«Quand j'étais italienne», un récit de Sylvie Laliberté – Bible urbaine

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«Quand j’étais italienne», un récit de Sylvie Laliberté

«Quand j’étais italienne», un récit de Sylvie Laliberté

Cachez cette italienne que je ne saurais voir...

Publié le 29 septembre 2013 par Marie-Pierre Laëns

Crédit photo : Somme Toute

Depuis Je suis formidable mais cela ne dure jamais très longtemps, l’artiste pluridisciplinaire Sylvie Laliberté s’était faite trop discrète sur la scène littéraire. Voilà qui est réparé avec la sortie de son nouveau livre Quand j’étais italienne aux Éditions Somme Toute. Ce récit nous fait entrer dans la famille de Sylvie Laliberté et de son histoire. Une histoire de honte, celle de sa mère, italienne d’origine, à une époque où être italien menait à l’internement dans un camp.

Sylvie Laliberté raconte cette histoire avec une fausse naïveté, dont le contraste avec la gravité des évènements relatés révèle l’absurdité, la violence et l’hypocrisie qu’à une époque les Italiens du Québec ont dû endurer, et qu’ils ont transmises malgré eux à plusieurs générations. Pourtant, le texte n’est jamais lourd: la plume de Sylvie Laliberté ménage pour le lecteur, et comme elle seule sait le faire, des moments de silence, de recueillement, d’examen.

Quand j’étais italienne, c’est l’histoire que raconterait une petite fille, diablement lucide, l’histoire de sa maman, l’histoire de son grand-père interné dans un camp pour être né italien, l’histoire des préjugés et des injures, «mais les Italiens puent. C’est un problème depuis longtemps. C’est pour ça qu’il y a toujours eu plein de bonnes blagues à ce propos. Ils puent et sont poilus.» Cette petite fille veut que l’on comprenne bien que ces évènements ne sont pas des détails de l’Histoire. Et pour cela, elle déploie une arme redoutable: les photos de famille. Parce que chacune de ces personnes a tout fait pour oublier d’être italienne, du pâté chinois à la Javel, de l’oubli de la langue au militantisme pour un Québec libre…

Et la langue de Sylvie Laliberté, sa plume inimitable qui rebondit de mots en mots pour les enrichir, se met au service de l’histoire de sa mère, qui ne peut plus la raconter, et de l’Histoire du Québec, qui ne s’est pas retourné pour la raconter. Ce récit est tout simplement magnifique. Lumineux. Sylvie Laliberté évite les écueils des discours militants et revanchards, elle expose dans son dépouillement et en pleine lumière, une blessure, un regret, celui de ne pas avoir pu être ce qu’elle était née. Un magnifique récit à conserver, pour pouvoir le relire et le partager.

Sylvie Laliberté, «Quand j’étais italienne». Éditions Somme Toute, 90 pages, ISBN: 978-2-924283-01-1.

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