«Portrait de famille: 14 vrais ou faux mythes québécois» d'Alain Dubuc – Bible urbaine

LittératurePoésie et essais

«Portrait de famille: 14 vrais ou faux mythes québécois» d’Alain Dubuc

«Portrait de famille: 14 vrais ou faux mythes québécois» d’Alain Dubuc

La lucidité des chiffres

Publié le 14 janvier 2015 par Audrey Neveu

Crédit photo : Éditions La Presse

Sous cette avalanche de chiffres qu'est «Portrait de famille: 14 vrais ou faux mythes québécois», le chroniqueur du quotidien La Presse, Alain Dubuc, fonce tête baissée pour déboulonner des mythes tenaces sur le Québec et les Québécois. Ceux-ci sont moins riches, moins verts, avec un système de santé moins fringant qu'on ne le croit, mais plus heureux et mieux éduqués: les constats auront de quoi rassurer et aussi déboussoler.

Découpé en quatorze chapitres tous axés sur une question visant à déboulonner ou infirmer un mythe québécois, cet essai commence en force en mettant la hache dans le mythe le plus marquant de l’histoire récente du Québec, celui du «modèle québécois». Flou, loin d’être unique, intouchable, voire sacré, ce «modèle» est plutôt canadien, mais alimenté dans l’imaginaire par les exploits de la Révolution tranquille.

Les Québécois, fiers de leurs réalisations passées, se sont assis sur leurs lauriers avant que le travail ne soit terminé. Résultat: le Québec n’est pas une société du savoir au même titre que ses voisins du Sud, la culture est loin d’être aussi prisée qu’on se le fait croire et les citoyens sont solidaires lorsque leur portefeuille n’en souffre pas trop.

Les occasions de se féliciter mutuellement existent toutefois: le Québec a très bien piloté sa mission d’éducation massive commencée avec la Révolution tranquille; est relativement égalitaire entre les sexes et, ô bonheur, serait l’un des peuples les plus heureux de la planète.

Évidemment, pour interpréter cette quantité astronomique de statistiques et de données, il faut être non seulement être expérimenté, mais aussi de bonne foi. En général, Alain Dubuc, économiste de formation, fait preuve d’une neutralité louable, refusant de faire dire aux chiffres des constats qu’ils ne disent pas. Son éclairage est nécessaire, sans quoi le lecteur pourrait tirer des conclusions peut-être très éloignées de la réalité. Quelques points de pourcentage peuvent parfois changer toute la donne.

Le jupon fédéraliste de l’ancien éditorialiste du Soleil dépasse toutefois un peu à quelques reprises. Les pointes lancées au mouvement souverainiste pourraient sembler trop faciles aux yeux de n’importe qui a déjà lu les chroniques d’Alain Dubuc. Ce dernier s’en prend surtout à ce qu’il qualifie de «pensée magique» des souverainistes, surtout en matière d’économie advenant l’indépendance du Québec. Il s’appuie sur les statistiques, mais là n’est pas le réel débat.

Publié aux Éditions La Presse, Portrait de famille: 14 vrais ou faux mythes québécois se lit étonnamment bien et offre un éclairage rafraîchissant à certains débats usés. Le travail derrière l’ouvrage est colossal et apporte certainement un peu de «lucidité», selon les mots de l’auteur, au débat public qui en a largement besoin.

L'avis


de la rédaction

Vos commentaires

Revenir au début