«D.A.F. Marquis de Sade» de Pierre-Alain Leleu et Nicolas Briançon au Théâtre Ciné 13 de Paris – Bible urbaine

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«D.A.F. Marquis de Sade» de Pierre-Alain Leleu et Nicolas Briançon au Théâtre Ciné 13 de Paris

«D.A.F. Marquis de Sade» de Pierre-Alain Leleu et Nicolas Briançon au Théâtre Ciné 13 de Paris

L’adaptation modernisée atteint son paroxysme

Publié le 28 janvier 2013 par Pauline Guyau

Crédit photo : Photo Lot

Suite au succès de Volpone ou le Renard au Théâtre de la Madeleine, Pierre-Alain Leleu et Nicolas Briançon proposent un texte et une mise en scène de Sade surprenants de modernité.

Cette pièce nous replace en 1784 lorsque, après six années de prison à Vincennes, le Marquis de Sade est transféré à la Bastille. Sade (Pierre-Alain Leleu) se retrouve dans une petite cellule sans son confort habituel et face à un geôlier (Jacques Brunet) très pragmatique, qui le garde bien de contourner les règles. Dans cette suite d’enfermements, cet esprit libre se crée une présence féminine (Dany Verissimo) qui le pousse dans ses retranchements et le met face à ses propres provocations.

Pour ne pas perdre son droit aux promenades quotidiennes, Sade demande à se confesser. La religion s’incarne en une nonne masculine (Michel Dussarat) aux talons aiguilles, qui paraît sortir tout droit de l’imagination athéiste et contestatrice de la morale chrétienne du Marquis.

Le texte de Pierre-Alain Leleu est très centré sur l’esprit torturé et l’intérêt pour la provocation de Sade. La mise en scène de Nicolas Briançon est présentée comme un huis-clos, car le spectateur reste enfermé dans la cellule avec le Marquis jusqu’à la fin. Qui d’ailleurs s’achève la veille de la Révolution française.

Il est bon de mettre en avant la modernité de cette figure incontournable du XVIIIe siècle en France, mais celle-ci aurait pu être plus mesurée afin de présenter de façon plus pertinente les contrastes qui habillaient ce personnage.

Certes, D.A.F. Marquis de Sade est connu pour ses scandales, ses pensées folles et son franc parlé; mais il est surtout un homme à doubles lectures, qui ne déblatérait pas seulement des obscénités pour choquer. La plume de ce dandy libertin fut comparée par Sainte-Beuve à Lord Byron et fut, de surcroît, admirée par Flaubert.

Bien que La philosophie dans le boudoir et Les crimes de l’amour ont été des œuvres interdites, le milieu bourgeois dans lequel se situent les histoires contraste clairement avec les actions lubriques des personnages. C’est principalement parce que Sade met le doigt sur les contradictions de la morale bien pensante de l’époque que ce philosophe, défenseur de toute forme de liberté, tient une place importante dans le courant de la Révolution de 1789 en France.

Le «Foutre Dieu» de Pierre-Alain Leleu retentit un peu trop souvent dans la salle, ainsi que les nombreux synonymes  de «sexe» utilisés à outrance. Les interminables interjections de jurons sexuels ne font que diminuer l’aura du personnage plutôt que de l’élever vers une représentation sensuelle et bestiale. Il est entendu que la recherche du plaisir était l’une des quêtes principales du Marquis, néanmoins, dans cette représentation il se résume à un personnage grossier sans réelles convictions.

Un texte qui ne fait qu’affirmer des idées «en vrac» de Sade, sans réellement laisser libre cours à des réflexions philosophiques plus profondes.

Le choix des costumes (Michel Dussarat) et du décor (Bastien Forestier) manque un peu d’originalité. La représentation d’une cellule de prison, tout ce qu’il y a de banal: des barreaux, un lit de camp, une chaise et un bureau. Le Marquis de Sade se retrouve vêtu d’un pantalon en cuir et d’une chemise noire, il est certain qu’il s’agit là d’une tenue très moderne, mais nous avons bien du mal à rejoindre le style dandy du XVIIIe siècle.

A force de vouloir trop mettre en avant la modernité ainsi que le caractère dérangeant du personnage, la mise en scène de Nicolas Briançon en oublie peut-être le genre très contrasté du Marquis de Sade.

La pièce D.A.F. Marquis de Sade est présentée au Théâtre Ciné 13 jusqu’au 16 mars 2013 à Paris.

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