Santigold se remet en question sur «99¢» – Bible urbaine

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Santigold se remet en question sur «99¢»

Santigold se remet en question sur «99¢»

Les doutes du succès

Publié le 6 avril 2016 par Jim Chartrand

Crédit photo : Atlantic et https://www.facebook.com/Santigold/?fref=ts

Il y a huit ans, Santigold lançait son magnifique album homonyme. La voici, trois albums et un changement de nom plus tard, avec 99¢, sa plus récente offrande, qui continue de faire montre de la même énergie contagieuse, la petite dose d’assurance qui faisait la force de ses débuts en moins.

La fraîcheur était notable au premier disque, et les surprises, nombreuses. Depuis son changement de cap et de nom, si l’artiste n’a toujours pas de mal à explorer des territoires divergents, elle donne plutôt l’impression de se chercher, incapable de véritablement mettre le doigt sur un son qui lui est propre.

Cela s’expliquerait par ses collaborations qui changent d’album en album et par l’insécurité et la certaine fragilité qui se fait sentir ici et là. Après tout, même la fort amusante et brillamment narcissique chanson d’ouverture «Can’t Get Enough of Myself», sorte d’hymne d’aréna discret et inavoué, ne peut s’empêcher de camoufler une douceur et une hésitation que son premier album évitait soigneusement.

Avec le recul de quatre années qui se tisse entre chaque disque, si l’on oublie ses nombreuses participations à des trames sonores, Santigold démontre une approche toujours de plus en plus délicate, dénuée de la certaine arrogance ironiquement séduisante de ses débuts. «Run the Races» montre par ailleurs l’artiste à son plus vulnérable. 

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Oui, sa musique se raffine et reste en parallèle avec le son de son époque, mais il est encore complexe de déterminer ce qui fait vraiment la force de Santigold, si l’on oublie le sourire inévitable qu’elle sait nous inculquer, comme ce côté lumineux qui envahit la majorité de ses pièces. On pense instinctivement à la planante «Chasing Shadows», qui évoque sans mal les moments de quiétude et de bronzage au soleil, ainsi que la trop courte «All I Got», l’un des beaux joyaux du disque qu’on a envie d’écouter en boucle sans se soucier de rien. Il est toutefois pratiquement impossible d’écouter la très réussie «Rendezvous Girl» sans la comparer de nouveau à Gwen Stefani ou d’avoir un certain souvenir des chansons du film Flashdance.

Santigold se contente de fait de parcourir les époques au fil de ses pièces et de toujours multiplier les genres sans en trouver un qui lui colle véritablement à la peau. Aidé de Rostam Batmanglij, ancien grand manitou du groupe Vampire Weekend, elle se permet d’explorer encore davantage sa musique et ses effets, s’amusant plus que jamais sur des pièces comme «Big Boss Big Time Business».

On se retrouve ainsi avec un disque bien efficace, sympathique et certainement agréable, mais qui continue de faire regretter tout ce qu’on avait cru repérer au départ. Au moins, on peut lui reconnaître cette élégance qui lui est toujours autant indissociable, réitérant son propre désir de seulement créer lorsqu’elle en a l’inspiration et non pas seulement pour répondre à la demande. N’en déplaise à ses doutes qui hantent toujours un peu plus les thèmes qu’elle parcoure, car cela prouve sans conteste la fibre véritable d’une artiste et cette authenticité est palpable. Voilà au moins cela de gagné!

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