«Nan Goldin» de Martine Delvaux et «Diamanda Galás» de Catherine Mavrikakis – Bible urbaine

LittératureRomans québécois

«Nan Goldin» de Martine Delvaux et «Diamanda Galás» de Catherine Mavrikakis

«Nan Goldin» de Martine Delvaux et «Diamanda Galás» de Catherine Mavrikakis

Portraits jumeaux sous forme d’exutoire

Publié le 23 juin 2014 par Isabelle Léger

Crédit photo : Éditions Héliotrope

Parus ce printemps aux éditions Héliotrope, deux courts essais sur des artistes à la fois influentes et méconnues de la culture américaine, écrits par les auteures et universitaires Martine Delvaux et Catherine Mavrikakis. Tous deux sous-titrés «Guerrière et gorgone», ces ouvrages forment un diptyque littéraire et subjectif bien davantage que biographique. Les écrivaines présentent la photographe Goldin et la chanteuse Galás et se révèlent elles-mêmes du même souffle en dévoilant les liens qui les rattachent à ces artistes hors normes.

Dans la mythologie, la gorgone (ou méduse) est une créature féminine à la chevelure de serpents et au regard littéralement pétrifiant. L’analogie à peine métaphorique parfois utilisée pour désigner des femmes au caractère remarquablement fort et à la ténacité exceptionnelle dans les luttes qu’elles livrent, montre la crainte que ces traits peuvent provoquer.

Chacune à sa manière, Nan Goldin et Diamanda Galás ont résisté à la beauté dans l’art et au réconfort qu’il peut apporter. Coïncidant avec l’épidémie de sida, leur émergence et surtout leur engagement dans leur art en ont été fortement marqués. Mais les années 1980, qui étaient sans doute moins lisses que l’époque actuelle aux plans social et artistique, avaient néanmoins leurs limites devant l’iconoclasme.

Si Nan Goldin, photographe du réel, montre tant de marginaux, de junkies, de transsexuels et de malades, c’est parce qu’elle en fait partie. Un de ses autoportraits la représente d’ailleurs le visage tuméfié, après une bagarre conjugale. Saisir le présent, c’est une façon de ne pas perdre le passé. Elle dira que la drogue et la photo lui ont sauvé la vie. Quant à Diamanda Galás, voix de la catharsis et apôtre du théâtre de la cruauté, elle «fait de la colère […] un lieu à investir, un acte politique. […] L’intolérable Galás me fait entendre la voix de ceux que la vie demande d’oublier.»

Ces ouvrages ont le mérite indéniable de faire connaître ces personnalités singulières, et ce, avec beaucoup de verve. Dans un style foisonnant, presque haletant chez Martine Delvaux, moins émotif, mais très dense du côté de Catherine Mavrikakis, l’analyse des œuvres dans leur contexte artistique et social est instructive.

Toutefois, le récit personnel, que l’on souhaiterait davantage lire sous forme romanesque, semble unidirectionnel et n’invite pas le lecteur au dialogue. Si Delvaux s’identifie totalement à l’entêtement de Goldin tandis que Mavrikakis se désole de sa propre faiblesse lorsqu’elle se compare à Galás, le deuil permanent dans lequel elles sont plongées demeure sans grande résonnance, parce que trop intime. Ces histoires acquerront peut-être davantage de portée si elles sont transformées en fiction.

L'avis


de la rédaction

Vos commentaires

Revenir au début