Le EP «Woman» de Dear Criminals – Bible urbaine

MusiqueCritiques d'albums

Le EP «Woman» de Dear Criminals

Le EP «Woman» de Dear Criminals

Une mise à nu pour dénoncer la femme-objet

Publié le 3 juillet 2014 par Alice Côté Dupuis

Après deux premiers mini-albums parus en autant d’années, la formation québécoise Dear Criminals récidive avec une troisième offrande de six pièces gravitant autour de la thématique de la femme. Woman, c’est la misogynie, c’est la vulgarité et le non-respect qu’on retrouve souvent en traitant de la femme, qu’on veut critiquer en les mettant en évidence. Mais c’est aussi six grands succès des trente dernières années qu’on connaît tous par cœur ou presque. De quoi réfléchir tout en souriant de plaisir grâce à l’originalité des reprises.

Ici, pas de chansons originales, on s’amuse plutôt dans les répertoires des stars de la pop Miley Cyrus, Robin Thicke, Britney Spears, et même Mitsou. L’idée ne déplaît pas, et s’il est parfois presque déstabilisant de reconnaître les chansons sélectionnées par le trio, il est à tout coup fascinant de découvrir dans quel univers ils les ont transportées.

C’est d’abord la voix très particulière de Frannie Holder (Random Recipe) qui frappe, dès l’ouverture de «Wrecking Ball». Tout en douceur, dans une version plus lente et aérienne que l’originale grâce à des notes tenues sur un synthétiseur, la chanteuse se fait rapidement rejoindre par la voix comme en suspens de Charles Lavoie (Lackofsleep, b.e.t.a.l.o.v.e.r.s) pour de sublimes harmonies qui mettent les deux voix en valeur. Il est toutefois dommage de constater que le dynamique refrain de la chanson a été écarté. On aurait été curieux de voir l’adaptation que Dear Criminals aurait pu en faire. Pour entendre de jolies harmonies des deux chanteurs, il faut aussi écouter «…Baby one more time», qui est peut-être la moins revisitée de l’opus au niveau de la mélodie vocale, mais qui permet justement de la reconnaître aisément et qui est de toute beauté avec ses voix posées et sa guitare électrique planante.

dear-criminals-woman-ep-bible-urbaine-critique

Au contraire de la reprise de Miley Cyrus, c’est justement le refrain de «Sweat (a la la la la long)» qui permet de réellement reconnaître la pièce emblématique des années 1990. Car si Inner Circle débute de façon énergique sa chanson avec son fameux «A la la la la long», Dear Criminals l’entame immédiatement au couplet qui, avouons-le, est moins connu, d’autant plus que le style reggae est abandonné au profit d’une guitare électrique presque langoureuse. Qu’à cela ne tienne, la musique très épurée de la formation (à laquelle contribue aussi Vincent Legault de Random Recipe) va à merveille avec les voix douces et voilées des deux interprètes, comme sur «Blurred Lines», où l’accent est surtout mis sur les paroles, qui manquent cruellement de classe malgré la réinvention de l’ambiance. Holder et Lavoie ont toutefois fait la chanson la leur, et on se sentirait moins vexé de se faire traiter de «Hottest bitch in this place» avec la douceur de leurs deux voix.

Les sonorités électroniques sont des plus présentes sur le mini-album, surtout pendant «Like a Virgin», où on donne un punch nouveau à la chanson de Madonna, mais aussi sur «Les Chinois», où ils sont malheureusement presque trop présents. Très aigus et forts, ils prennent presque le dessus sur la voix de Frannie Holder et deviennent presque agressants, nuisant au plaisir de redécouvrir ce classique de Mitsou.

Chaque chanson de Woman est revisitée dans sa plus simple expression, avec des orchestrations simples mais efficaces. Véritables mises à nues pour les chansons autant que pour les musiciens et chanteurs de Dear Criminals, elles sont livrées de façon presque sensuelle et avec sincérité. On se plait à redécouvrir ces succès, même si on se rend compte, grâce à leur dépouillement, de la cruauté réservée à la femme dans leurs paroles.

L'avis


de la rédaction

Vos commentaires

Revenir au début