Entrevue avec Alexandre Belliard, le créateur des «Légendes d’un peuple» – Bible urbaine

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Entrevue avec Alexandre Belliard, le créateur des «Légendes d’un peuple»

Entrevue avec Alexandre Belliard, le créateur des «Légendes d’un peuple»

Le diplomate culturel

Publié le 27 avril 2017 par Alice Côté Dupuis

Crédit photo : François Nadeau

Depuis 2012, Alexandre Belliard réconcilie les Québécois avec leur histoire, celle qu’ils n’ont pas aimé apprendre à l’école, celle qu’ils n’ont pas retenue parce qu’on les forçait à l’apprendre. Il a aussi réussi à rassembler les peuples métis, acadiens, autochtones ou simplement les habitants du reste du Canada dans une cause commune avec le Québec. En créant cinq tomes de Légendes d’un peuple, en plus d’un album-compilation et d’un autre collectif, l’auteur-compositeur-interprète est devenu une sorte de diplomate culturel en mettant en pratique ce sage conseil de l’historien Jacques Lacoursière: l’histoire, ça ne s’enseigne pas, ça se raconte!

«On arrive beaucoup plus à retenir des éléments, à s’amuser et à avoir du plaisir avec l’histoire quand ça nous est raconté, et ce n’est pas tout le monde qui a le temps de lire des biographies et tout ça, alors je me suis dit que par le véhicule de la chanson, ça allait peut-être arriver aux gens plus facilement», justifie celui qui créé, chanson après chanson, des hommages à l’histoire et à différents personnages qui ont fait l’Amérique d’aujourd’hui, «mais qui ont tous en commun deux choses: l’Amérique et le français».

C’est donc en chantant les mérites ici d’un Louis-Joseph Papineau et là, d’un Louis Riel ou encore d’une Émilie Fortin ou d’une Marie Rollet – certains personnages étant moins connus, et c’est aussi l’objectif du projet, de les mettre en lumière! – qu’Alexandre Belliard espère redonner à l’histoire ses lettres de noblesse. «La connaissance de l’histoire des uns et des autres amène à l’ouverture et à vouloir travailler ensemble. La preuve: je n’ai jamais chanté au Canada avant de faire Légendes d’un peuple et là, je suis invité partout au pays. On échange, on écoute. Au Manitoba, ils savent que je vote Oui et ils m’invitent quand même, même si la souveraineté du Québec leur fait peur. J’ai beaucoup de personnages franco-manitobains ou métis dans mon projet, alors ils se sentent respectés et ils sont fiers que je parle d’eux ailleurs dans le monde

Les Acadiens, les Métis et les Autochtones ont les mêmes sentiments à l’égard du projet, puisqu’Alexandre Belliard essaie de faire de la place à tout le monde, afin de les réunir dans une cause commune: le sentiment de fierté vis-à-vis des francophones qui ont grandement contribué à construire l’Amérique. «Je pense que ça réunit, ça crée des liens. C’est très positif», constate le principal intéressé, qui voyage énormément avec son projet, auquel il consacre toutes ses énergies depuis plusieurs années.

C’est en faisant beaucoup de recherche, en se renseignant, en rencontrant des experts et même en voyageant sur des lieux historiques importants qu’Alexandre Belliard revient la tête pleine d’informations à traduire en chansons. «En termes de création, d’écriture de chansons, je m’étais fixé un objectif de 101 personnages que j’espérais raconter, et là, je suis rendu à 85, mais il y en a 55 de publiés seulement. Je vais peut-être continuer après, parce qu’il me reste juste 16 places pour réaliser mon projet initial, et ma liste est déjà plus longue que 16». Véritable passionné, l’artiste préfère ne pas se mettre de contrainte, puisqu’il adore ce qu’il fait et que le public réagit bien.

En faire une expérience collective

L’idée d’en faire un projet collectif à un certain moment était aussi inscrit dans son plan initial, dès qu’il aurait constitué un répertoire assez volumineux. «C’est sûr qu’avec le collectif, ça a beaucoup plus d’impact au niveau du public que quand je suis seul, mais c’est un peu l’objectif, aussi. Chaque dimension apporte de la plus-value au projet, et contribue à aller vers d’autres publics ou un public plus large, parce que c’est sûr que mon but c’est de parler au plus grand nombre possible de ces personnages-là. Je ne vise pas un public en particulier, je vise tout le monde, parce que l’histoire, ça concerne tout le monde.»

C’est dans cet état d’esprit qu’avec chaque disque, Alexandre Belliard propose un livre expliquant plus explicitement l’histoire derrière ses chansons, qu’il a aussi fait paraître une bande dessinée du tome 1, et qu’il offre des shows tant en solo qu’en collectif. «Mon spectacle s’adapte selon à qui je parle, et les différentes offres permettent à plein de monde différent d’arriver à trouver quelque chose qui leur parle dans ce projet-là.» Si le projet collectif représente peut-être seulement 5 % de son année – environ 15-20 spectacles en collectif contre une centaine en solo! – l’artiste avoue que cela demeure malgré tout ses moments préférés.

Une vingtaine d’artistes, dont Patrice Michaud, Vincent Vallières et Mara Tremblay, participaient à la première mouture de «Légendes d’un peuple – le collectif», mais c’est maintenant aux côtés de Jorane, de Daran et de Salomé Leclerc, avec l’exceptionnelle présence de Jean-Martin Aussant au piano, qu’Alexandre Belliard performe une toute nouvelle version. «On a oublié complètement le Collectif 1, on ne voulait pas essayer de se mesurer à 20 artistes sur scène alors qu’on est cinq. On voulait juste amener le spectacle ailleurs, faire autre chose, alors on a recommencé de zéro.»

Bien sûr, certaines chansons incontournables, comme «Je sais que tu sais», sur les Autochtones, ou «Marie-Anne Gaboury», à l’origine chantée par Alexandre Désilets, ont été conservées d’un spectacle à l’autre, mais on présente aussi du tout nouveau matériel, dont une chanson sur Jeanne-Mance et une autre sur l’anthropologue Serge Bouchard. D’autres personnages plus contemporains risquent d’obtenir leur chanson aussi dans un avenir pas trop lointain, dont une en chantier depuis un moment, sur Claude Gauvreau.

Mais même si Alexandre Belliard continue d’écrire et qu’il ne s’impose pas de limite au niveau de la création, le spectacle collectif, lui, a malheureusement une fin annoncée, et il y a fort à parier que ce sera d’ici septembre. «J’aimerais ça que le Collectif II vive un peu plus longtemps que cet été, mais c’est compliqué, les artistes qui participent ont leur propre carrière, ce n’est pas évident d’avoir ces gens-là entièrement dédiés au collectif. Il y a beaucoup de contraintes d’horaires, mais ça fait partie de la magie, que ce soit d’une durée limitée! Si les gens ne viennent pas, ils passent à côté!»

Pour l’instant, si on ne veut pas rater sa chance, il ne reste que quatre dates prévues en juillet et en août au Cabaret Lion d’Or, à moins qu’on les programme ailleurs d’ici là. Entre-temps, Belliard travaillera cet été sur le financement de ses tomes VI et VII, à paraître cet automne si tout va bien, ainsi que sur des «capsules vidéo sur les personnages que je vais raconter en 3-4 minutes; ça va être un mélange d’extraits musicaux et d’images locales. Si je vais à Port-Royal et que je monte un phare dessiné, conçu et habité par Champlain, c’est plus le fun que quand je raconte Champlain dans ma cuisine. J’ai l’intention, au fil de mes voyages, d’amener un réalisateur avec moi, qui va m’aider à développer un autre élément, plus visuel

Ainsi, il finira bien par y arriver: réunir la terre entière à son projet ambitieux, mais d’une grande pertinence.

Procurez-vous vos billets en ligne dès maintenant pour les spectacles prévus les 10 et 11 juillet ainsi que les 7 et 8 août 2017 au Cabaret Lion d’Or au www.lepointdevente.com/legendesdunpeuple2017.

L'événement en photos

Par Marc-Étienne Mongrain

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