CinémaCritiques de films
«Les maîtres du suspense», avec Michel Côté, Antoine Bertrand et Robin Aubert
Stéphane Lapointe confirme son talent pour la comédie
Crédit photo : Les Films Séville
Les maîtres du suspense, c’est un trio d’écrivains gigognes que tout séparerait si chacun, pour des raisons différentes, n’arrivait pas à ce moment précis à un point tournant de sa vie. Baisser le masque, sortir de l’ombre, couper le cordon ombilical, tout cela pourrait néanmoins donner lieu à une tranche de vie banale ou morose. Doublement aux commandes puisqu’il réalise un scénario qu’il a lui-même écrit, Stéphane Lapointe (La vie secrète des gens heureux, La théorie du K.O) réussit là où Émile Gaudreautl (Le vrai du faux) a échoué plus tôt cette année: il livre une comédie cadencée et qui maintient son rythme jusqu’à la fin.
La comédie, une recette pas si simple
La comparaison entre les deux films est d’autant plus intéressante qu’ils partagent, sur papier, certains éléments, dont le plus frappant est le personnage de vedette du monde artistique (un réalisateur de films d’action dans un cas et un auteur au succès international dans l’autre), qui n’a pas de réelle incarnation dans la vraie vie au Québec. Où est la différence, alors? Il ne faudrait pas faire l’erreur de croire qu’elle ne tient qu’à Michel Côté (bien que son talent soit de loin supérieur à celui de Stéphane Rousseau).
Le talent des acteurs ne pourra jamais racheter totalement celui du scénariste. S’ils jouent avec tant de naturel des situations qui frisent l’invraisemblance, c’est grâce à la vivacité des dialogues et à la justesse de la direction. Si leurs péripéties hameçonnent le spectateur, c’est qu’elles sont bien dosées et qu’elles sont filmées avec légèreté et créativité. Les amateurs de clins d’œil y trouveront aussi leur compte, par exemple cette référence à Anaïs Nin alors que Maria de Medeiros, qui a déjà incarné l’écrivaine, joue la nouvelle flamme de l’écrivain vedette.
Comme d’autres cinéastes, Stéphane Lapointe affirme ne pas chercher le comique à tout prix. Mais à la différence de bien d’autres, on le croit, car ce qu’il cherche, il le trouve. «Je suis comme mes lecteurs, je déteste m’ennuyer», fait-il dire à son personnage. Eh bien qu’il se rassure, si comme les autres cinéastes, il n’atteint pas le comique à tout coup, ses spectateurs ne tomberont pas dans l’ennui devant ce nouveau film, bien au contraire. Du divertissement qui tient bien la route… jusqu’aux bayous de la Louisiane.
L’intello qui aimait Pirandello
Rédactrice publicitaire, traductrice et linguiste, Isabelle s’intéresse aux arts et à la communication depuis toujours.
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