«La cartomancie du territoire» de Philippe Ducros au Théâtre Espace Libre | Bible urbaine

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«La cartomancie du territoire» de Philippe Ducros au Théâtre Espace Libre

«La cartomancie du territoire» de Philippe Ducros au Théâtre Espace Libre

Au nord de nulle part

Publié le 11 avril 2018 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Maxime Côté

Le Québec est un territoire immense, dont seule une infime portion est habitée. Ces grands espaces regorgent de ressources qui font notre richesse et qui sont parfois pillées par des intérêts étrangers sans qu’on en voie la réelle couleur. On y retrouve aussi une bonne partie des représentants des onze nations autochtones de la province.

Dans cette pièce qui n’en est pas tout à fait une, on suivra donc l’auteur, Philippe Ducros, au fil de ses déplacements sur ces routes enneigées, d’une communauté isolée à l’autre, un parcours ponctué de rencontres avec plusieurs personnages marquants, incarnés par les comédiens Marco Collin – qui avait parfois du mal avec son texte dans la représentation à laquelle nous avons assistée – et Kathia Rock. Le but de l’opération étant d’examiner notre rapport aux réserves autochtones et à l’écho d’une colonisation du territoire qui a laissé de réelles séquelles.

Ducros, ce grand voyageur qui a déjà tiré de ses voyages en Palestine et en République démocratique du Congo une pièce et une exposition itinérante, a l’habitude de tourner son regard vers d’autres nations et d’en tirer des conclusions plutôt balancées, et il se tourne pour la première fois vers le Québec, perdant du même coup un peu de son objectivité. Ce qui nous surprend dès le départ de ce long road trip sur la 132 et la 138, c’est le manque manifeste de nuances.

L’auteur et metteur en scène est favorable aux autochtones et à leurs revendications, et n’essaie pas de s’en cacher; la façon dont il présente les faits sert son discours et, à une occasion en particulier, en parlant de l’électricité d’Hydro-Québec qui serait vendue à perte, est plutôt discutable [NDLR: l’auteur de la critique est employé par Hydro-Québec]. Dans le cadre d’une pièce qui se dit documentaire, cette vision unilatérale finit par agacer.

Reste que l’effort impose le respect, et Philippe Ducros possède une façon plutôt unique de digérer de l’information aussi brute, pour ensuite la recracher sous une forme cohérente, poétique et dont le souffle lyrique impressionne. Sa conviction est contagieuse, et ses intentions sont nobles. Le texte de la pièce a d’ailleurs été publié chez Atelier 10 en 2016, déjà très comestible sous cette forme.

Transposée dans la salle de l’Espace Libre, avec le support des impressionnantes projections géantes d’Éli Laliberté, l’entreprise prend tout son sens et devient une plongée hypnotique et vertigineuse dans l’âme du nord et de ses habitants. Tout ce qu’on peut reprocher à ces images à couper le souffle, c’est qu’elles nous font bien souvent rêver, et on en arrive même à quelques reprises à perdre un peu le fil de ce qui se dit sur scène.

Et si on avait déjà conscience des injustices systématiques qui affligent les autochtones, on en ressort quand même avec une idée encore plus juste de l’étendue du désastre, et du cycle de la pauvreté et de la violence qui semble malheureusement être la norme au nord de nulle part, là où les routes se dissolvent dans un mirage neigeux.

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Par Maxime Côté

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