L'ardent «Milonga» du chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui à la Place des Arts – Bible urbaine

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L’ardent «Milonga» du chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui à la Place des Arts

L’ardent «Milonga» du chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui à la Place des Arts

Variations contemporaines sur le tango

Publié le 19 février 2015 par Marie-Ève Beausoleil

Crédit photo : Tristram Kenton

Deux danseurs contemporains s’immiscent dans la milonga, cette soirée de tango typique de Buenos Aires. Elle, visiblement mal à l’aise sur ses talons hauts. Lui, rassemblant son courage pour l’inviter à danser. Parés de leurs plus beaux atours, les couples tourbillonnent autour d’eux avec sensualité et force. Leur mystérieuse synergie a quelque chose d’impénétrable, d’intimidant, mais la musique ne cesse d’inviter les nouveaux venus au sublime langage de la passion…

C’est peut-être comme cela que s’est senti le chorégraphe belgo-marocain Sidi Larbi Cherkaoui en allant à la rencontre de la danse argentine: attiré par l’intensité de la relation qui s’y exprime, par la constante communication des corps, et tout de même étranger à sa culture si affirmée. De cet espace d’interactions entre les lignes et les courbes a émergé une milonga foisonnante et haute en couleur, préservant tous les éléments reconnaissables – jeux de pieds, ports de têtes, fentes et saccades – qui font l’essence du tango.

Visiblement imprégné de son sujet, Cherkaoui a multiplié les propositions originales, avec des résultats souvent magnifiques – pour lesquels on doit aussi rendre à la musique de Fernando Marzan et de Szymon Brzóska, jouée sur scène, le rôle non négligeable qui lui revient. En contrepartie, le chorégraphe semble avoir eu de la difficulté à contenir son inspiration afin de resserrer la composition finale dans une structure plus harmonieuse. Le tout reste inégal, et généralement mal ficelé avec les différentes projections qui constituent la plus grande part de la scénographie.

Cherkaoui, qui a bénéficié de l’assistance de la réputée Nelida Rodriguez de Aure, accomplit un véritable tour de force avec les scènes de groupe. Celles-ci réussissent notamment à transmettre le caractère social et effervescent de la milonga, un effet d’ensemble qui convient en outre à l’éloignement relatif des spectateurs. Les formations se font et se défont dans une chorégraphie complexe où les danseurs, chacun suivant sa trajectoire unique ou se mouvant en écho, ne forment au final qu’un seul corps. Oubliez le tango cordé du film Moulin rouge. On retrouve là une vitalité organique, combinée à un impressionnant travail des formes, qui témoignent d’une intention, d’une vision précise de ce que peut produire le tango dans le cadre de la chorégraphie contemporaine.

Si les tangos à trois danseurs, unisexes, ou encore dos à dos offrent également des variations intéressantes à partir de l’unité homme-femme traditionnelle, certaines portions tombent par ailleurs à plat. On pense notamment au travail au sol des danseurs contemporains, bien pâle à côté des effusions éclatantes des milongueros. Cherkaoui appuie d’ailleurs sur le côté sophistiqué et glamour du tango, mettant de l’avant ce que cette danse a de plus spectaculaire, en particulier dans les duos. Il est facile d’admirer la virtuosité de ces danseurs au style racé et aux extensions impeccables. Cela dit, on perd de vue l’ambiance de la milonga populaire dont Cherkaoui projette des images en ouverture de spectacle. On aurait au final échangé un peu de clinquant pour quelque chose de plus chaleureux, de plus ressenti.

Milonga est présenté par Danse Danse jusqu’au 21 février 2015 à 20h au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.

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