Entrevue avec Audrée Wilhelmy pour son roman «Les sangs»: confronter les lecteurs à des fantasmes non avoués – Bible urbaine

Littérature

Entrevue avec Audrée Wilhelmy pour son roman «Les sangs»: confronter les lecteurs à des fantasmes non avoués

Entrevue avec Audrée Wilhelmy pour son roman «Les sangs»: confronter les lecteurs à des fantasmes non avoués

Publié le 20 septembre 2013 par Marie-Michèle Martel

Deux ans après son premier roman Oss, Audrée Wilhelmy nous propose Les Sangs. Poussé par la curiosité, nous n’avons pas hésité à lui donner rendez-vous et discuter de son univers bien particulier. Un thé et un chocolat chaud, rien de mieux pour susciter la discussion. Rencontre avec une auteure à qui tout sourit dans la vie.

Écrit dans le cadre d’une thèse de doctorat, Les Sangs était notamment un exercice sur la place de l’image dans le processus d’écriture. Comme le lecteur le ressent tout au long du roman, Audrée Wilhelmy avait «l’intention de créer des espèces de tableaux», mais avoue ne pas s’être inspirée de toiles existantes. De notre point de vue, une toile bien connue nous a suivis au fil des pages: La mort de Sardanapale d’Eugène Delacroix. Et voici ce qu’elle nous a dit quand nous lui avons montré notre choix. «C’est vraiment très drôle parce que non; mais je suis tombée sur ce tableau-là pour mon autre projet que je suis en train de faire. […] Oui, oui. C’est vraiment pertinent, effectivement.»

L’auteure nous affirme être partie de son expérience avec Oss pour aller plus loin dans Les Sangs, notamment dans l’un des thèmes centraux, l’appel à la violence. Suite à plusieurs discussions qu’elle a eues dernièrement, elle a tout de même l’impression qu’Oss semble être plus violent que Les Sangs, affirmation avec laquelle elle est assez d’accord, «[…] car les femmes sont plus en contrôle.» Du coup, elle n’hésite pas à reconnaître que notre critique lui a plu pour une raison: « Il y avait un objectif plus personnel qui n’était pas universitaire dans l’écriture de Les Sangs, et c’était de confronter les gens, les lecteurs à des fantasmes non avoués, à quelque chose qui […] parle à quelque chose de physique et d’instinctif, mais qu’on s’interdit généralement de penser.» Alors, même si le lecteur sait bien qu’il ne doit pas penser à ces fantasmes ou les moments de mort, Audrée Wilhelmy a tout de même voulu lui faire vivre ces émotions au cours de sa lecture. Elle a voulu créer un dilemme entre la pensée et les émotions. Et, le pari est réussi.

Outre une lecture très visuelle et ce déchirement entre la raison et les émotions, nous n’avons pu passé sous silence l’importance des personnages, soit les sept femmes et Féléor Barthélémy Rü. Dans le cadre de son doctorat, Audrée Wilhelmy nous explique que «l’objectif de Les Sangs, c’était de travailler les voix narratives.» Il est toujours intéressant de discuter de la démarche d’un auteur et, ici, nous en avons un bel exemple. Elle a avoué ne pas avoir écrit les personnages dans l’ordre dans lequel ils sont maintenant rassemblés. Sans oublier que certains personnages ont des fonctions narratives bien définies afin d’amener l’intensité de l’action et, surtout, de forcer le lecteur à se questionner sur ses propres émotions.

Un potin en bonus, Audrée Wilhelmy avoue aimer particulièrement le travail autour du personnage de Phélie, qui représente un tournant dans le roman. Il est impossible de la contredire!

Après l’écriture, le vedettariat

Mine de rien, la réception d’Oss a réussi à ralentir Audrée Wilhelmy dans l’écriture de Les Sangs. «Ça met beaucoup de pression sur ce que tu vas faire après.» Elle n’a pas tort, surtout quand son premier roman est nominé pour le Prix du Gouverneur Général. La barre était haute. Après tout, «tout le monde dit que le deuxième roman, c’est là que ça passe ou ça casse. […] Est-ce que tu vas être capable de continuer ou pas.»

Même si la reconnaissance du milieu est exaltante, la publication d’un roman (que ce soit le premier ou le deuxième) amène un auteur à se révéler au monde. Et dans ce cas, il ne peut échapper à la vie publique d’une plus ou moins grande ampleur. L’univers particulier d’Audrée Wilhelmy peut alimenter les différentes passions. Elle ne nie donc pas avoir reçu des lettres plutôt étranges. Heureusement, elle ne s’en inquiète pas.

Et la suite?

Audrée Wilhelmy nous confirme qu’elle reviendra dans le paysage littéraire québécois avec un troisième roman. Quand? «Je ne pense pas que ce sera 2015 ,par exemple. Idéalement 2016.» Après tout, au moment de la publication d’Oss en 2011, elle travaillait déjà sur Les Sangs depuis un an. Alors, elle se laisse le temps, mais ne cache pas qu’elle a déjà commencé à prendre quelques notes. Elle restera sans doute fidèle à elle-même dans un style plutôt concis, nul besoin de multiplier les pages. Tout est dit avec peu de mots, mais beaucoup de puissance. Pour l’instant, elle termine sa thèse et, notamment, elle enseigne à l’Université de Sherbrooke.

C’est un rendez-vous (en 2016, croisons les doigts!) avec le prochain roman d’Audrée Wilhelmy et son univers des plus particuliers. D’ici là, Les Sangs mérite bien sa place dans notre bibliothèque.

*À lire: nos critiques des romans «Oss» et «Les sangs».

Crédit photo: Tous droits réservés

Écrit par: Marie-Michèle Martel

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