«Comedown Machine» de The Strokes | Bible urbaine

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«Comedown Machine» de The Strokes

«Comedown Machine» de The Strokes

Tricot, piano et jeux vidéo

Publié le 26 mars 2013 par Louis-Jean Trudeau

Crédit photo : www.contactmusic.com

2001: période d’incertitude musicale peu glorieuse marquée par le nu métal et les coton ouatés Ecko. Avec les attentats du 11 septembre comme toile de fond, cinq fils de riches de New York viennent remettre le rock n’ roll et les Converse au goût du jour grâce à un album classique frôlant la perfection. Plus d’une décennie plus tard, les Strokes n’ont jamais réussi à recréer la magie d’Is This It, mais la voix délabrée de Julian Casablancas et les arrangements de guitares du combo Valensi-Hammond Jr. occupent toujours une place importante dans le cœur de beaucoup de mélomanes.

Laissant derrière eux les problèmes de communications qui ont entouré l’enregistrement d’Angles (2011), les New-Yorkais nous reviennent avec un son renouvelé, largement inspiré du rétro-futurisme de Phrazes For The Young (2009), l’album solo de Casablancas. Le groupe souligne ce changement de cap au crayon gras dès l’ouverture du disque, en coupant sèchement un solo de guitare caricaturale par l’émulation de synthétiseur ultra new wave de «Tap Out». Avec une précision quasi-inhumaine, Julian et ses troupes arrivent à reproduire l’ambiance d’un beat ‘em up de SNES (disons Final Fight 3). Bref, la suite logique de «12:51» et ses guitares Nintendo.

Si Comedown Machine minimise le côté rock des Strokes, il compense en amplifiant leur côté pop avec intelligence, efficacité et humour. L’excellente «Welcome to Japan» brille grâce à ses guitares funky au carré, un refrain génial et quelques répliques hilarantes de Casablancas («Didn’t really notice / What kind of asshole drives a Lotus?»). Moment important dans l’histoire de la musique moderne: «Slow Animals» vient boucler la boucle et confirme la nature cyclique du rock indé, alors que les Strokes s’inspirent assez clairement de Phoenix, groupe énormément influencé par notre quintette de rock garage favori.

Les deux pieds dans la trentaine, Casablancas a-t-il complètement remplacé la drogue et les filles par la pop 80’s et les jeux vidéo vintage (le riff de «Happy Ending» est tout droit sorti de Mega Man X)? Pas tout à fait. Les puristes «strokiens» vont sans doute apprécier «All The Time» et son emballage rock rétro parfaitement maîtrisé. Casablancas semble avoir renoué avec la méthode Room on Fire pour l’enregistrement de la pièce, c’est-à-dire engloutir un 6-pack de Pabst Blue Ribbon avant d’entrer en studio. Encore plus agressive, «50-50» ramène l’effet de distorsion vocale des premiers disques du groupe et garde la pédale au plancher lors d’un refrain punk rock enragé.

Une première en carrière pour les Strokes: la présence de ballades et de chansons plus lentes qui tiennent très bien la route et ne lassent pas l’auditeur. «80’s Comedown Machine» reprend le mellotron de «Ask Me Anything» (First Impressions of Earth) et y rajoute des guitares atmosphériques à la Beach House pour un bel effet d’ensemble. «Call It Fate, Call It Karma» termine l’album et apparaît comme un véritable ovni dans le décor tout en néon du disque. Ballade fantomatique noyée dans le reverb, on croirait découvrir une relique des années 1950. L’obsession rétro de Casablancas poussée à son paroxysme.

On ne savait pas trop à quoi s’attendre suite à la parution de «One Way Trigger», étrange premier extrait tout en falsetto qui a littéralement cassé l’Internet en deux. Heureusement, les Strokes vont au bout de leurs convictions pop sur Comedown Machine et nous livre une belle collection de chansons audacieuses et bien tricotées. Un album beaucoup plus cohésif et assumé qu’Angles et un énorme pas vers l’avant pour un groupe talonné par son succès passé.

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