qui s’ennuie, mais qui deviendra un élément pivot du récit à mesure que celui-ci se développe.

Amor, loin d’être lui-même irréprochable, passera une journée exécrable, surveillé par la police, regardé de haut dans les magasins qu’il visite. Cette journée riche en émotions fortes sera ponctuée de remises en question, d’une réinterprétation de son concept de la famille, de déception, de colère et de tristesse. Au-delà de la couleur de sa peau, au-delà de ses liens familiaux, il découvrira que l’individu sur qui il peut le plus compter est son ami.

Le rythme très vif auquel défilent les rebondissements de ce récit est l’une de ses plus grandes forces, avec l’interprétation convaincue de tous les acteurs et actrices – incluant Jasmine Bouchardy et Cynthia Trudel, qui se partagent plusieurs rôles de soutien.

L’action est située en Suède, mais pourrait se dérouler n’importe où, dans n’importe quel pays où on s’établit dans l’espoir d’une vie meilleure, pour finalement y être confrontés à la méfiance et l’absence d’hospitalité de ses habitants.

Outre quelques moments larmoyants où une musique triste appuie inutilement le propos, le ton de cette production de Théâtre de l’Opsis est juste et contemporain, et mérite le détour.

L'événement en photos

Par Caroline Laberge

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