Charlie Winston avec Andrew Austin au Théâtre Corona Virgin Mobile – Bible urbaine

SortiesConcerts

Charlie Winston avec Andrew Austin au Théâtre Corona Virgin Mobile

Charlie Winston avec Andrew Austin au Théâtre Corona Virgin Mobile

L’increvable bohème

Publié le 6 février 2015 par Alice Côté Dupuis

Crédit photo : Manon Boquen

À peine une semaine après la sortie de son troisième album, Curio City, le chanteur britannique Charlie Winston est monté sur les planches montréalaises pour présenter son nouveau matériel. Avec un tournant un peu plus électronique, inspiré de façon assumée par Vangelis, Winston en a peut-être surpris quelques-uns jeudi soir, mais le plus grand étonnement de cette soirée au Théâtre Corona Virgin Mobile aura été l’increvable énergie qui habite l’artiste, sa générosité et sa façon de diriger son public de main de maître.

Charlie Winston a le sens du spectacle. Tel un marionnettiste qui dirige ses pantins, il tire les ficelles: entre les ralentis en douceur et les reprises avec éclat, et entre les invitations à chanter, à taper des mains ou même à crier, le chanteur a réussi à tout coup à obtenir de vives réactions de son public. Et ça lui a servi. Comme alimenté par l’enthousiasme de la foule, Winston était beau à voir aller au fur et à mesure que le spectacle progressait. Son énergie ne s’atténuait pas, elle ne faisait que s’accroître, et ses chansons ne faisaient que s’étirer, s’arrêtant comme en feinte, puis reprenant encore et encore, comme si on ne voulait jamais mettre fin à ce concert.

Il faut dire que le chanteur était attendu! Dès son arrivée, les chaleureux applaudissements et cris de la foule l’ont accueilli, alors qu’il entamait quelques couplets d’une vieille chanson country américaine, «Man of Constant Sorrow». À la surprise générale, un enchaînement tout naturel s’est fait vers «Speak to Me» (Running Still, 2011), alors que le bassiste, le claviériste et le batteur de Winston sont à leur tour entrés en scène avec fracas. Ça y était, c’était parti! Le public se déhanchait déjà, et il ne fallait qu’une petite finale en beatbox – l’une des marques de commerce du chanteur, en quelque sorte –, pour ravir.

CharlieWinston-Corona-Février2015 (9)

S’adressant souvent à son public, lançant ici et là quelques mots de français sans doute appris lors de ses très nombreux passages en France, Charlie Winston est un artiste généreux, autant dans sa présence sur scène que dans ses interactions avec la foule. Et le public le lui rendait bien, notamment en s’extasiant vivement dès les premières notes de «Hello Alone» (Running Still), l’une des pièces les plus appréciées de la soirée.

Entre l’intense «Wilderness», chanson qui ouvre son dernier opus, et la tout aussi dynamique «Where Can I Buy Happiness?» (Running Still), mais livrée de façon plus posée et groovy que sur disque avec ses claviers, Winston y est même allé de déclarations sur l’évolution et l’avenir de notre monde. «I believe the humanity as we know it is about to end. But it’s not a sad thing, it’s exciting. Like when the monkees became…us», a lancé Charlie, tout sourire, prouvant que Curio City, son dernier projet, est le résultat d’une longue réflexion sur sa vie, sur son avenir et ses objectifs.

Winston n’est pas parfait: sa voix craque par moments, il oublie parfois ses paroles, et il se lance quelques fois dans des envolées vocales pas toujours heureuses, mais il le fait toujours avec tant d’assurance et de joie qu’on ne peut qu’en rire et continuer de danser. Ce chanteur est parfaitement imparfait, et personne ne peut résister au charme de ce séducteur à chapeau. Visiblement, en tous les cas, la foule réunie jeudi au Théâtre Corona Virgin Mobile n’a pas su lui résister, en redemandant toujours plus, malgré des éclairages blancs aveuglants et très dérangeants tout au long de la soirée, dirigés directement dans le visage des spectateurs.

Cela dit, autant les moments plus touchants comme lors de ses interprétations de «Say Something» (Curio City, 2015) ou de «Too Long» (Curio City), où il a délaissé sa guitare pour laisser danser ses bras, que des performances plus énergiques comme «Wild Ones» (Running Still) ou «Kick the Bucket» (Hobo, 2009) qui a débuté par une longue introduction en beatboxing durant laquelle le chanteur allait même jusqu’à se frapper le cou pour créer des sons différents, ont complètement ravi.

S’il ne fallait pas oublier de chanter la chanson qui l’a fait connaître et cartonner en France et un peu partout, «Like a Hobo» (Hobo), personne n’oubliera, justement, la version lente, planante et méconnaissable que Winston a interprétée jeudi. Terminant la chanson en demandant au public de chanter, il a ainsi créé une ambiance des plus festives, parfaites pour conclure cette soirée. Mais les spectateurs n’allaient pas le laisser partir aussi facilement. Et c’est d’ailleurs sur une autre interprétation tout aussi surprenante et inoubliable que Winston est revenu en rappel: une version touchante pas très éloignée de celle entendue sur la bande sonore du film The Great Gatsby de «Back in Black» d’Amy Winehouse.

CharlieWinston-Corona-Février2015 (28)

Une soirée bien festive, non? Ça, c’est sans compter l’homme qui a demandé sa conjointe des 22 dernières années en mariage sur la scène, aux côtés de l’artiste, et la finale explosive durant laquelle «In Your Hands» (Hobo) a fait danser tout le monde, le chanteur sur scène compris, et «I Love Your Smile» (Hobo) qui s’est éternisée avec d’amusants solos de pianos, Winston et son claviériste parfois côte à côte sur le même instrument, d’autres fois face à face, comme en compétition, mais toujours avec un plaisir apparent. La foule en aurait pris encore, mais après 1 h 50 de spectacle, l’increvable bohème s’est retiré et a bien mérité son repos. Pour continuer la grande fête, il faudra se contenter de Curio City, paru le 27 janvier dernier.

Andrew Austin

C’est le chanteur originaire de Toronto Andrew Austin et son groupe (une claviériste et un contrebassiste) qui ont ouvert la soirée pour Charlie Winston. Avec sa folk-pop charmante et accrocheuse, le trio a bien réussi à capter l’attention de la foule, bien que leurs 3-4 dernières chansons fussent plutôt tranquilles, n’aidant pas nécessairement à réchauffer la foule. Qu’à cela ne tienne, on a apprécié la diversité dans leur son, parfois un peu plus rock, d’autres fois dans un répertoire plus sensible, dans l’émotion, comme lors de «Inside Out». De plus, les techniques utilisées par le contrebassiste pour utiliser son instrument à cordes aussi comme un de percussions, et les généreuses interventions du sympathique gaillard avec la foule, notamment pour les faire claquer des doigts et taper des mains pour supporter sa mélodie aux airs de blues, ont convaincu. Plusieurs chansons de l’artiste peuvent être entendues dans des publicités, dont une un peu country jouée jeudi, écrite pour les Ritz Crackers, mais pour du vrai matériel original, il faut écouter son premier album, While It’s Still Light Out.

L'avis


de la rédaction

Grille des chansons

1. Man of Constant Sorrow / Speak to Me

2. Evening Comes

3. Truth

4. Hello Alone

5. Wilderness

6. Where Can I Buy Happiness?

7. Say Something

8. Wild Ones

9. Lately

10. Too Long

11. Kick the Bucket

12. Another Trigger

13. Generation Spent

14. Just Sayin'

15. Like a Hobo

Rappel

16. Back in Black

17. In Your Hands

18. I Love Your Smile

Vos commentaires

Revenir au début