MusiqueCritiques d'albums
Crédit photo : Grosse Boîte et Christine Grosjean
Et pour cause, Fanny Bloom fait partie des douze élues féminines qui accompagnent Stefie Shock sur son plus récent album, dont chacune reprend une chanson de Gainsbourg. Mais revenons-en à Solo et à l’unique voix qui la traverse. Bien qu’agréable à entendre, son interprète semble tenir à sa particularité au point d’ignorer les règles fondamentales de l’usage des accents toniques, en langue française, qui font que pour qu’un vers soit audible, il faut profiter des voyelles et maîtriser son souffle de manière à le projeter en fin de phrase. L’alternance entre les accents plus châtiés et d’autres plus populaires ajoute à l’incertitude d’avoir vraiment compris ce qu’elle dit.
L’acharnement à comprendre peut toutefois être récompensé de quelques belles surprises. Bloom n’échappe pas à l’omniprésence de thèmes banals que sont l’expression du désir, la passion sublime et la passion déçue, mais y ajoute un talent descriptif et une touche de tendresse qui donne l’envie de ralentir pour les revisiter, par exemple, lorsqu’on entend:
«Je vais tout éteindre, surtout ton cadran
Pour mieux bouder le temps
Le chien en cuillère garde tes arrières
Je lis en t’attendant.»
Mais Fanny Bloom démontre avant tout l’évolution radicale de son esprit créateur par ses arrangements musicaux, qui n’ont plus rien à voir avec les arrangements du genre «pop 80» que l’on retrouvait dans «Parfait, parfait», lancé en 2012. Sa force pour remanier tout ce qui entoure la voix fait aussi apparaître sous un jour nouveau l’ancien succès plutôt morose de Martine Saint-Clair, Danse avec moi et le petit bijou de nostalgie, Dis, quand reviendras-tu? ressorti du répertoire de la grande Barbara, en 1962.
Mais il faut accepter l’idée d’une totale transformation pour y prendre du plaisir, parce que, autant pour l’interprétation de ses propres œuvres que celle des autres, Bloom fait passer la langueur un peu coquette avant toute chose. Même l’illustration des éclats les plus déchirants de la détresse de J’ai rêvé (où la peur de voir mourir de désarroi un amant est nommée en boucle) donne lieu à un moment d’écoute paisible. Dans cette alcôve que crée ainsi Bloom, on ne ressent donc pas le choc des mots qui déchirent et obligent à se mettre à nu. Mais sa sensualité amènera sans doute le corps à se dénuder davantage, surtout si on accompagne l’écoute d’un bon verre de rouge et de quelques chocolats fins…
Collaboratrice
Parallèlement à l'écriture de critiques littéraires, Marie-Hélène continue de se préoccuper des questions de marginalisation sociale, d'identité masculine et de prévention.
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de la rédaction
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