«Dans la peau de...» l'altiste François Vallières du Nouvel Ensemble Moderne (NEM) | Bible urbaine

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«Dans la peau de…» l’altiste François Vallières du Nouvel Ensemble Moderne (NEM)

«Dans la peau de…» l’altiste François Vallières du Nouvel Ensemble Moderne (NEM)

Un intérêt pour la musique à la fois instinctif, émotif, cérébral et... génétique!

Publié le 28 avril 2017 par Éric Dumais

Crédit photo : Eva Lepiz

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Cette semaine, nous avons interviewé l'altiste François Vallières pour discuter de sa passion, de son parcours professionnel et de ses arrangements de l’œuvre «Concerto N. 2 pour piano pour 15 instrumentistes et piano solo» d'Alberto Ginastera à l'occasion du concert de clôture du Nouvel Ensemble Moderne (NEM) le 4 mai.

1. À quel moment as-tu pressenti que la musique allait t’accompagner toute ta vie et qu’est-ce qui t’a mené à devenir altiste, copiste, orchestrateur et arrangeur de métier?

«En fait, j’ai grandi dans un milieu musical. Mon grand-père maternel était chef d’orchestre dans l’Armée française, mon père est guitariste classique et ma mère a étudié la musique pour ensuite rester dans le milieu culturel. Du plus loin que je puisse me rappeler, elle a toujours été présente dans l’entourage de mes parents, donc ils ne furent pas trop surpris quand, à l’âge de 5 ans, j’ai émis le désir d’apprendre le violon. J’ai donc suivi des cours privés durant tout mon primaire et ai fréquenté une école à concentration musique au secondaire. J’ai ensuite été admis au Conservatoire de Montréal, où j’ai décidé de me spécialiser à l’alto, instrument avec lequel je m’identifiais plus qu’avec le violon. J’ai ensuite continué mon parcours aux États-Unis, où je suis allé étudier afin de décrocher une maîtrise, toujours en interprétation. Ce parcours m’a toujours paru tout à fait naturel et s’est effectué sans aucune remise en question; c’était normal pour moi d’en jouer sous n’importe quelle forme. L’arrangement et l’orchestration sont arrivés en parallèle, car j’ai toujours aimé écouter la musique, l’analyser, essayer de comprendre quel est le but, le message du compositeur et par quel moyen il est arrivé à transposer ce sous-texte à travers les sons, à travers les instruments. Le terme «vocation» est peut-être un peu fort, mais pas trop loin de la réalité… Disons que mon intérêt pour la musique à la fois instinctif, émotif, cérébral et peut-être un peu génétique?»

2. Tu as accumulé une feuille de route pour le moins enrichissante au fil des ans, notamment en t’associant avec le Nouvel Ensemble Moderne, l’Orchestre de Chambre McGill, I Musici de Montréal, les Violons du Roy, l’Orchestre Métropolitain ou encore les orchestres symphoniques de Québec, Trois-Rivières, Longueuil, Laval et Drummondville. Quelles ont été tes expériences professionnelles les plus stimulantes et pourquoi?

«Naturellement, plus le temps passe, plus on accumule les moments enrichissants et stimulants qui nous motivent à continuer à faire ce que l’on fait. J’ai effectivement vécu beaucoup de ces moments, où tous les éléments étaient réunis pour vivre ces expériences culturelles, intellectuelles et/ou sensorielles. Je me souviendrai toujours de certains concerts mémorables, des rencontres faites lors de festivals ou de tournées. En fait, l’élément principal constituant ses expériences est la synchronicité unissant les différents éléments présents à ce moment donné. Dans le cadre d’un concert, quand les musiciens entre eux et/ou le directeur musical et/ou le public perçoivent le moment présent d’une manière identique, sur la même longueur d’onde, la musique devient la seule chose qui existe. Ces (trop) rares moments peuvent marquer un esprit pour toute une vie.»

Concert-de-cloture-du-NEM

3. Le 4 mai à la salle Claude-Champagne de la faculté de musique de l’Université de Montréal, tu participeras au concert de clôture du Nouvel Ensemble Moderne aux côtés de la chef d’orchestre Lorraine Vaillancourt, du pianiste Jimmy Brière et de la mezzo-soprano Marie-Annick Béliveau. À quoi pouvons-nous nous attendre comme spectateur?

«Ce concert met en valeur trois œuvres tout à fait différentes qui représentent pertinemment le spectre très large de la musique contemporaine. Le concerto de Ginastera est à la fois austère et chaleureux, agressif et retenu, cérébral et instinctif. C’est un ensemble de contrastes qui englobent tous les états d’âme que l’on peut vivre dans notre existence. Le Berio est quant à lui plus accessible, basé des chants folkloriques de plusieurs régions du monde. Le compositeur a arrangé ces mélodies pour un petit ensemble, créant un effet très intimiste. En rassemblant ces musiques d’origines diverses, Berio nous prouve que, quelle que soit notre origine, nous vivons les mêmes préoccupations. Pour ce qui est la création d’André Hamel, le compositeur remet en question la notion même du concert conventionnel en exploitant les variations de spatialisation des sons. Les musiciens du NEM vont se déplacer tout au long de l’œuvre, et ce, à différents endroits de la salle pour créer des effets acoustiques et même remettre en cause notre perception de la musique. Bref, tout un programme!»

4. C’est toi qui as assuré, à l’occasion de ce concert, les arrangements du morceau «Concerto No. 2 pour piano» de l’illustre compositeur latino-américain Alberto Ginastera. Comment s’est déroulé tout le travail d’adaptation de cette pièce de 1972?

«En fait, ce concerto a été pensé pour un orchestre spécifiquement symphonique: les bois par trois, 4 cors, trompettes, trombones, trois percussionnistes jouant une trentaine d’instruments et une section de cordes constituée d’au moins une quarantaine de membres. Le compositeur divise très souvent sa masse sonore de sorte que chaque instrumentiste joue une note différente, ce qui donne un effet fascinant à l’audition, mais cauchemardesque pour l’arrangeur. Il exploite aussi les registres extrêmes en passant du suraigu au très grave, et ce, des fois, sans transition. Donc, passer de 80 musiciens à 16 musiciens, ce ne fut pas une mince affaire, mais le rôle que joue l’orchestre par rapport au soliste m’a aidé dans ce travail. En effet, cette relation soliste/orchestre n’est jamais basée sur la confrontation, sur le dialogue entre deux entités égales. Dans cette œuvre, l’orchestre est toujours en réaction par rapport au discours du piano, mettant celui-ci en valeur. Tout le matériau musical découle de la partie soliste. Il a donc fallu tenter de recréer cette ponctuation avec une effectif moindre.»

5. À moins d’un secret d’État: qu’est-ce que te réserve 2017 comme autres projets?

«J’ai plusieurs projets de toutes natures à l’agenda: je vais, par exemple, travailler sur un «Concerto» pour violon et cordes basé sur la musique de l’album Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles. Cette composition/arrangement sera jouée par Ashley McIsaac, le célèbre violoniste folklorique canadien et l’Orchestre de Chambre McGill en septembre prochain.»

Achetez vos billets pour le concert de clôture du NEM prévu le 4 mai à 19h30 à la Salle Claude-Champagne (220, Avenue Vincent d’Indy) en consultant le www.lenem.ca. Pour consulter nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le labibleurbaine.com/Dans+la+peau+de… 

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