«Toucher l’ambiguïté» de Kerstin Ergenzinger au centre OBORO – Bible urbaine

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«Toucher l’ambiguïté» de Kerstin Ergenzinger au centre OBORO

«Toucher l’ambiguïté» de Kerstin Ergenzinger au centre OBORO

Intriguer, captiver et… critiquer

Publié le 14 mai 2014 par David Bigonnesse

Crédit photo : Thijs de Lange

Les remises en question générales ou spécifiques sur le monde dans lequel nous vivons sont inscrites inévitablement dans le processus réceptif des œuvres d’art. L’omniprésence du numérique aujourd’hui - et depuis quelque temps d’ailleurs - a influé sur le désir des artistes de mettre ce fait au centre de la pratique créatrice. Mais généralement, les interrogations existentielles prennent du temps à poindre dans notre horizon mental, comme en témoigne l’exposition Toucher l’ambiguïté de Kerstin Ergenzinger au centre OBORO. C’est plutôt l’aspect intrigant des installations de cette artiste qui attire l’attention du récepteur-regardeur-acteur…

D’emblée, il faut dire que plusieurs œuvres de l’artiste d’origine allemande Kerstin Ergenzinger sont exposées au centre OBORO dans le cadre de la Biennale internationale d’art numérique 2014. Toutefois, le spectateur se dirigera sans doute vers l’attraction principale de la grande pièce, c’est-à-dire l’installation réactive cinétique Whiskers in Space (2010-2011). Disposées comme dans un champ artificiel et numérique, les multiples tiges à l’apparence de plumes géantes, certaines plus courtes, d’autres plus grandes, réagissent aléatoirement aux déplacements du spectateur devenu acteur. Cette œuvre assez captivante, l’œil souhaite suivre ou anticiper les mouvements des «whiskers», est à la fois un environnement, une installation et une création manuelle avec une portée conceptuelle.

Plus précisément, les tiges en polypropylène expansé sont connectées à des nombreux fils, reliés eux à des circuits électroniques fabriqués sur mesure. Ces tiges fixées au sol se courbent à gauche, à droite, telles des membres du corps d’un robot. Elles émettent toutes un bruit en chœur lorsqu’elles se penchent, de quoi y voir presque une chorégraphie bien rythmée.

Après avoir fait le tour de ce champ électronique, le spectateur, toujours intrigué par les créations frêles, mais bien conceptualisées de l’artiste, peut remarquer dans l’entrée de cette grande pièce blanche, à gauche, une autre installation, celle-ci intitulée Intrusion (Lonely Star, 2014). Anodine à première vue, cette espèce de toile d’araignée, dont les composantes s’avèrent principalement des fils élastiques et des fils de nickel-titane, fait aussi partie du mouvement général de la présentation.

En fait, si l’on observe bien, ces fils qui descendent du haut du mur et forme une toile sur les côtés, bougent. Lentement, mais sûrement. Certains fils se mettent à former des angles plus prononcés, d’autres se courbent davantage, remontent d’une manière très discrète et reprennent leur position initiale. Des petits clous supportent cet arrangement subtil. En plus d’être presque une ode à la lenteur, à la concentration et au renoncement à l’hyperactivité collective, il est intéressant de voir les traces de l’installation, puisque lorsque les fils bougent, on voit bien l’esquisse, le tracé derrière. Une découverte pour l’observateur.

Mis à part les œuvres sur papier encadrées et accrochées sur certains murs de ce centre d’artistes, de diffusion et production, une dernière est cachée dans une pièce, pénétrable évidement quand le spectateur ouvre la porte… Avec le plan de l’exposition dans les mains, on voit bien qu’une autre création se trouve dans cette pièce, mais la petite affiche affirmant que le tout continue là est pour le moins pas très visible. Moins captivante, cette installation, Rotes Rauschen (Bruit rouge/ Red Noise, 2012), aussi en polypropylène, suspendu au plafond, s’agite doucement devant le spectateur avec des mouvements découpés. Les bouts se courbent, l’objet d’art tourne, se penche, le bruit s’intensifie un petit peu plus. La pièce, un peu plus sombre que le reste du lieu, a l’avantage de favoriser la concentration sur la création.

Au final, rappelons-nous que la réflexion sur la présence technologique ou numérique ne s’active pas facilement ou instantanément. C’est parfois après quelques heures, voire quelques jours, que l’esprit critique s’ouvre sur la dimension numérique dans notre entourage physique. Un peu comme chez Jean Tinguely, artiste phare de l’art cinétique au XXe siècle, qui apportait une dose assez critique sur l’univers mécanique et industriel de l’époque, alors que le spectaculaire et le pétaradant prenaient toute la place lorsque les yeux se rivaient sur ses œuvres. Ici aussi, c’est plutôt la forme intrigante qui frappe que la remise en question.

L’exposition «Toucher l’ambiguïté» de Kerstin Ergenzinger est présentée dans le cadre de la Biennale internationale d’art numérique 2014 au centre OBORO jusqu’au 7 juin prochain. Pour toutes informations, veuillez consulter le bianmontreal.ca.

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