«Les deux saisons du faubourg» de Mylène Gilbert-Dumas – Bible urbaine

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«Les deux saisons du faubourg» de Mylène Gilbert-Dumas

«Les deux saisons du faubourg» de Mylène Gilbert-Dumas

Un roman de l’intimité et de la filiation à découvrir!

Publié le 9 juillet 2013 par Sandra Felteau

Crédit photo : VLB éditeur

Originaire de l’Estrie, Mylène Gilbert-Dumas est maintenant bien connue partout au Québec. Depuis la découverte de son premier roman chez VLB éditeur en 2002, Les dames de Beauchêne, l’écrivaine a publié plus d’une dizaine de titres, dont Yukonnaise (2012) et L’escapade sans retour de Sophie Parent (2011), qui ont connu un très bon succès. Partagée entre des histoires contemporaines et anciennes, l’auteure nous présente cette fois Les deux saisons du faubourg, un roman qui prend forme dans la ville de Québec à la fin du 20e siècle.

Adélaïde, 24 ans, n’a pas eu une existence de tout repos. Élevée par une mère monoparentale et liseuse de bonne aventure au cœur du Vieux-Québec, elle rencontre l’amour pour une première (et unique) fois à 16 ans et tombe rapidement enceinte. Le père est un marin anglais rencontré sur le quai du Vieux-Port qui lui promet de l’épouser dès son retour en mer. Après l’avoir attendu pendant des années, Adélaïde et sa fille Marjolaine se sont résolues à vivre sans homme. Jusqu’au jour où la jeune femme, humiliée quotidiennement par son employeur, décide d’abandonner son travail de comptable et s’improvise pâtissière dans une chocolaterie. Adèle adore son nouvel emploi, mais le salaire qu’il rapporte ne suffit pas pour payer les factures; elle annonce alors une chambre de son appartement à louer. C’est ainsi que Sean McKenzie, «un Anglais qui n’en est pas un», entre dans sa vie et ouvrira ses horizons auparavant très restreints aux inconnus. Inutile de dire que pour Adélaïde, qui n’a jamais vécu au quotidien avec un homme, cette irruption dans son quotidien viendra tout chambouler. Et pour Marjolaine aussi, puisque l’homme – qu’elle surnomme «O’Malley» en hommage à celui qui vient sauver les chats abandonnés dans son film fétiche les Aristochats – représente le père qu’elle a toujours voulu.

«Malgré ce qu’on nous enseignait à l’école, j’étais persuadée qu’il n’existait que deux saisons. Il y avait l’hiver, quand la neige entravait nos sorties, exigeait deux paires de bottes et de mitaines et au moins deux manteaux. Et il y avait l’été, c’est-à-dire le reste de l’année. Je me souviens que c’était l’hiver quand O’Malley est arrivé chez nous. Quand il est parti, c’était l’été.»

Cette histoire, relatée par Marjolaine – d’abord à la première personne, puis d’un point de vue externe – dresse un portrait juste et touchant d’un univers où les uns vivent au-dessus des autres, mais aussi à travers les autres. Pour Adélaïde, le dessin joue un grand rôle dans son quotidien; soir après soir, que ce soit dans son salon ou assise à une table d’un café, elle travaille à son projet de bande dessinée mettant en scène la Femme-corbeau, une sorte d’alter-ego qui lui permet de vivre par procuration des émotions fortes qu’elle ne se permet pas.

Bien que l’idée derrière ce roman soit somme toute assez simple, on est surpris par l’envoutement que nous laissent les personnages après avoir terminé la lecture. Mylène Gilbert-Dumas a réussi à construire des personnages vivants et réalistes dans lesquels il est facile de se reconnaître. De plus, le quartier Saint-Roch des années 90, avant la revitalisation du centre-ville de Québec, est peu abordé sous son angle sombre et donne une nouvelle image du Vieux-Québec, beaucoup moins romancée et typique que ce que nous donnent habituellement à voir les livres qui campent leur action en ce lieu.

Même si certains éléments semblent quelques fois sortir de nulle part (le retour du père de Marjolaine dont on ne parle presque plus dans la suite du roman) et que le personnage d’Adélaïde nous semble beaucoup plus vieux qu’il ne l’est en réalité (on pourrait facilement lui donner 10 ans de plus!), Les deux saisons du faubourg est un roman captivant, imprévisible et bien construit. Une excellente lecture d’été, plus particulièrement pour ceux qui quitteront pour les maritimes, car les beautés de la Nouvelle-Écosse y sont vantées de manière magnifique.

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